L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande de ne pas utiliser systématiquement le vaccin Ervebo contre la maladie à virus Bundibugyo (BDBV), estimant que les données scientifiques disponibles restent insuffisantes pour établir une protection cliniquement significative chez l’être humain. Dans de nouvelles recommandations d’urgence publiées mardi 1er septembre 2026, à la suite d’une réunion extraordinaire du Groupe consultatif stratégique d’experts sur la vaccination (SAGE), l’OMS préconise que l’utilisation d’Ervebo contre le BDBV soit limitée aux protocoles de recherche.
Ervebo est actuellement le seul vaccin homologué contre la maladie à virus Ebola. Toutefois, son homologation concerne la maladie provoquée par le virus Ebola (Zaïre ebolavirus) et non celle causée par le virus Bundibugyo. D’après un communiqué de l’OMS consulté par ACTUALITE.CD, l’agence précise qu’il n’existe actuellement aucun vaccin homologué spécifiquement contre la maladie à virus Bundibugyo. Pour élaborer ses nouvelles recommandations, l’OMS a examiné des données supplémentaires provenant notamment d’études animales, immunologiques et observationnelles.
Certains résultats laissent entrevoir une possible protection croisée d’Ervebo contre le virus Bundibugyo. Toutefois, selon l’évaluation du SAGE, les éléments actuellement disponibles ne permettent pas de déterminer si cette protection potentielle est suffisamment importante pour protéger efficacement les personnes contre la maladie.
"Bien que certains résultats suggèrent une possible protection croisée contre le BDBV, les données disponibles restent insuffisantes pour déterminer si Ervebo offre une protection cliniquement significative chez l’humain", indique l’OMS dans ses recommandations.
L’organisation souligne ainsi que l’utilisation du vaccin contre le BDBV en dehors de son indication homologuée comporte encore d’importantes incertitudes quant à ses bénéfices, ses risques et son efficacité réelle. Dans ce contexte, l’OMS recommande de produire rapidement des données scientifiques robustes grâce à un essai contrôlé randomisé en anneau. Selon le communiqué de l’OMS, cette approche doit permettre d’évaluer directement l’efficacité d’Ervebo contre le virus Bundibugyo dans le contexte de l’épidémie actuelle en République démocratique du Congo.
Le nouveau document recommande donc que l’utilisation d’Ervebo contre le BDBV soit réalisée dans le cadre de protocoles de recherche permettant de mesurer son efficacité et d’éclairer les décisions futures. L’OMS insiste parallèlement sur la nécessité de maintenir les mesures de contrôle de l’épidémie dont l’efficacité est déjà établie. La vaccination ne saurait remplacer la surveillance épidémiologique, la détection rapide des cas, le traçage et le suivi des contacts, la prise en charge médicale, la prévention et le contrôle des infections ou encore la mobilisation communautaire.
"Ces recommandations soulignent les avantages, les risques et les inconnues liés à l'utilisation hors indication d'Ervebo pendant l'épidémie de BDBV en cours et recommandent que le vaccin ne soit utilisé que dans le cadre de protocoles de recherche. Elles insistent sur l'importance de produire rapidement des données d'efficacité robustes grâce à un essai contrôlé randomisé en anneau, de maintenir des mesures de contrôle de l'épidémie éprouvées, de communiquer clairement l'efficacité inconnue contre le BDBV et d'accélérer le développement de vaccins spécifiques au BDBV et d'autres contre-mesures", précise l'OMS
L’OMS avait déjà indiqué fin août que la vaccination avec Ervebo avait commencé chez des travailleurs de santé dans certaines zones de la RDC. Elle soulignait toutefois que, même si le vaccin est sûr et efficace contre la maladie à virus Ebola, il reste inconnu s’il offre une protection contre le virus Bundibugyo chez l’être humain. L’organisation estimait alors qu’un essai clinique était essentiel pour produire de nouvelles données. Cette communication apparaît particulièrement importante dans le contexte d’une épidémie où les populations et les professionnels de santé sont confrontés à une maladie grave, alors que les outils préventifs spécifiquement homologués contre le virus Bundibugyo restent indisponibles.
Pour l’OMS, l’objectif est donc de ne pas créer une fausse impression de protection, tout en permettant la production rapide de preuves scientifiques sur l’utilité potentielle du vaccin. Au-delà de l’épidémie actuelle, l’OMS recommande également d’accélérer le développement de vaccins spécifiques au virus Bundibugyo, ainsi que d’autres contre-mesures destinées à lutter contre les différentes formes de maladie à virus Ebola.
La maladie à virus Bundibugyo constitue en effet une forme distincte de la maladie à virus Ebola provoquée par le virus Ebola de l’espèce Zaïre. À ce jour, aucun vaccin n’est homologué spécifiquement contre le BDBV. Plusieurs candidats sont toutefois en cours de développement. La recommandation de l’OMS intervient alors que l’épidémie congolaise continue de représenter un important défi sanitaire et que le risque de propagation transfrontalière demeure une préoccupation
Clément MUAMBA