La sécurisation des périmètres miniers s’impose désormais comme l’un des principaux enjeux sécuritaires et économiques du Grand Katanga. Réuni ce samedi 1er août 2026 à Lubumbashi, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a présidé une réunion stratégique élargie du Comité provincial de sécurité, consacrée notamment à la protection des sites et des activités minières.
Autour du Chef de l’État, les gouverneurs des quatre provinces issues de l’ancien Katanga ont pris part à cette séance de travail : Martin Kazembe Shula pour le Haut-Katanga, Fifi Masuka Saini pour le Lualaba, Marmont Banza Mulume pour le Haut-Lomami et Christian Kitungwa Muteba pour le Tanganyika.
La sécurité des mines au cœur des préoccupations
La rencontre de Lubumbashi intervient dans un contexte où la question de l’accès aux périmètres miniers, de l’exploitation artisanale et de la protection des installations industrielles suscite une attention croissante des autorités. L’objectif affiché est de renforcer la présence et la coordination des services de sécurité autour des zones minières, mais également de prévenir les incidents susceptibles de perturber la production, le transport et l’acheminement des produits miniers.
Dans cette partie du pays, les enjeux dépassent largement la seule protection des concessions. Ils concernent également la sécurisation des routes minières, des corridors de transport, des installations industrielles et des cargaisons de cuivre et de cobalt.
Des tensions persistantes autour des concessions minières
Sur le terrain, la cohabitation entre exploitation industrielle et exploitation artisanale demeure l’un des principaux défis. Dans plusieurs zones minières du Lualaba et du Haut-Katanga, l’accès de creuseurs artisanaux à des périmètres industriels ou à des concessions privées est régulièrement à l’origine de tensions. Le phénomène des exploitations clandestines pose à la fois des problèmes de sécurité, de respect des titres miniers et de protection des travailleurs et des populations riveraines.
Le cas du Lualaba illustre cette difficulté. En juin dernier, la société civile de Fungurume avait dénoncé des tirs attribués aux dispositifs de protection d’une concession minière, dans un contexte de présence de creuseurs clandestins. Ces accusations, rapportées avaient relancé le débat sur les méthodes employées pour empêcher les intrusions dans les périmètres miniers.
Cette situation met en évidence un équilibre difficile à trouver entre la nécessité de protéger les investissements miniers et celle de garantir la sécurité des populations et des exploitants artisanaux.
Encadrer l’exploitation artisanale plutôt que laisser prospérer les zones clandestines
La réponse des autorités ne repose toutefois pas uniquement sur le dispositif sécuritaire. En mai 2026, le Service d'assistance et d'encadrement de l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE) avait annoncé la création de 64 zones d’exploitation artisanale dans le Grand Katanga, dont 33 dans le Lualaba. L’initiative vise notamment à offrir aux creuseurs des espaces légalement identifiés et mieux encadrés.
Cette politique apparaît comme un volet complémentaire à la sécurisation des concessions industrielles : en organisant l’exploitation artisanale dans des espaces dédiés, les autorités cherchent à réduire les incursions dans les périmètres réservés aux sociétés minières et à limiter les affrontements liés à l’accès aux ressources.
La question de la présence des forces de sécurité dans certaines zones artisanales reste néanmoins sensible. Le SAEMAPE avait notamment dénoncé en mai la présence de militaires dans certaines zones d’exploitation artisanale, estimant cette situation contraire au cadre légal.
Le transport des minerais, autre maillon sensible
La sécurisation du secteur minier concerne également le transport des produits issus des mines.
Dans le Haut-Katanga, les autorités provinciales ont déjà renforcé le dispositif sur la Nationale numéro 1, notamment à la frontière avec le Lualaba. Depuis avril 2026, les camions transportant des cathodes de cuivre doivent bénéficier d’une escorte policière afin de lutter contre les vols récurrents enregistrés sur cet axe stratégique.
Cette mesure traduit une réalité : sécuriser une mine ne suffit pas. La protection de la chaîne minière doit couvrir l’ensemble du parcours, depuis le périmètre d’exploitation jusqu’aux axes routiers et aux points de sortie des produits.
Pour les autorités, la sécurisation des sites doit donc permettre de protéger les investissements, les infrastructures et les travailleurs, tout en préservant la paix sociale dans les communautés riveraines.
L’enjeu consiste également à éviter que les opérations de sécurisation ne débouchent sur de nouvelles tensions avec les populations dépendantes de l’exploitation artisanale. D’où l’importance d’une approche combinant sécurité, encadrement des creuseurs, respect de la législation minière et dialogue avec les communautés.
Mais au-delà du renforcement du dispositif sécuritaire, le défi sera de construire une gouvernance minière capable de concilier trois impératifs : protéger les investissements, garantir la sécurité des populations et offrir aux exploitants artisanaux des espaces légaux et sécurisés.
À Lubumbashi, Félix Tshisekedi et les responsables des quatre provinces du Grand Katanga ont ainsi placé la sécurisation des périmètres miniers au centre d’une réflexion qui touche directement à la stabilité sociale et aux intérêts économiques de cette partie stratégique de la République démocratique du Congo.
José Mukendi