La République démocratique du Congo a présenté à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ses engagements liés à l’accord de paix dit « accord de Washington », conclu avec le Rwanda sous la médiation des États-Unis, représentés par l’administration de Donald Trump, en prélude au 46ᵉ sommet des chefs d’État et de gouvernement de la SADC.
S’exprimant mercredi 12 août devant le Conseil des ministres de la SADC, l’organe chargé de superviser le fonctionnement et le développement de la Communauté ainsi que de veiller à la mise en œuvre de ses politiques, stratégies et programmes, le ministre congolais de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, a notamment évoqué le processus de désarmement et de démobilisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Selon le ministre, rappelle sa cellule de communication, les FDLR ont signé un protocole prévoyant leur désarmement, leur démobilisation ainsi que leur cantonnement. Cette étape devrait être suivie de leur rapatriement au Rwanda ou de leur transfert vers un pays tiers. Floribert Anzuluni a souligné l’importance de tenir la SADC informée de l’évolution de ce processus, compte tenu de l’implication de l’organisation sous-régionale dans la recherche d’une solution à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC.
« Cette mise à jour est très importante, d’autant plus que la SADC a été très impliquée et reste très impliquée sur la question congolaise », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par son cabinet.
Cette intervention marque également le retour officiel de la RDC aux travaux de la SADC, après le règlement de l’ensemble de ses arriérés de contributions. Pendant plus de deux ans, Kinshasa avait été privée de son droit de parole lors des sessions plénières et décisionnelles de l’organisation en raison de ces impayés.
Le ministre congolais a, par ailleurs, annoncé la mise en place d’un comité de suivi chargé d’accompagner l’exécution des engagements pris. Ce mécanisme devrait associer des partenaires régionaux et internationaux afin de renforcer la transparence et la crédibilité du processus.
Pour le représentant de la RDC, la SADC conserve ainsi un rôle majeur dans la dynamique engagée pour parvenir à une paix durable dans l’Est de la République démocratique du Congo. Bien avant ces assises, le protocole avait déjà été présenté à Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud et président par intérim de la SADC.
« La SADC tient une place naturelle et décisive dans cette dynamique dont l’objectif est de rétablir la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo », a affirmé Floribert Anzuluni.
Depuis plusieurs décennies, l’Est de la République démocratique du Congo demeure confronté à l’activisme de groupes armés locaux et étrangers, dont les FDLR. La présence de ce mouvement constitue l’une des principales préoccupations sécuritaires invoquées par Kigali, tandis que Kinshasa est parallèlement confrontée à l’activisme du M23/AFC et à d’autres groupes armés.
L’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, signé à Washington le 27 juin 2025 sous facilitation américaine, a placé la neutralisation des FDLR au cœur des engagements sécuritaires. Il prévoit également la levée des mesures défensives prises par le Rwanda, autrement dit le retrait de ses forces du territoire congolais. Le nouveau protocole de démilitarisation, de démobilisation et de cantonnement des FDLR annoncé par Kinshasa est toutefois contesté par Kigali. Les autorités rwandaises estiment que cette démarche n’est pas conforme aux dispositions des accords de Washington. Kigali qualifie cette initiative de « non-événement » et accuse Kinshasa de ne pas vouloir respecter ses engagements. Pour Kinshasa, au contraire, cette démarche vise notamment à priver Kigali de tout prétexte susceptible de justifier le maintien de ses forces sur le territoire congolais.
Cette initiative intervient dans un contexte où deux engagements clés de l’accord de Washington, la neutralisation des FDLR par le gouvernement congolais et la levée des mesures défensives, impliquant le retrait des forces rwandaises du sol congolais, n’ont pas enregistré d’avancées significatives, plus d’un an après la signature de l’accord. Washington, par l’entremise de Massad Boulos, conseiller de l’administration Trump pour les affaires africaines, avait d’ailleurs reconnu cette difficulté devant le Conseil de sécurité des Nations unies et appelé les deux parties à respecter leurs engagements découlant de l’accord.
Malgré la signature de l’accord de Washington, la situation ne semble pas évoluer dans le sens escompté, au regard de la poursuite des hostilités sur le terrain, des accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et des interprétations divergentes des engagements pris par les deux parties. Ces divergences rendent la mise en œuvre de l’accord particulièrement complexe et alimentent la méfiance entre Kinshasa et Kigali. Pendant ce temps, les populations civiles continuent de payer un lourd tribut à cette guerre, alors que la situation humanitaire demeure particulièrement préoccupante dans plusieurs coins de l’Est de la République démocratique du Congo.
Clément Muamba