Communication du Groupe de recherche en économie et commerce (GREC)
À la veille de la rentrée scolaire, le Franc Congolais demeure stable face au dollar américain. Une bonne nouvelle pour les ménages, notamment pour ceux dont les revenus sont libellés en monnaie nationale. Car derrière la stabilité du taux de change se joue une réalité très concrète : le pouvoir de dépenser, d'épargner et d'investir avec davantage de visibilité.
À quelques jours de la rentrée scolaire, alors que de nombreuses familles congolaises s'affairent aux derniers achats de fournitures, uniformes et autres dépenses liées à la reprise des classes, une donnée mérite l'attention : le Franc congolais reste stable. Le taux de change indicatif publié ce lundi 31 août par la Banque Centrale du Congo situe le cours moyen à 2 263,43 CDF pour un dollar américain. Le cours acheteur moyen s'établit à 2 212,38 CDF et le cours vendeur moyen à 2 314,48 CDF.
Au-delà du chiffre du jour, c'est surtout la faible amplitude des variations observées ces dernières semaines qui mérite d'être relevée. Le Franc congolais évolue désormais dans une zone de relative stabilité face au dollar. Pour une économie où les variations du change influencent rapidement les anticipations des ménages et des opérateurs économiques, ce n'est pas anodin.
Une stabilité qui tombe à point nommé
Le calendrier donne à cette évolution une signification particulière. La rentrée scolaire est traditionnellement une période de dépenses importantes pour les familles : frais scolaires, uniformes, fournitures, transport, alimentation et équipements divers. Elle peut aussi s'accompagner d'une demande accrue de devises et, par conséquent, de tensions sur le marché des changes.
C'est précisément dans ce contexte que le maintien de la stabilité du Franc congolais constitue un signal rassurant. Pour les ménages dont les revenus sont versés en francs congolais, l'enjeu est très concret. Une forte dépréciation de la monnaie nationale peut réduire rapidement le pouvoir d'achat, notamment lorsque les prix de certains biens intègrent directement ou indirectement le coût des importations. Lorsque le taux de change reste stable, cette source de pression sur les prix et sur les budgets familiaux s'atténue.
La stabilité ne signifie évidemment pas que tout devient moins cher du jour au lendemain. Elle signifie plutôt qu'un facteur important d'incertitude est mieux contenu. Et, à la veille de la rentrée, cela compte.
Le salaire en francs conserve mieux ses repères
La question est encore plus importante pour celui qui gagne sa vie en monnaie nationale. Lorsqu'un salarié reçoit sa rémunération en francs et que le taux de change se dégrade rapidement, une partie de son pouvoir d'achat peut être affectée avant même qu'il ait effectué ses dépenses. Cette situation alimente souvent un réflexe bien connu : convertir rapidement son revenu en dollars afin de se protéger contre une éventuelle perte de valeur.
La stabilité change progressivement cette logique. Lorsque le Franc congolais conserve sa valeur sur une période suffisamment longue, l'urgence de se débarrasser de ses francs diminue. Le salarié peut davantage raisonner dans la monnaie dans laquelle il est payé : effectuer ses dépenses, constituer une épargne ou programmer certains investissements. C'est probablement l'un des effets les plus importants d'une stabilité monétaire durable : elle ne modifie pas seulement les chiffres du marché des changes ; elle peut modifier les comportements.
Derrière la stabilité, une politique monétaire vigilante
Il serait toutefois réducteur de considérer cette évolution comme allant de soi. La stabilité d'une monnaie dépend de nombreux facteurs : niveau de liquidité dans l'économie, inflation, réserves internationales, finances publiques, recettes d'exportation, demande de devises, comportement des banques et des opérateurs économiques, mais aussi confiance du public.
La politique monétaire joue, dans cet ensemble, un rôle essentiel. Ces derniers mois, plusieurs indicateurs ont évolué favorablement. Les réserves internationales se sont renforcées, l'inflation a nettement ralenti et le marché des changes a connu des fluctuations relativement contenues. La Banque Centrale a également continué d'ajuster ses instruments de politique monétaire en fonction de l'évolution de la conjoncture.
Ces éléments contribuent à expliquer pourquoi le Franc congolais aborde cette rentrée scolaire dans une situation plus confortable. Mais une monnaie stable n'est jamais un acquis définitif. Elle suppose une gestion attentive des équilibres macroéconomiques et, notamment, une bonne coordination entre politiques monétaire et budgétaire.
Stable ne veut pas dire immobile
Un autre point mérite d'être précisé. La stabilité du Franc congolais ne signifie pas que son cours doit rester chaque jour exactement au même niveau. Sur un marché où le taux de change résulte de la confrontation entre l'offre et la demande de devises, de petites variations sont normales.
Les taux publiés quotidiennement par la Banque Centrale sont d'ailleurs indicatifs. Les transactions de change sont réalisées de gré à gré aux cours déterminés par les conditions du marché. Ce qui importe davantage est d'éviter des fluctuations brutales ou persistantes susceptibles de nourrir l'inflation, la spéculation et les anticipations négatives. De ce point de vue, l'évolution récente est encourageante : le marché paraît avoir retrouvé des repères.

Et si la stabilité changeait notre rapport au Franc ?
C'est peut-être la question la plus intéressante. Pendant longtemps, l'expérience des épisodes de dépréciation a installé chez de nombreux Congolais un réflexe de protection : gagner en francs, mais penser en dollars. Le billet vert est devenu à la fois moyen de paiement, unité de compte et instrument d'épargne dans une partie importante de l'économie.
Une stabilité durable du Franc congolais peut progressivement modifier cette perception. Car la confiance dans une monnaie ne repose pas seulement sur les discours. Elle se construit par l'expérience. Lorsque le citoyen constate que les francs qu'il reçoit aujourd'hui conservent raisonnablement leur valeur demain, il a moins de raisons de rechercher immédiatement une autre monnaie.
Dépenser en francs devient plus naturel. Épargner en francs devient plus envisageable. Fixer les prix en francs devient plus rationnel. Et investir en francs devient moins incertain. Ce changement ne peut évidemment pas intervenir en quelques semaines. La confiance monétaire se construit lentement. Mais la stabilité constitue son premier ingrédient.
Cette évolution des perceptions se retrouve d'ailleurs dans certains comportements. Interrogée sur ses dépenses pendant un séjour à Kinshasa, une étudiante congolaise de la diaspora résume la question d'une formule simple : « Il faudrait commencer par penser en monnaie nationale avant de dépenser. C'est aussi une question de patriotisme et de fierté de notre identité. » Et de conclure : « Soyons francs, vivons francs. » Une formule qui reprend un concept qui commence à faire son chemin : redonner au Franc congolais une place non seulement dans les transactions, mais aussi dans les habitudes et les représentations.
Car une monnaie nationale n'est pas uniquement un instrument économique. Elle porte également une part de souveraineté et d'identité collective. Penser en francs avant de dépenser en francs, c'est progressivement cesser de prendre systématiquement une devise étrangère comme référence pour apprécier la valeur d'un bien, d'un revenu ou d'une épargne. À mesure que la stabilité se consolide, cette évolution des réflexes peut contribuer à réinstaller la monnaie nationale au centre de la vie économique.
Une bonne nouvelle, mais aussi une responsabilité collective
La Banque Centrale a un rôle central à jouer dans la préservation de cette stabilité. Mais elle n'est pas seule. La discipline budgétaire, le comportement des banques, des entreprises et des cambistes, la disponibilité des devises, le développement de la production nationale et même les anticipations des citoyens participent à l'équilibre du marché. La stabilité monétaire est donc à la fois un résultat et une confiance à entretenir.
À quelques jours de la rentrée scolaire, le taux de 2 263,43 CDF pour un dollar ne doit dès lors pas être lu comme un simple chiffre affiché sur un tableau de change. Pour des millions de ménages, derrière ce chiffre se trouvent des frais scolaires à payer, des fournitures à acheter, un budget à équilibrer et un salaire dont il faut préserver le pouvoir d'achat.
Le Franc congolais aborde cette période sensible sans turbulences majeures. C'est une bonne nouvelle. Le défi consiste désormais à inscrire cette stabilité dans la durée, mais aussi à faire en sorte qu'elle se traduise progressivement dans les comportements. Car la confiance dans une monnaie se mesure aussi à la place qu'on lui accorde dans ses choix quotidiens. Car, au bout du compte, une monnaie stable est d'abord une monnaie dans laquelle on peut avoir suffisamment confiance pour travailler, dépenser, épargner et investir. Gagner en francs, penser en francs, dépenser en francs, épargner et investir en francs : la stabilité actuelle peut contribuer à rendre ce cercle vertueux de nouveau possible. Et peut-être donner davantage de sens à cette formule qui circule : « Soyons francs, vivons francs. »