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Chute de Goma : Carly Nzanzu Kasivita pointe l'échec de la « trilogie » politique, diplomatique et militaire

L'emblématique rond-point "Chukudu" au centre ville de Goma

Invité d'un Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, Carly Nzanzu Kasivita, vice-président de la commission Défense et sécurité de l'Assemblée nationale et gouverneur honoraire du Nord-Kivu, est revenu sur les circonstances personnelles de la chute de Goma et sur l'état actuel de la province qu'il a dirigée.

« Les indices ne me rassuraient pas »

L'ancien gouverneur a confié avoir quitté Goma sept jours avant sa chute, forte de son expérience de plusieurs guerres vécues dans la ville : « Les indices que je voyais autour de Goma ne me rassuraient pas, et c'est comme ça que j'avais décidé de quitter Goma et de revenir à Kinshasa. » Un choix qui n'a pas épargné à sa famille les conséquences du basculement de la ville : « On a perdu des amis, on a perdu nos biens. Aujourd'hui, tous nos biens sont contrôlés par les autorités de fait qui sont là, et nos familles ont eu la chance de fuir nos maisons, tout simplement parce que nous sommes des politiques. » Il reconnaît que ce vécu n'a rien laissé d'indifférent : « Les ressentis n'étaient pas bons pour cette situation-là. »

Une chute jugée évitable, l'échec de la trilogie

Interrogé sur le caractère évitable de l'effondrement sécuritaire de Goma, Carly Nzanzu Kasivita s'appuie sur la doctrine énoncée par le chef de l'État lui-même : « Le président avait dit que les solutions à la crise à l'Est étaient aussi politiques, diplomatiques et militaires. Si la trilogie avait bien fonctionné avant, peut-être que la chute de Goma serait évitable. » Sur la question des responsabilités, il pointe l'échec des négociations de Luanda, en Angola, où la partie rwandaise aurait, selon lui, préféré se retirer des discussions : « Ça veut dire que les agendas du Rwanda étaient loin de l'accord de Luanda. »

« Ce qui est plus important, ce n'est pas d'être appelé gouverneur »

Il décrit une population à Goma, Rutshuru, Masisi et Lubero, notamment à Kirumba, en grande souffrance, dans l'attente d'une réunification du pays et du retour de l'autorité de Kinshasa à Goma.

Une administration parallèle qui « s'installe »

Interpellé sur ce qui, pour lui, résume aujourd'hui l'état de la province, Carly Nzanzu Kasivita a décrit un territoire occupé par des forces étrangères qui tentent de consolider une administration parallèle, donnant l'impression de vouloir s'installer durablement : « C'est malheureusement ce que je vois à Goma, ce que je vois à Rutshuru. » Il n'en loue pas moins la résilience de la population, citant en exemple l'élan de solidarité manifesté autour du parcours des Léopards à la Coupe du monde, y compris dans la région de Beni, où les habitants vivent toujours dans la peur des exactions des ADF et où plusieurs personnes continuent de perdre la vie sur les routes.

Il a conclu sur une note résolument tournée vers l'avenir économique de sa province : « Le Nord-Kivu, c'est parmi les meilleures parties de la RDC, qui devrait permettre à ce pays d'être le géant de l'Afrique centrale sur le plan économique », à condition, insiste-t-il, que la paix y soit rétablie.