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Dossier CVM-SA: 38,8 millions € de contrat, mais où sont les 44 millions $ "Détournés" ?

Photo d'illustration

Depuis quelques jours, le dossier de Madame Jeanne Blandine Kawanda Walwom, Directrice Générale de la Congolaise des Voies Maritimes (CVM-SA), et particulièrement celui relatif à l’acquisition d’une nouvelle drague, fait à nouveau l’objet de publications dans la presse.

Certains titres présentent désormais cette affaire comme une « tentative de détournement de 44 millions de dollars ».

Face à ces raccourcis et à certaines contrevérités, quelques précisions factuelles s’imposent.

1. Il ne s’agit pas d’un contrat secret

L’acquisition de la drague auprès de Royal IHC, constructeur international néerlandais reconnu dans le domaine du dragage, n’a jamais été une opération clandestine.

La procédure d’acquisition a été engagée dans un cadre formel et a notamment bénéficié de toutes les validations nécessaires et surtout de l’autorisation spéciale de recourir à la procédure de gré à gré ainsi que de l’avis de non-objection de la Direction Générale de Contrôle des Marchés Publics (DGCMP), avant la signature du contrat.

Par ailleurs, Royal IHC n’était pas le seul opérateur consulté. Une offre concurrente avait également été examinée et s’était révélée sensiblement plus élevée.

L’opération a, en outre, fait l’objet d’une communication publique du constructeur lui-même, avant même la suspension de Madame Kawanda.

Où est donc le caractère prétendument clandestin de cette opération ?

2. Une précision essentielle sur les montants

Il convient également de rétablir les chiffres.

Le contrat porte sur 36 millions d’euros pour la construction de la drague, auxquels s’ajoutent 2,8 millions d’euros au titre de l’assistance technique et du renforcement des capacités, soit un montant total de 38,8 millions d’euros.

Dès lors,  d'où proviendrait les « 44 millions de dollars détournés " dont parlent certains titres de presse? Plus pathétique encore, la valeur d’un contrat ne saurait être assimilée à un montant détourné.

Pour parler de détournement, il faudrait établir un détournement effectif, identifier les fonds concernés, leur destination, leur bénéficiaire et le préjudice qui en serait résulté.

Un contrat de 38,8 millions d’euros n’est pas un détournement de 38,8 millions d’euros — et encore moins de 44 millions de dollars.

3. Où sont les preuves du prétendu « détournement » de 44 millions de dollars?

Des questions simples méritent dès lors d’être posées :

À qui auraient-ils été versés ?

Sur quel compte ?

Au bénéfice de qui ?

Quel enrichissement personnel est reproché à Madame Kawanda ?

Quel montant précis aurait-elle personnellement perçu ?

Ces questions ne sont pas accessoires. Elles sont au cœur même de cette accusation de détournement.

Une divergence d’interprétation juridique, une contestation relative à une procédure de passation ou même une éventuelle faute administrative ne se transforme pas automatiquement en détournement de fonds publics.

4. La réalité de la gestion de la CVM ne peut être réduite à un seul dossier

Il serait également injuste de réduire 3 années de gestion de la CVM-SA à la seule acquisition d’une drague.

Sous la direction de Madame Kawanda, des efforts importants ont notamment été consacrés à l’assainissement de la situation financière et au règlement des arriérés hérités, notamment en matière salariale, tandis que les salaires courants ont été régulièrement pris en charge.

La modernisation de l’outil de dragage répondait par ailleurs à un besoin opérationnel majeur de la CVM.

L’absence d’un outil propre et performant impose depuis des années le recours à la location de dragues, avec un coût considérable pour l’entreprise.

Vouloir disposer enfin d’un outil moderne pour assurer durablement les missions de la CVM ne constitue pas, en soi, une infraction.

5. Suspension, retrait du mandat et accusations pénales : ne mélangeons pas tout !

Madame Kawanda a d’abord fait l’objet, le 11 mai 2026, d’une mesure de suspension présentée comme conservatoire, pour une durée de trois mois, avec ouverture d’une enquête destinée à 'confirmer" les faits qui lui étaient reprochés.

Elle a, dans le cadre de cette procédure, répondu aux observations qui lui avaient été communiquées et produit les éléments de réponse relatifs aux griefs formulés contre elle.

Par la suite, son mandat a fait l’objet d'une décision de retrait, dans des conditions et sur la base de considérations juridiques qui font précisément l’objet de contestations.

Ces différentes étapes administratives ne sauraient être transformées, par simple raccourci médiatique, en condamnation pénale...

6. Et concernant le Conseil d’État ?

Il convient également de rétablir la vérité concernant la procédure engagée devant le Conseil d’État.

Contrairement à ce qui a été affirmé dans certains articles de presse, aucune décision n’a encore été rendue par le Conseil d’État dans cette affaire. La procédure est toujours en cours.

Il est donc totalement inexact de présenter Madame Blandine Kawanda comme ayant été « déboutée » par le Conseil d’État ou de laisser entendre que cette juridiction aurait confirmé, de quelque manière que ce soit, les accusations portées contre elle.

À ce jour, aucune juridiction n’a établi sa responsabilité dans un quelconque détournement ou dans une quelconque tentative de détournement.

La justice suit son cours.

La presse a le rôle d'informer ; elle ne peut en aucun cas se substituer au juge.

7. Réformer et innover dérange dans notre pays.

Lorsqu’une direction entreprend de remettre de l’ordre, de fermer certains « robinets », de renforcer les procédures, d’imposer davantage de rigueur et de privilégier la performance et la transparence, elle suscite nécessairement  des résistances.

Mais ceux qui acceptent de prendre des décisions difficiles pour redresser une entreprise ne devraient pas voir leurs efforts effacés par des accusations lancées sans démonstration, des calomnies, des in jures et des propos diffamatoires.

La gestion publique doit être contrôlée. Les responsabilités doivent être établies lorsqu’il existe des fautes. Mais elles doivent l’être sur la base de faits, de pièces et du droit — et non sur la base de titres sensationnalistes.

EN CONCLUSION

La République démocratique du Congo a besoin de contrôle, de reddition des comptes et de lutte contre la mauvaise gestion.

Mais elle a tout autant besoin de justice, de rigueur et de respect de la vérité.

Un contrat de construction d’une drague de 36 millions d’euros, complété par 2,8 millions d’euros d’assistance technique et de renforcement des capacités, soit 38,8 millions d’euros au total, ne peut être présenté comme « 44 millions de dollars détournés » sans que les faits constitutifs d’un tel détournement soient établis.

Accuser n’est pas prouver.

Enquêter n’est pas condamner.

Un contrat n’est pas un détournement.

Et surtout :

Informer n’autorise pas à déformer.

C’est précisément parce que la vérité doit rester au-dessus des intérêts, des passions et des rapports de force qu’il est nécessaire de rétablir les faits.


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