Interrogé sur l'appréciation du franc congolais, présentée par le gouvernement comme un signe de stabilité macroéconomique retrouvée mais critiquée par plusieurs économistes comme artificielle, Nicolas Kazadi distingue clairement deux éléments dans son analyse lors du Space live organisé mercredi par Stanis Bujakera Tshiamala. D'un côté, il salue sans réserve la stabilisation durable de la monnaie obtenue par la Banque centrale du Congo, avec un taux de change aujourd'hui autour de 2 300 francs congolais pour un dollar, un résultat, selon lui, longtemps recherché et qui mérite d'être félicité. De l'autre, il reconnaît que l'appréciation a été « trop forte et trop brutale », qualifiant ce mouvement de choc économique dont le pays subit encore les conséquences, tout en estimant qu'il finira par se résorber avec le temps.
Pour l'ancien ministre, la mission première d'une banque centrale est de stabiliser la monnaie, ni de l'apprécier ni de la déprécier brutalement, un objectif qu'il considère atteint, appelant simplement à éviter à l'avenir de nouveaux mouvements brusques, dans un sens comme dans l'autre.
Confronté à l'accusation, portée par certains observateurs, selon laquelle cette politique de change relèverait d'un calcul politique visant à afficher une monnaie forte à l'approche d'échéances sensibles plutôt que d'une stratégie monétaire durable, Nicolas Kazadi rejette fermement cette lecture, se présentant comme un ancien banquier central connaissant les mécanismes de politique monétaire. Il attribue plutôt les difficultés passées à un relâchement technique dans le contrôle et la gestion des réserves obligatoires des banques, un facteur, selon lui, largement responsable des dépréciations difficilement explicables qu'a connues le franc congolais par le passé. Il affirme que ces ajustements techniques ont depuis été corrigés, permettant le retour à un taux stabilisé.
Sur la question d'un éventuel effet négatif de l'appréciation sur la compétitivité des exportateurs et les recettes en devises de l'État, Nicolas Kazadi relativise fortement le risque, rappelant que la RDC exporte à 99% des produits miniers bruts, un secteur qu'il juge peu affecté par les variations du taux de change local. Il concède en revanche un impact regrettable sur le plan budgétaire, l'appréciation du franc augmentant mécaniquement la valeur en dollars de certains postes de dépenses, notamment les rémunérations. Il illustre cette distorsion par l'exemple du carburant, dont le prix aurait baissé en francs congolais tout en augmentant en valeur dollar. Pour lui, cependant, l'économie congolaise, structurellement tournée vers l'exportation de matières premières non transformées, échappe largement aux problématiques classiques de compétitivité liées à un taux de change apprécié.