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Lambert Mende accuse le camp Kabila de « patrimonialisation de l'État »

Lambert Mende

Face à Franck Diongo, de la plateforme « Sauvons la RDC », Lambert Mende a contesté jeudi 15 octobre les arguments avancés pour justifier l'engagement armé de Joseph Kabila à la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN). Lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le cadre de l'Union sacrée a dénoncé une vision « patrimoniale » de l'État, défendu la démarche de dialogue du président Félix Tshisekedi et rejeté toute comparaison entre les Wazalendo et les groupes armés.

D'entrée, Lambert Mende s'en est pris au raisonnement de son contradicteur. « Il y a chez mon co-débatteur une tendance à la patrimonialisation de l'État », a-t-il lancé. Selon lui, la manière dont Franck Diongo justifie la dernière sortie de Joseph Kabila laisse entendre que la RDC serait devenue « un patrimoine du président Joseph Kabila au motif qu'il a été président dans un passé récent ».

Réagissant à l'argument selon lequel l'ancien président aurait « donné le pouvoir » à Félix Tshisekedi, l'ancien porte-parole du gouvernement a invoqué la Constitution. « On ne peut donner que ce que l'on détient. Or, le pouvoir appartient au peuple », a-t-il rappelé. « Comment un individu va-t-il donner ce qui appartient au peuple à un autre individu ? C'est le peuple qui a élu Tshisekedi, comme Kabila l'avait été lors de ses deux mandats. Il faut arrêter de dire qu'il a donné le pouvoir à Tshisekedi comme si c'était un bien privé en sa possession. »

Il a également ironisé sur l'exigence d'un dialogue organisé à l'étranger. « C'est comme si tout ce qui se passe au Congo ne pouvait se faire qu'en fonction des intérêts, des aspirations et des sentiments d'un individu. Là, nous ne sommes plus dans un État de droit », a-t-il estimé.

« Libéré par qui ? »

Lambert Mende a rappelé que Joseph Kabila s'était engagé, lors de sa précédente adresse à la Nation, à consulter la population sur ses « 12 points » et à rendre compte à l'opinion publique. Or, a-t-il relevé, l'ancien président a séjourné à Bukavu, à Goma et à Rumangabo sans présenter de rapport de ces consultations. « On apprend simplement qu'il rejoint un groupe armé, qu'il rejoint la lutte armée. Il y a quelque chose qui ne va pas », a-t-il affirmé.

Il a contesté l'expression d'« espace libéré » employée par Franck Diongo pour désigner les zones sous contrôle rebelle. « Je ne sais pas libéré par qui. Est-ce que le Rwanda peut venir libérer des espaces au Congo, s'y installer avec 18 000 soldats, et on peut appeler cet espace libéré ? Le mot libération a d'autres consonances », a-t-il lancé.

« Tshisekedi n'a jamais refusé le dialogue »

Sur le dialogue, Lambert Mende a pris le contre-pied de l'opposant. « Tshisekedi n'a jamais refusé le dialogue. Ce n'est pas conforme à la réalité », a-t-il soutenu. Le chef de l'État, a-t-il poursuivi, a annoncé le dialogue, posé ses conditions, ouvert des concertations et reçu l'opposition républicaine ainsi que la société civile, notamment les confessions religieuses. Il a également évoqué des mesures de décrispation annoncées mais encore attendues.

Il a reproché au camp ayant choisi la lutte armée de « multiplier les préalables, comme si c'était eux qui allaient offrir au Congo l'autorisation de dialoguer ». « Si les Congolais veulent dialoguer, ils vont dialoguer. Ceux qui ne souhaitent pas le schéma proposé par celui qui a reçu le mandat du peuple resteront à côté, mais le dialogue aura lieu », a-t-il assuré. « Ce pays n'appartient pas à la majorité de Tshisekedi, ni à l'opposition républicaine, ni à l'opposition armée. Il appartient à tout le monde. »

L'exemple de Pétain

Lambert Mende a qualifié de « concept dangereux dans un État de droit » l'idée défendue par Franck Diongo selon laquelle un ancien président ne peut devenir un citoyen ordinaire. Retournant contre son contradicteur les références à l'histoire de France, il a évoqué le cas du maréchal Philippe Pétain, chef de l'État français ayant collaboré avec l'Allemagne nazie, jugé et condamné à mort après la Libération, avant que le général de Gaulle ne commue sa peine en prison à perpétuité.

« Vous avez l'exemple d'un président qui s'est fait condamner par un de ses anciens vice-ministres devenu président à son tour, parce qu'il avait posé un acte répréhensible », a-t-il souligné. « S'il pose des actes corrects, on doit le féliciter. S'il pose des actes répréhensibles, il doit en répondre devant la justice. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de donner un statut de Deus ex machina à quelqu'un parce qu'il a exercé une fonction ? »

« Les Wazalendo ne sont pas des groupes armés »

Lambert Mende a enfin répondu aux critiques de Franck Diongo sur l'armement des Wazalendo par le pouvoir. Il a récusé toute comparaison avec l'AFC/M23 ou les Twirwaneho. « Les Wazalendo ne sont pas des groupes armés », a-t-il affirmé, rappelant que le Parlement a adopté une loi instituant la Réserve armée de la défense, promulguée par le chef de l'État, dans laquelle ces combattants ont été intégrés.

Il a décrit ces jeunes comme des « résistants » qui « défendent leur terre, leurs parents », confrontés selon lui aux violences des « hordes rwandaises » et de leurs supplétifs. « Il a été tué plus de 10 000 personnes à Goma. Et vous pensez que les familles de ces gens-là n'ont pas le droit de résister à ceux qui tuent leurs parents ? », a-t-il interrogé, ajoutant que ces forces sont encadrées par la hiérarchie militaire, sous l'autorité d'un général trois étoiles, le général Padiri. « Il ne faut pas comparer les Wazalendo à des groupes armés qui ne sont pas encadrés », a-t-il conclu.