Environ cinq millions de tonnes de viande sauvage sont consommées chaque année dans le bassin du Congo, une ressource alimentaire majeure dont l’exploitation croissante accentue cependant la pression sur la faune, selon un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Cette estimation, publiée dans le rapport Des forêts pour l’alimentation : nourrir les populations, préserver la planète, représente près de quatre fois le volume annuel estimé dans le bassin amazonien, où jusqu’à 1,3 million de tonnes sont consommées.
Dans les communautés forestières rurales d’Afrique centrale, la viande sauvage constitue à la fois une source de nourriture et de revenus. Elle peut également servir de filet de sécurité lorsque les récoltes échouent ou que l’accès à l’emploi et aux autres aliments diminue.
Une analyse portant sur 252 sites forestiers d’Afrique centrale montre que les ménages ruraux consomment en moyenne 56 grammes de viande sauvage par personne et par jour, après ajustement selon la composition des ménages. Cette consommation représente environ 20 % de l’apport quotidien recommandé en protéines.
La contribution est plus faible, mais demeure significative, dans les zones urbanisées : 13 % des apports recommandés en protéines pour les habitants des petites villes et 6 % pour ceux des grandes villes, selon les données citées par la FAO.
Mais cette ressource alimentaire est soumise à une commercialisation croissante. Une méta-analyse couvrant 83 sites d’Afrique de l’Ouest et centrale a établi qu’en moyenne 57 % des prises de chasse étaient vendues, notamment dans les grands centres urbains où la viande sauvage est souvent consommée comme produit de luxe ou pour sa valeur culturelle.
La part des prises destinées à la vente est passée de 34 % en 1991 à 74 % en 2020. Cette évolution s’est accompagnée d’une augmentation de la chasse avec des armes à feu, signe d’une progression du commerce de viande sauvage.
Dans le même temps, le rapport entre les rongeurs et les ongulés dans les prises est passé de 2,5 à 17,1. Ce ratio est utilisé comme indicateur d’appauvrissement écologique : la raréfaction des grands animaux pousse les chasseurs à se rabattre davantage sur les petites espèces.
Selon la FAO, 31 % des mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens d’Afrique de l’Ouest et centrale sont menacés d’extinction en raison d’une chasse non durable.
Le rapport met ainsi en évidence une tension majeure : la viande sauvage contribue à l’alimentation de populations pauvres, mais l’augmentation de sa commercialisation menace la durabilité de cette ressource.
Les cinq millions de tonnes constituent une estimation pour l’ensemble du bassin du Congo. Ce volume ne peut donc pas être attribué à la seule République démocratique du Congo, même si le pays abrite une partie importante de ce massif forestier.