Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a lancé, jeudi 16 juillet à Luanda (Angola), un plaidoyer en faveur d'un ordre international fondé sur le respect du droit, la cohérence dans l'application des principes internationaux et une plus grande implication de l'Afrique dans la gouvernance mondiale. Il s'exprimait lors du troisième chapitre de l'initiative internationale « Un appel à la paix, à la fin des guerres et au respect du droit international ».
Dans son intervention, à l'occasion de ces assises qui se clôturent ce vendredi 17 juillet, en présence de hauts responsables, de représentants d'organisations internationales, de chefs religieux, de jeunes, de femmes dirigeantes, d'organisations de la société civile, d'universitaires et d'autres parties prenantes, réunis pour réaffirmer un engagement commun en faveur de la paix, du dialogue, de la réconciliation et du respect du droit international, le chef de l'État congolais a dénoncé ce qu'il considère comme une application sélective des principes du droit international. Selon lui, une paix durable ne peut être bâtie sur des « standards à géométrie variable ».
« Nous ne pouvons pas bâtir un ordre international stable sur des principes appliqués à géométrie variable. Nous ne pouvons pas invoquer la souveraineté dans certaines crises et la relativiser dans d'autres. Nous ne pouvons pas défendre l'intégrité territoriale ici et l'ignorer ailleurs. Nous ne pouvons pas demander aux peuples de croire au multilatéralisme si le multilatéralisme demeure silencieux ou impuissant face aux violations manifestes du droit. La paix exige de la cohérence. La justice exige de la constance, le droit exige de l'universalité. Pour la République démocratique du Congo, cette réflexion revêt une résonance particulière », a déclaré Félix Tshisekedi.
Pour le président congolais, l'Afrique a trop souvent été perçue comme un continent où l'on vient gérer les crises. Elle doit désormais être reconnue comme un continent capable de penser la paix, de construire des solutions et d'assumer pleinement sa responsabilité dans la gouvernance mondiale. À l'appui de son argumentaire, Félix Tshisekedi a mis en avant les expériences africaines en matière de médiation, les mécanismes régionaux, les traditions de dialogue, la résilience des peuples ainsi que les efforts de reconstruction, qu'il considère comme une contribution précieuse à la paix internationale.
« À travers ce Sommet de Luanda, notre continent affirme qu'il ne veut pas seulement être entendu lorsqu'il souffre ; il veut être écouté lorsqu'il propose. L'Afrique ne demande pas à rester spectatrice de l'ordre international. Elle entend être un acteur à part entière. C'est pourquoi cette ambition n'est pas une revendication abstraite ; elle est une exigence de légitimité, d'efficacité et de confiance, car un monde multipolaire ne peut durablement reposer sur des institutions qui ne reflètent pas suffisamment la réalité des peuples, des régions et des puissances du XXIᵉ siècle », a-t-il fait remarquer.
Le président de la République a également affirmé que la RDC entend pleinement assumer sa part de responsabilité sur les plans africain et international. Il a rappelé que son pays assure, depuis le 1ᵉʳ juillet, la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies.
« Cette responsabilité intervient dans un contexte international particulièrement exigeant, marqué par la multiplication des crises et par l'urgence de restaurer la confiance dans les principes qui fondent notre coexistence commune. Le message que nous portons aujourd'hui à Luanda est celui que nous continuerons de porter à New York : celui d'un ordre international fondé sur le droit, l'égalité souveraine des États, le respect des engagements, la prévention des conflits, la protection des populations civiles et la responsabilité de chacun dans la préservation de la paix », a fait savoir Félix Tshisekedi.
Le chef de l'État a ensuite réaffirmé que la République démocratique du Congo ne parle pas de paix uniquement parce qu'elle connaît la guerre, mais parce qu'elle croit en son avenir et en son rôle stratégique au service de la stabilité régionale.
« Pays central, au cœur du continent, la République démocratique du Congo est essentielle à l'équilibre de l'Afrique centrale et de la région des Grands Lacs. Mais ce potentiel ne pourra pleinement servir l'Afrique et l'humanité que dans la paix. Voilà pourquoi la paix en République démocratique du Congo n'est pas seulement une exigence nationale, elle est un impératif régional, une priorité africaine. Elle est un intérêt mondial », a indiqué Félix Tshisekedi.
Cet appel intervient alors que la République démocratique du Congo et l’ONU accusent le Rwanda de soutenir la rébellion de l'AFC/M23 dans l'est du pays. Malgré l'Accord de Washington, le processus de Doha et les différentes initiatives diplomatiques engagées ces derniers mois, la situation sécuritaire et humanitaire continue de se détériorer. Les négociations entre Kinshasa et l'AFC/M23 n'ont pas permis de rapprocher les positions, tandis que les engagements pris peinent à être appliqués. Les divergences persistantes entre les parties continuent ainsi de freiner les efforts en faveur d'une paix durable dans l'est de la RDC
Clément MUAMBA