Le magazine The Continent affirme avoir identifié une équipe coordonnant une campagne d’influence sur les réseaux sociaux destinée à défendre la position du Rwanda face aux critiques sur son implication présumée dans le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), en s’appuyant sur un document interne et l’analyse de quelque 60 000 publications sur le réseau X.
Selon cette enquête publiée vendredi, un tableur rendu accessible par inadvertance répertorie neuf personnes présentées comme membres d’une équipe chargée de produire et diffuser des contenus favorables aux positions de Kigali. Le document comprend notamment des noms, des comptes X, des numéros de téléphone, du matériel mis à disposition ainsi qu’un budget annuel de 124,1 millions de francs rwandais, soit environ 85 600 dollars, selon le magazine.
Les auteurs de l’enquête indiquent que cette équipe préparerait des messages, hashtags, photographies et vidéos diffusés par des réseaux d’étudiants, d’associations et d’utilisateurs des réseaux sociaux.
L’analyse des publications attribuées à ces comptes fait ressortir trois principaux axes, selon The Continent : contester les critiques sur le soutien présumé du Rwanda au mouvement M23, promouvoir l’idée d’une collaboration entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les FDLR, et présenter le Rwanda comme protecteur des populations tutsies de l’est de la RDC.
Le magazine affirme également que les différents comptes remplissent des fonctions complémentaires. Certains republieraient principalement des discours officiels et des documents gouvernementaux, d’autres répondraient aux critiques formulées par des journalistes, ONG ou gouvernements étrangers, tandis que d’autres diffuseraient surtout des contenus valorisant le tourisme, la nature et le développement du Rwanda.
L’enquête cite des chercheurs selon lesquels ce type d’opération ne cherche pas nécessairement à convaincre l’ensemble du public, mais à façonner l’environnement informationnel en donnant l’impression que certaines critiques sont contestées ou minoritaires.
The Continent précise avoir sollicité le Bureau du porte-parole du gouvernement rwandais (OGS), qui n’avait pas répondu avant la publication de l’enquête. Huit des neuf personnes citées ont également été contactées, indique le magazine. Une seule a répondu, affirmant que les journalistes s’adressaient à la mauvaise personne et les invitant à contacter le bureau du porte-parole du gouvernement.
L’enquête précise enfin que le document obtenu ne couvre qu’une seule équipe et ne permet pas, à lui seul, d’établir l’ampleur de l’ensemble des opérations d’influence attribuées au Rwanda.