S'exprimant jeudi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'analyste Patrick Mbeko a livré une lecture critique du procès ayant conduit à la condamnation à mort de l'ancien président Joseph Kabila et des poursuites contre son entourage, tout en révélant des éléments "inédits" sur le rôle des États-Unis contre Joseph Kabila.
Un « règlement de comptes » plutôt qu'un procès
Interrogé sur les accusations de connivence avec le Rwanda visant Joseph Kabila, Patrick Mbeko a d'emblée rejeté l'idée d'une démarche purement judiciaire. Sur le plan politique, estime-t-il, un règlement de comptes est compréhensible : il rappelle que Félix Tshisekedi avait annoncé, dès l'époque de la coalition FCC-CACH, sa volonté de « déboulonner » ceux qui l'avaient précédé au pouvoir, une intention qu'il aurait ensuite tempérée, avant que la rupture avec le FCC ne la remette en œuvre. Pour l'analyste, le procès contre Kabila s'inscrit dans cette continuité annoncée. Mais sur le plan judiciaire, il dénonce une procédure menée avec « légèreté », qu'il ne peut qualifier de justice.
Sur les liens allégués avec le M23
Concernant l'accusation d'un lien entre Joseph Kabila et le M23, Patrick Mbeko rappelle que l'ancien président n'était pas au pouvoir lorsque la rébellion est réapparue sur le terrain militaire. Il note que le rapport du Groupe d'experts des Nations unies sur la question, loin d'être affirmatif, se fonde essentiellement sur des propos rapportés par des cadres du FCC repliés à Goma, ouvertement hostiles au pouvoir de Kinshasa, sans établir de manière définitive que Kabila serait le « patron » du mouvement. Il évoque toutefois des discussions autour d'un éventuel rôle de « frein » que Kabila pourrait jouer vis-à-vis du M23, sans trancher lui-même sur la réalité de ce rôle. Selon lui, si des preuves claires existaient, elles proviendraient nécessairement des institutions congolaises elles-mêmes, justice et renseignement militaire, qui n'en auraient fourni aucune au cours du procès.
L'analyste reconnaît en revanche que Kabila ne cache pas son engagement dans une logique de confrontation avec le pouvoir en place, ayant lui-même affirmé vouloir le « chasser » ou le mettre « hors d'état de nuire », par la voie militaire ou démocratique, les deux options n'étant selon lui pas exclusives l'une de l'autre.
Le rôle déterminant des États-Unis dans la chute de Kabila
Patrick Mbeko a ensuite livré une analyse détaillée du rôle joué par Washington sur l'avenir politique de Joseph Kabila. Contrairement à une idée répandue selon laquelle Félix Tshisekedi se serait défait seul de son ancien mentor, l'analyste affirme que ce sont les Américains qui ont mobilisé des moyens conséquents pour neutraliser Kabila, évoquant notamment l'intervention d'agents de la CIA venus à Kinshasa menacer des proches de l'ancien président. Selon lui, le basculement du FCC observé en 2020-2021 n'aurait rien eu d'une manœuvre spontanée impulsée depuis le Palais de la Nation, mais aurait été coordonné depuis l'ambassade américaine.
Il établit un parallèle avec la chute du maréchal Mobutu, rappelant que des officiers de l'armée zaïroise auraient été retournés par la CIA à l'époque, citant l'exemple du général Nzimbi, qui aurait été personnellement menacé par l'ambassadeur américain alors qu'il envisageait de résister à l'avancée des troupes de l'AFDL sur Kinshasa.
Sur les sanctions américaines récentes visant Kabila, Patrick Mbeko livre une lecture inverse de celle généralement admise : loin de constituer une preuve de sa culpabilité, elles témoigneraient au contraire d'une anticipation de Washington face à un possible retour de Kabila sur la scène politique, un scénario que les États-Unis chercheraient précisément à dissuader.
Un rapport de force encore ouvert
En conclusion, Patrick Mbeko estime que le procès intenté contre l'entourage de Kabila constitue un règlement de comptes toujours en cours, l'ancien président restant engagé, selon lui, dans une logique de renversement du rapport de force, tant sur le plan politique que militaire. Il lui reconnaît un avantage sur le président Tshisekedi : la confiance, selon lui, de la majorité des chefs d'État de la région.