« Ce n'était pas la question de savoir si les FARDC vont gagner la guerre » : Kibangula décrypte la confiance des Congolais envers l'armée

L'armée sensibilise à Walikale concernant la reddition volontaire des FDLR
L'armée sensibilise à Walikale concernant la reddition volontaire des FDLR

Lors du space organisé mercredi par Stanis Bujakera Tshiamala pour décortiquer le sondage Ebuteli-GeoPoll, le chercheur Trésor Kibangula a été interrogé sur l'un des résultats les plus surprenants de l'enquête : 75% d'opinions favorables pour les FARDC, alors même que Goma, Bukavu et d'autres territoires de l'est restent sous contrôle de l'AFC/M23 et des troupes rwandaises. Fallait-il y voir un trait structurel du rapport des Congolais à l'institution militaire, ou une conséquence conjoncturelle de la guerre actuelle ?

Kibangula a d'abord écarté l'idée d'un phénomène structurel : « je ne pense pas que ça soit quelque chose de structurel », a-t-il affirmé, rappelant l'attachement des Congolais à la liberté d'expression. Il a évoqué avec ironie des « panneaux à Kinshasa qui me font rire : "liberté d'expression" tout ça », soulignant que « les Congolais adorent parler » et que, malgré le rétrécissement de l'espace public et la crainte des arrestations, « lorsqu'on prend les transports en commun, les gens continuent à parler politique à Kinshasa et dans les autres villes du pays ».

Sur l'armée, le chercheur a insisté sur la formulation précise de la question posée par GeoPoll : « Il faut faire attention à la question que nous avons posée. Geopol n'a pas demandé aux Congolais si l'armée et les FARDC allaient gagner la guerre. Ce n’était pas ça la question. » Il a précisé : « Ici on leur a demandé quelle opinion ils avaient de l'institution armée. Oui et ça change tout. »

Selon lui, dans un contexte où « le pays est agressé » et où « il y a des troupes étrangères qui occupent les territoires nationaux », les FARDC incarneraient « une organisation militaire qui défend cette souveraineté nationale. Même s'il y a des revers, mais elle essaye de défendre ». Il a résumé : « la guerre est largement perçue comme une agression extérieure soutenue par le Rwanda. Et soutenir les FARDC dans ce contexte revient pour beaucoup de Congolais en tout cas à affirmer leur attachement à l'intégrité territoriale du pays. »

Kibangula a toutefois nuancé ce constat en le mettant en regard d'autres résultats du sondage : « on voit que la plupart des Congolais privilégient plutôt la solution négociée alors qu'ils font confiance, ils ont une opinion favorable à l'armée. Ils ne se disent pas que l'armée aujourd'hui est capable de remporter cette guerre. » Et d'ajouter : « Il faut trouver cette nuance-là. »

Plus largement, le chercheur a dégagé une tendance qui traverse l'ensemble du sondage : « Si on regarde très bien, c'est comme si les institutions qui ont recueilli les meilleurs scores sont celles qui apparaissent comme des institutions de protection ou de service. » Il a cité l'exemple des médias, qui arrivent en tête avec 76% d'opinions favorables « alors qu'on vit quand même dans un climat où la liberté de presse est très menacée, avec toutes ces restrictions, notamment du CSAC : contre les journalistes, il ne faut pas citer le nom de celui-ci, il ne faut pas dire ceci, il ne faut pas dire que la ville est tombée ». Selon lui, « les Congolais accordent leur confiance, ils ont une opinion publique favorable à des institutions qui rendent service, comme les médias aussi, les FARDC, mais aussi les confessions religieuses et autres ».