L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) s'apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire ce mardi 30 juin 2026. Pour la première fois depuis ses 56 années d'existence, les candidats à la fonction de Secrétaire général sont auditionnés publiquement devant les ministres des Affaires étrangères des États et gouvernements membres de plein droit, réunis en Conférence ministérielle extraordinaire (CMF) à Paris, en France.
Cette audition constitue l'une des principales innovations issues de la réforme institutionnelle adoptée en 2022. Jusqu'alors, la désignation du Secrétaire général reposait essentiellement sur des consultations diplomatiques entre les États membres, sans procédure formalisée.
« Depuis la création du poste de Secrétaire général en 1997, le processus de désignation reposait essentiellement sur des consultations diplomatiques bilatérales, sans cadre formalisé, et selon un principe de recherche du consensus entre les États et gouvernements membres de plein droit » rappelle le communiqué de l'OIF.
Quatre candidats en lice
Quatre candidats briguent le mandat 2027-2030. Il s'agit de la Secrétaire générale sortante, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, candidate à un troisième mandat ; de l'ancienne ministre congolaise Juliana Lumumba, fille de Patrice Emery Lumumba ; de la Mauritanienne Dr Coumba Ba, ministre conseillère et envoyée spéciale du président Mohamed Ould El-Ghazouani ; et de l'ancien Premier ministre roumain, Dacian Cioloș.
Une réforme pour plus de transparence
Le nouveau règlement adopté en mars 2022 instaure un processus plus structuré et plus transparent. Il prévoit notamment un appel à candidatures, un calendrier précis, la présentation d'un projet stratégique devant les ministres et une élection formelle par les chefs d'État et de gouvernement.
Selon le communiqué, « le Règlement unique des instances adopté à cette occasion instaure désormais un appel à candidatures ouvert, assorti de critères précis quant aux profils recevables (...), une présentation obligatoire de vision stratégique devant la CMF réunie en session extraordinaire, et une élection formelle par les chefs d'État et de gouvernement lors du Sommet ».
L'OIF souligne que cette session constitue la première mise en œuvre complète de cette réforme.
« C'est à l'occasion de ce 20e Sommet que le processus réformé trouve sa première application intégrale, dans le respect du calendrier prévu par les textes », précise le communiqué.
Des auditions de 45 minutes
Placées sous la présidence de Prak Sokhonn, Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Royaume du Cambodge, président en exercice de la CMF, les auditions suivent un protocole identique pour chacun des candidats : cinq minutes d'introduction, vingt minutes de présentation libre et vingt minutes de questions-réponses avec les délégations ministérielles.
Dans un souci d'ouverture, l'organisation annonce que « conformément au principe de transparence, les auditions feront l'objet d'une captation et d'une rediffusion en différé sur la page YouTube de l'OIF ».
Une Francophonie en pleine évolution
Pour l'Organisation internationale de la Francophonie, cette diversité des candidatures illustre le dynamisme de l'espace francophone.
«La participation de quatre candidat(e)s, issus de République démocratique du Congo, de Mauritanie, de Roumanie et du Rwanda, en témoigne concrètement : elle reflète la vitalité et l'attractivité de l'espace francophone, fort de 90 États et gouvernements membres, d'une présence sur cinq continents et de 396 millions de locuteurs dans le monde », souligne le communiqué.
À l'issue des auditions, les ministres tiendront un huis clos consacré aux délibérations et aux recommandations. Le prochain Secrétaire général de l'OIF sera officiellement élu le 16 novembre 2026, lors du huis clos des chefs d'État et de gouvernement organisé à Phnom Penh. L'Organisation internationale de la Francophonie regroupe aujourd'hui 90 États et gouvernements, dont 53 membres de plein droit, 5 membres associés et 32 observateurs.
Cette activité marque le début des confrontations entre la candidate de la République démocratique du Congo (RDC) et la candidate de la République du Rwanda, dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays. Kinshasa accuse Kigali de soutenir la rébellion de l’AFC/M23, qui contrôle actuellement de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. De son côté, Kigali accuse Kinshasa de collaborer avec les FDLR, considérées comme des forces génocidaires et une menace pour sa sécurité. Malgré la signature des accords de Washington, conclus sous les auspices de l’administration Trump, les tensions persistent et aucune avancée significative n’est observée sur le terrain.
La Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, communément appelée « Sommet de la Francophonie », constitue l’instance suprême de la Francophonie. Le Sommet fait partie des trois instances consacrées par la Charte de la Francophonie (article 2), aux côtés de la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) et du Conseil permanent de la Francophonie (CPF).
Clément MUAMBA