Ils sont au total 5 800 Congolais ayant fui les violences liées à la crise de Mobondo à Kwamouth pour se réfugier en République du Congo. Installés à Ngabé, un village situé sur la rive droite du fleuve Congo, ces réfugiés vivent depuis quatre ans dans une grande précarité.
S'ils ont échappé aux violences qui ont secoué leur territoire d'origine, leur calvaire est loin d'être terminé. À Ngabé, l'accès aux soins de santé reste très limité, tandis que la plupart peinent à se nourrir et à subvenir aux besoins de leurs familles.
Pour survivre, beaucoup lavent des vêtements, fabriquent des chikwangues ou effectuent des travaux champêtres pour les habitants de la localité, en échange de sommes dérisoires qui leur permettent à peine de couvrir leurs besoins essentiels.
Parmi eux figure Pélagie Mboli, mère de famille arrivée à Ngabé lors de la première vague de réfugiés. Confrontée à des conditions de vie particulièrement difficiles, elle appelle le gouvernement congolais à faciliter le retour de sa famille à Kwamouth.
"Je ne vis que de petits travaux dans les ménages d'ici. Parfois, je fabrique des chikwangues et cela me permet de trouver de quoi nourrir ma famille. Nous souffrons énormément. Nous ne sommes pas en bonne santé et nous mangeons difficilement. Nous demandons à nos autorités d'avoir pitié de nous et de trouver une solution. Aidez-nous à rentrer, car la souffrance ne fait que s'aggraver. Nous sommes fatigués", témoigne-t-elle.
Ancien enseignant à Kwamouth, Bompe Mpeti est aujourd'hui devenu ouvrier agricole à Ngabé. Après quatre années d'exil, il n'aspire qu'à une seule chose : rentrer chez lui, en République démocratique du Congo.
"Depuis quatre ans, je travaille dans leurs champs. Je les sarcle pour faire vivre ma famille. Au Congo-Brazzaville, nous sommes devenus comme des esclaves, des personnes inutiles, alors que nous sommes des êtres humains comme les Brazzavillois. Que nos autorités pensent à la souffrance qui nous a frappés à Kwamouth. Nous sommes fatigués, nous voulons rentrer chez nous ", explique-t-il.
Les appels au retour se sont intensifiés après la visite d'une structure humanitaire œuvrant en RDC. Selon plusieurs réfugiés, l'assistance apportée n'aurait pas atteint ses véritables bénéficiaires.
Autrefois considéré comme l'un des principaux greniers agricoles de l'ouest de la RDC, le territoire de Kwamouth comptait plus de 200 000 habitants avant le conflit Teke-Yaka. Quatre ans après le début des violences, de nombreux villages sont désertés. Une partie de la population a péri, tandis que des milliers d'autres habitants vivent toujours dans l'errance, notamment à Bandundu, Bolobo, Bagata, dans le Kwango, à Kinshasa ou encore en République du Congo.
Jonathan Mesa