Kinshasa: Donatien Nshole invite les jeunes interconfessionnels à être artisans de la paix et leur présente le bien-fondé de l’initiative du Pacte social pour la paix

Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO
Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO

Dans un contexte national marqué par des tensions sociales, politiques et sécuritaires persistantes, Monseigneur Donation Nshole, Secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), a adressé, mercredi 1er juillet 2026, un message fort aux jeunes interconfessionnels, les invitant à devenir des artisans de paix et des acteurs de cohésion nationale. Cette rencontre s’est tenue à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

Réunissant des jeunes de différentes confessions religieuses du pays autour des questions relatives à la gestion de la chose publique, cette initiative est perçue comme un signe d’initiation de la jeunesse, mais aussi comme un signe d’espérance pour la RDC, au moment où les défis liés à l’unité nationale demeurent importants. Dès l’entame de son message, Monseigneur Donation Nshole souligne la portée symbolique de cette rencontre, tout en rappelant que le patriotisme ne saurait être réduit à un slogan, mais constitue un engagement profond.

« Vous êtes la preuve vivante que ce qui nous unit — notre patrie, notre humanité et notre foi en Dieu — est infiniment plus grand que ce qui pourrait nous diviser. Le patriotisme n'est pas un slogan que l'on scande à volonté. Ce n'est pas non plus un sentiment passif. C'est l'amour de la patrie. Pour nous, vos pasteurs, et au regard de l'évangile comme de toutes vos croyances respectives, le patriotisme est une vertu spirituelle et civique. C'est l'amour concret de son prochain traduit à l'échelle d'une nation. Laquelle nation est aujourd'hui dans une situation préoccupante », a déclaré Monseigneur Donatien Nshole.

Pour celui qui fait également office de porte-parole de la CENCO, ce message met en lumière les difficultés actuelles du pays, marquées par des divisions sociales et politiques. Il dit constater avec préoccupation la multiplication des discours de haine, des messages d'exclusion et des paroles de division, là où la Nation a besoin de réconciliation. En même temps, il dit voir s’amplifier les fractures, là où l’urgence commande de bâtir des ponts.

« Notre pays est menacé : les passions prennent le pas sur la raison et, de plus en plus, la recherche de l’intérêt particulier l’emporte sur la défense du destin commun. La paix est confisquée, particulièrement dans l’Est de notre pays ; le tissu social s’effrite sous le poids des divisions intestines et la méfiance politique fragilise nos institutions tout en freinant l’élan de développement dont le peuple congolais a légitimement besoin. Nous observons une tension de plus en plus croissante autour du débat relatif à la révision ou au changement de la Constitution », a-t-il fait remarquer lors de son intervention.

C’est donc dans ce contexte qu’il a invité les jeunes à manifester leur patriotisme. Selon lui, être patriote aujourd’hui à Kinshasa ne consiste pas à céder au découragement face aux défis de l’heure, mais à refuser la fatalité.

« Face aux soubresauts de la manipulation politique ou intercommunautaire que connaît parfois notre capitale, le rôle que vous devez jouer est celui d’être des “artisans de paix”. En tant que jeunes croyants, votre première mission patriotique est d’être des remparts contre la division. Ne permettez à personne de vous instrumentaliser pour détruire votre propre pays ou pour agresser votre frère parce qu’il ne partage pas votre foi, votre appartenance ethnique ou votre opinion politique » a-t-il recommandé dans son intervention.

Pour beaucoup de leurs pères spirituels des différentes confessions religieuses, la priorité du pays aujourd’hui reste la paix. Et pour la construire durablement, la CENCO et l’ECC lancent un appel auquel ils souhaitent s’associer : celui d’un dialogue sincère, inclusif et républicain. Selon lui, ce dialogue tant souhaité n’est pas un lieu de « partage du gâteau », mais une table de vérité, de réconciliation et de responsabilité nationale pour le salut de la Nation.

« Notre vœu est que vos échanges d’aujourd’hui donnent naissance à une nouvelle synergie. Là où la politique divise, la foi doit réconcilier. Démarquez-vous de ces jeunes que le désespoir ou les manipulations politiques poussent vers la violence ou la délinquance urbaine. Votre regroupement doit proposer une véritable alternative : celle de l’éducation, de l’entrepreneuriat et du service communautaire », a-t-il fait savoir dans son intervention.

Et de poursuivre :

« Chers jeunes, l’Église vous regarde avec une immense confiance. Vos pasteurs n’ont cessé de plaider en faveur d’une gouvernance juste et d’un Congo digne. Mais ce Congo de dignité ne se construira ni sans vos bras, ni sans vos intelligences, ni sans vos cœurs purifiés. Le Congo de demain sera le reflet de la jeunesse d’aujourd’hui. Si vous choisissez l’unité, le Congo sera uni. Si vous choisissez l’intégrité, le Congo sera fort. Que ces “Échanges patriotiques” ne soient pas une simple activité de plus dans vos agendas, mais le point de départ d’une véritable révolution copernicienne des mentalités à Kinshasa ». 

Cette rencontre des jeunes intervient dans un contexte où le pays fait face à une forte polarisation du débat autour de la réforme constitutionnelle. À ce débat s’ajoutent d’autres défis, notamment sociaux, politiques, mais aussi sécuritaires, marqués par l’activisme des groupes armés locaux et étrangers, ainsi que par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Les initiatives diplomatiques censées résoudre la crise sécuritaire peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain. Par ailleurs, le dialogue national inclusif continue de diviser la classe sociopolitique congolaise sur son format.

Clément MUAMBA