L'opposant Franck Diongo, de la plateforme « Sauvons la RDC », a justifié jeudi 15 octobre le choix de l'ancien président Joseph Kabila de prendre la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement armé. Lors d'un débat face à Lambert Mende, cadre de l'Union sacrée, dans le Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, il a présenté cette option comme la conséquence du refus du dialogue par le président Félix Tshisekedi, et comme une action « légale » fondée sur l'article 64 de la Constitution.
D'entrée, Franck Diongo a dénoncé ce qu'il considère comme un revirement du pouvoir sur le statut de Joseph Kabila. « Je suis quand même surpris que ce soit aujourd'hui qu'on reconnaisse Kabila comme un ancien chef d'État », a-t-il lancé, rappelant que l'ancien président avait « donné le pouvoir de bonne foi ». Il a énuméré « l'humiliation » et « les menaces » subies, selon lui, par Joseph Kabila, son exil de six ans et sa condamnation à mort, qu'il qualifie de « gratuite » et fondée sur « un dossier fabriqué, un dossier vide ». « Dans ces conditions, Kabila doit accepter d'aller s'agenouiller devant M. Tshisekedi, ou accepter d'aller rejoindre les 48 généraux en prison », a-t-il ironisé.
« Quand vous fermez toutes les voies pacifiques, il ne reste que la violence »
Pour l'opposant, la décision de Joseph Kabila découle directement du blocage politique. Il a rappelé que l'ancien président avait, dans ses deux discours, décrit « l'effondrement » et « la dégradation » du pays, ainsi que « l'étendue et la profondeur de la crise », et que la solution proposée dès la création de « Sauvons la RDC » était un dialogue.
« Le Congo est un fruit de compromis. À chaque crise, on dialoguait », a-t-il soutenu, citant la Conférence nationale souveraine et le Dialogue intercongolais de Sun City. « Le drame, c'est que le fils d'Étienne Tshisekedi, dont le père participait à toutes les négociations, refuse le dialogue qui peut donner une solution à la crise congolaise », a-t-il accusé. Selon lui, le chef de l'État propose plutôt « un monologue pour prolonger le mandat, pour changer la Constitution », dont il « établit les règles », « désigne l'arbitre » et « désigne les juges ».
« Il a bloqué le dialogue. Et du coup, Kabila a décidé de prendre les armes », a résumé Franck Diongo. Il a affirmé que l'ancien président avait fui le pays parce qu'il était « en insécurité » et qu'à son retour dans les zones qu'il qualifie d'« espace libéré », des drones auraient été envoyés « pour le tuer ». « Mettez-vous à la place de Kabila. Quand vous fermez toutes les voies pacifiques, la seule voie qui reste, c'est la violence », a-t-il déclaré.
L'article 64 au cœur de la controverse
Relancé sur le fait que ni l'article 64 ni aucune autre disposition de la Constitution n'autorise le recours aux armes, Franck Diongo a maintenu sa lecture. S'adressant à Lambert Mende, qu'il a présenté comme l'un des acteurs de l'élaboration de la Constitution sous la transition 1+4, il a soutenu que l'article 64 ne renvoie à aucune loi d'application et ne pose aucune interdiction. « On n'a pas interdit », a-t-il insisté, affirmant que cette disposition, inspirée selon lui de la Révolution française, permet à la population de « s'organiser pour contester, rejeter et faire une révolution » afin de « mettre un terme à l'arbitraire ».
Lorsqu'il lui a été objecté qu'il justifiait le recours aux armes par un ancien chef d'État ou un simple citoyen pour se faire justice, et que la Constitution, qui porte d'ailleurs la signature de Joseph Kabila, s'impose à tous, l'opposant a parlé d'une « interprétation erronée ». « La Constitution n'est pas un instrument de soumission. Le Congo n'est pas la propriété privée de M. Tshilombo. Le peuple congolais n'est le sujet d'aucun homme », a-t-il martelé, plaidant pour une République « où personne n'est au-dessus de la loi » et où chacun est traité « sans persécution politique ».
Franck Diongo a retourné l'argument de la légalité contre le pouvoir. « Quel est l'article de la Constitution qui permet au gouvernement d'armer les Wazalendo ? Quel est l'article qui l'autorise à avoir une milice des Forces du progrès ? Quel est l'article qui permet de faire appel aux mercenaires ? C'est interdit, par le droit congolais et par l'Union africaine », a-t-il lancé.
Il a ensuite distingué le FRN des rébellions passées. « L'action militaire de M. Kabila en créant le FRN est une action légale. Ils ne sont pas dans la rébellion comme à l'époque du RCD ou du MLC, où il n'y avait pas de Constitution », a-t-il affirmé. Il a par ailleurs estimé qu'« aucun ancien président ne devient un citoyen de seconde catégorie après son départ du pouvoir », et que Joseph Kabila a le droit de « défendre ses convictions, contester des décisions, chercher des alliances et réclamer les garanties constitutionnelles qui lui sont dues ».
Un dialogue sous conditions
L'opposant n'a pas pour autant fermé la porte à une sortie politique. « Si M. Tshisekedi est prêt à revenir à de bons sentiments pour le dialogue, M. Kabila viendra au dialogue », a-t-il assuré, avant de poser ses conditions : « Les dialogues à la Tshisekedi, non. On ne viendra pas. » Il réclame un dialogue dont les termes de référence et l'ordre du jour seraient issus d'un consensus, avec une médiation neutre et organisé dans un pays étranger. Il a également reproché au chef de l'État d'avoir rejeté les interventions de la SADC.
« Les injures et les attaques personnelles ne vont pas empêcher que le Congo soit libéré », a conclu Franck Diongo.