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RDC : le politologue Christian Moleka dresse un bilan sans concession du rapport de force entre Kinshasa et le M23

Des personnes arrêtées par les rebelles de l'AFC/M23 à Goma

Invité vendredi du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le politologue Christian Moleka a livré une analyse approfondie de la dynamique politico-sécuritaire actuelle, entre appels au dialogue, rapport de force militaire et perspectives d'apaisement politique.

Des concessions de l'opposition sans contrepartie solide

Pour Christian Moleka, la levée par l'opposition des dates de manifestations prévues les 8 et 22 juillet constitue une réelle concession, faite en échange de la seule promesse d'un cadre de dialogue. Il estime toutefois que ce jeu de compromis n'est pas nécessairement favorable à l'opposition, celle-ci ne maîtrisant pas l'agenda du processus et risquant d'être instrumentalisée par un pouvoir qui pourrait faire traîner les négociations en longueur, le temps d'un rééquilibrage des forces en sa faveur. Il rappelle que les concessions de Kinshasa ont historiquement été dictées par des situations de faiblesse, notamment sécuritaire, citant la chute de Goma comme facteur déclencheur des précédents appels au dialogue, et juge que l'ouverture actuelle s'inscrit à la fois dans un contexte de pression interne et de suivi du processus de Doha. Selon lui, le pouvoir n'a pour l'instant cédé ni sur son agenda de changement constitutionnel, ni sur ses conditions préalables au dialogue, le seul acquis étant l'acceptation du principe même d'un dialogue.

La légitimité par les armes, un rapport de force à assumer

Interrogé sur la question de la légitimation d'une rébellion par son intégration dans un cadre de dialogue, Christian Moleka a rappelé que les rébellions se légitiment elles-mêmes par la force, et non par une reconnaissance gouvernementale. Il souligne que dans un pays où la légitimité électorale elle-même reste contestée, la rébellion s'impose comme l'expression d'une contestation de légitimité construite par les armes. Faute pour Kinshasa de disposer, selon lui, de la capacité militaire d'imposer un rapport de force favorable, le compromis politique demeure la seule option réaliste, un compromis qu'il décrit non pas comme une acceptation, mais comme une conséquence directe de l'équilibre des forces sur le terrain.

Une rébellion qui s'enracine, mais un rapport de force qui reste conditionné à Kigali

De manière pragmatique, le politologue observe que le M23, actif depuis 2022, poursuit son enracinement et sa structuration territoriale. Il nuance toutefois cette occupation en rappelant qu'elle demeure en grande partie théorique, et que le véritable rapport de force reste déterminé par le soutien rwandais, notamment par l'appui de drones, sans lequel la donne militaire serait, selon lui, tout autre. Il plaide pour une issue politique négociée, rappelant que même une victoire militaire déboucherait in fine sur un traité, la guerre nécessitant toujours une négociation pour y mettre fin.

Une rencontre Tshisekedi-Kabila jugée improbable à court terme

Sur l'hypothèse d'une rencontre entre le Président Félix Tshisekedi et l'ancien Président Joseph Kabila, Christian Moleka s'est montré catégorique : le niveau de polarisation atteint rend, selon lui, cette perspective hors d'horizon à court terme, sauf intervention d'un levier diplomatique extérieur comparable au rôle joué par Washington dans le rapprochement avec Kigali. Il évoque un scénario qu'il qualifie de « schéma Frankenstein », où le pouvoir se retrouverait à devoir gérer une situation qu'il a lui-même contribué à créer, avec un risque d'escalade vers des violences extrêmes plutôt que vers une approche coopérative. Il n'exclut cependant pas que des gestes d'apaisement contribuent, à terme, à décrisper les tensions politiques, tout en rappelant qu'une telle rencontre nécessiterait de nombreux préalables.

Une extension du conflit vers le Katanga, un test pour Washington

Concernant les développements sécuritaires à venir, Christian Moleka anticipe une progression du M23 vers des zones comme Fizi et Baraka, dans des territoires à forts enjeux miniers, y compris pour les intérêts américains. Il estime que le mouvement rebelle pourrait chercher à tester la tolérance de Washington face à une éventuelle extension du conflit vers le Katanga, rappelant que l'épisode d'Uvira, où le M23 s'était affranchi du cadre de l'accord de Washington, avait justement précipité les sanctions américaines contre Kigali. Il relève toutefois que le Katanga, dépourvu de continuité territoriale avec le Rwanda, poserait des défis logistiques d'un tout autre ordre qu'au Kivu, tout en évoquant les velléités résiduelles de mouvements sécessionnistes dans la région, telles qu'observées lors des événements du parc d'Upemba.