En République démocratique du Congo, quatre mois après la déclaration officielle de l’épidémie de maladie à virus Ebola, le gouvernement et ses partenaires peinent parfois à parler le même langage sur l’évolution de l’épidémie et de la riposte. Dès le début, alors que les partenaires alertaient sur la progression de la maladie face à une riposte jugée insuffisante, le gouvernement refusait tout discours alarmiste et mettait en avant son expérience de seize épidémies déjà vaincues depuis l’apparition de la maladie à virus Ebola en RDC.
À l’heure actuelle, une autre divergence apparaît autour du pic de l’épidémie. Si le gouvernement congolais et l’équipe de riposte estiment que le pic a été atteint dans la province de l’Ituri, tout en reconnaissant la progression de l’épidémie dans la province du Nord-Kivu et en maintenant l’appel à la vigilance de manière générale, Médecins Sans Frontières (MSF) a, dans un communiqué rendu public ce vendredi 18 septembre 2026, tiré la sonnette d’alarme en rappelant que la course pour contenir l’épidémie de maladie à virus Ebola est loin d’être terminée.
Bien que certains indicateurs, tels que la baisse des admissions de patients et le ralentissement de la transmission, puissent laisser penser que l’épidémie se calme, les équipes de MSF observent une tendance inquiétante : alors que les dispositifs de riposte restent incomplets dans les foyers historiques de l’épidémie, de nouveaux cas apparaissent et se propagent vers des zones peu préparées, compliquant davantage les efforts de maîtrise de l’épidémie.
« Considérer que l’épidémie est sous contrôle parce que certains Centres de traitement Ebola (CTE) reçoivent moins de patients serait une erreur », déclare Anthony Kergosien, coordinateur des urgences de MSF à Bunia, en Ituri.
Dans son message intitulé « Considérer que l’épidémie est sous contrôle serait une erreur », cette organisation internationale humanitaire précise que la maladie se déplace plutôt qu’elle ne recule, devenant préoccupante ailleurs, malgré l’accalmie actuellement observée dans la province de l’Ituri.
« En Ituri, qui était l’épicentre initial de l’épidémie, la situation semble effectivement ralentir pour le moment. Mais à l’échelle nationale, le nombre de nouveaux cas n’a pas diminué. L’épidémie ne recule pas, elle se déplace : le Sud-Ubangi est devenu la septième province touchée, tandis que le Nord-Kivu représente désormais près de la moitié des nouveaux cas confirmés, avec une forte hausse du taux de positivité observée ces derniers jours. Alors que des chaînes de transmission non détectées semblent déjà s’installer dans les principaux foyers de l’épidémie, sa propagation vers de nouvelles zones, où les capacités de préparation et de réponse sont encore plus limitées, constitue un risque majeur pour la maîtrise de l’épidémie », a expliqué Anthony Kergosien, coordinateur des urgences de MSF à Bunia, en Ituri.
La République démocratique du Congo (RDC) fait actuellement face à la plus grande épidémie de maladie à virus Ebola jamais enregistrée. Depuis le mois de mai, plus de 7 200 cas confirmés et 3 500 décès ont été rapportés. Le bilan réel est probablement plus élevé en raison des lacunes dans la surveillance et la détection des cas.
Afin d’adapter au mieux sa réponse à l’évolution de l’épidémie, MSF déploie du personnel et des ressources au sein d’équipes de réponse rapide. Ces équipes soutiennent la détection précoce des cas, l’observation et la prise en charge des patients, les activités de prévention et de contrôle des infections, le suivi des contacts, la surveillance épidémiologique ainsi que l’engagement communautaire.
« Cette stratégie vise à détecter et à contenir rapidement les nouveaux foyers de transmission avant qu’ils ne se transforment en flambées de grande ampleur dans des zones ne disposant d’aucune capacité de réponse », explique Anthony Kergosien.
Cependant, les équipes de MSF ne peuvent pas, à elles seules, répondre à l’expansion de cette épidémie. Pour rendre cette approche durable, un renforcement significatif du soutien opérationnel des agences des Nations unies, notamment de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est indispensable.
Une mobilisation plus réactive et plus globale est nécessaire de toute urgence afin de renforcer l’ensemble des piliers de la riposte contre Ebola, en particulier dans les zones éloignées des principaux centres opérationnels, où les capacités de réponse demeurent limitées.
Un tel soutien permettrait aux équipes de MSF de se concentrer sur le déploiement rapide dans les zones où de nouveaux foyers émergent, tout en veillant à ce que les communautés affectées bénéficient de l’ensemble des services nécessaires pour contenir l’épidémie.
« Dans des zones de santé comme Bambu, où une équipe de réponse rapide est actuellement déployée, les systèmes de santé sont déjà sous forte pression en raison d’un sous-financement chronique, d’un manque de personnel et de faibles capacités de référencement des patients. L’épidémie pousse ces structures fragiles au-delà de leurs limites. Nos équipes assurent une réponse de première ligne afin de combler les besoins les plus urgents en attendant que la réponse globale soit renforcée », a-t-il martelé dans une réaction reprise dans le communiqué.
La République démocratique du Congo fait face à sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola, provoquée par le virus Bundibugyo. Déclarée officiellement en mai 2026 dans la province de l’Ituri, cette nouvelle flambée s’est progressivement étendue à plusieurs provinces du pays. Selon les autorités sanitaires et leurs partenaires, sept provinces et plus de 60 zones de santé sont désormais touchées, faisant de cette épidémie une crise sanitaire d’ampleur nationale.
La progression du virus intervient dans un contexte particulièrement difficile, marqué par l’insécurité, les déplacements de populations, d’importants mouvements de personnes et des capacités limitées dans certaines structures de santé. À ces difficultés s’ajoutent les problèmes de confiance et d’adhésion de certaines communautés aux interventions sanitaires, susceptibles de compliquer la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts, l’identification rapide des cas et la prise en charge des personnes infectées.
Clément MUAMBA