Félix Tshisekedi à Luanda : «nous devons refuser la banalisation de la guerre et nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une indignation sans lendemain, ni accepter le silence de convenance »

Photo d'illustration
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Depuis Luanda, capitale angolaise où se tient, du jeudi 16 au vendredi 17 juillet 2026, le troisième chapitre de l’initiative mondiale « Un appel à la paix, à la fin des guerres et au respect du droit international », le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a lancé un appel à une mobilisation internationale plus ferme face aux crises sécuritaires qui fragilisent l’Afrique et mettent à l’épreuve les principes de l’ordre mondial.

Lors de son intervention à ces assises organisées par l’Alliance des civilisations des Nations Unies (UNAOC), en collaboration avec le gouvernement de la République d’Angola, Félix Tshisekedi a insisté sur le fait que le conflit qui touche la RDC depuis plus de trois décennies dépasse le seul cadre national et constitue un enjeu majeur pour la stabilité internationale.

« Le combat que mène la République démocratique du Congo dépasse largement ses frontières. Il ne concerne pas seulement la sécurité d’un pays d’Afrique centrale ; il interroge la solidité même de l’ordre international que nous prétendons défendre. Car partout où la loi du plus fort prend le pas sur la force du droit, aucun peuple n’est durablement à l’abri. Partout où les groupes armés deviennent des instruments des politiques étrangères, la sécurité collective recule. Partout où l’impunité est tolérée, la violence se répète. Partout où les ressources naturelles alimentent la guerre au lieu de financer la vie, la paix devient fragile. Partout où les souffrances des civils sont banalisées, notre humanité commune est atteinte »  a dénoncé le président Félix Tshisekedi dans son discours.

En présence de responsables de haut niveau, de représentants d’organisations internationales, de chefs religieux, de représentants de la jeunesse, de dirigeantes, d’organisations de la société civile, d’universitaires et d’autres parties prenantes, réunis pour réaffirmer un engagement commun en faveur de la paix, du dialogue, de la réconciliation et du respect du droit international, Félix Tshisekedi a appelé à refuser la banalisation de la guerre.

Le président de la RDC Félix Tshisekedi, pays confronté à des conflits armés dans l’Est du territoire, notamment à la suite de l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, a déclaré ne pas vouloir se satisfaire d’une indignation sans lendemain au lieu de faire respecter le droit international

« C’est pourquoi nous devons refuser la banalisation de la guerre. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’indignation sans lendemain. Nous ne pouvons pas accepter le silence de convenance ni compter les victimes pour mieux les oublier. Nous ne pouvons pas laisser le droit international devenir un langage cérémoniel dépourvu de portée réelle. La paix ne se réclame pas seulement dans des déclarations ; elle se protège par des actes, elle se consolide par la justice, elle se défend par la responsabilité. Et lorsqu’elle est violée, elle appelle des réponses claires, cohérentes et courageuses » a martelé Félix Tshisekedi lors de son intervention.

Poursuivant son allocution, Félix Tshisekedi est revenu sur le choix de Luanda pour accueillir cette rencontre, estimant que cette décision revêt une portée hautement symbolique. Selon lui, certaines nations parlent de la paix par principe ou par devoir de conscience, tandis que d’autres en parlent parce qu’elles connaissent, dans leur chair et dans leur histoire, le prix de la guerre.

« L’Angola appartient à cette seconde catégorie. Son histoire nous rappelle qu’aucune guerre n’est une fatalité lorsque la volonté politique et le courage des dirigeants finissent par prévaloir sur la logique des armes. Plus qu’un lieu de rencontre, Luanda est un témoignage : le témoignage d’un peuple qui a su sortir de la guerre, reconstruire ses institutions, réconcilier ses fils et ses filles et devenir, à son tour, un acteur reconnu de stabilité, de médiation et de paix » a-t-il fait savoir dans son discours.

Et d’ajouter :

« C’est pourquoi je tiens à saluer, Monsieur le Président, le rôle important que joue l’Angola, sous votre leadership, dans les efforts régionaux de dialogue et de désescalade, notamment dans la région des Grands Lacs, où votre pays demeure un partenaire essentiel de la paix, de la stabilité et de la coopération africaine.»

D'après les organisateurs, cette initiative s'appuie sur les précédentes éditions organisées à Gernika (Espagne) et à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). Elle reflète un mouvement international croissant visant à renforcer la coopération multilatérale et à promouvoir des solutions pacifiques aux conflits. Elle intervient dans un contexte où, en dépit de l’existence de l’Accord de Washington et de la tenue régulière de réunions d’évaluation, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de se détériorer. Cette évolution se poursuit malgré la multiplication des initiatives diplomatiques censées contribuer à la résolution de la crise.

Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.

Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes à respecter les engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu’à présent, sans effet notable. L’objectif consistant à réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions des accords selon sa propre lecture, rendant leur mise en œuvre d’autant plus hypothétique

Clément MUAMBA