66 ans après l'indépendance de la RDC, Fridolin Ambongo: « On dirait que tous les malheurs du monde se sont donné rendez-vous dans notre pays »

Le Cardinal Ambongo célèbre s'adressant au Pape François lors de la messe le 1er février à Kinshasa
Le Cardinal Ambongo célèbre s'adressant au Pape François lors de la messe le 1er février à Kinshasa

Le cardinal et archevêque métropolitain de Kinshasa, Fridolin Ambongo, a dressé ce mardi 30 juin 2026 un tableau sombre de la situation socio politique, sécuritaire et économique de la République démocratique du Congo à l'occasion de la messe célébrée pour le 66e anniversaire de l'indépendance du pays, à la Cathédrale Notre-Dame du Congo, à Kinshasa, capitale de la RDC

Dans son homélie, prononcée en présence de fidèles de l'Église catholique, de plusieurs acteurs politiques de l'opposition ainsi que d'autres personnalités, le successeur du cardinal Laurent Monsengwo Pasinya a dénoncé l'insécurité persistante, la crise humanitaire et les défis sanitaires. Il a également remis en question la pertinence d'un éventuel changement de la Constitution, une réforme défendue par la famille politique du président de la République, Félix Tshisekedi.

S'appuyant sur le dernier message des évêques catholiques, le cardinal a affirmé que « notre nation est aujourd'hui en péril », évoquant notamment la multiplication des conflits armés avec plus d'une centaine de groupes armés sur le territoire congolais

« Comme les évêques nous l'ont rappelé dans leur message, qui vous sera lu encore aujourd'hui, notre nation est aujourd'hui en péril. Les conflits armés, avec plus d'une centaine de groupes armés, on parle de plus de 160 groupes armés dans notre pays. La présence de forces étrangères sur notre territoire. La misère indescriptible de notre population : manque de nourriture, manque d'eau, manque d'électricité, manque d'accès à des soins médicaux de qualité, difficultés de circulation dans la ville de Kinshasa, etc. », a déclaré le cardinal Fridolin Ambongo.

Le prélat a également l'occupation d'une partie du territoire national par des pays voisins, « soit avec l'accord du gouvernement congolais, soit par la force », ainsi que l'insécurité généralisée qui touche notamment les paroisses catholiques.

« L'occupation d'une partie de notre territoire par des pays voisins, soit avec l'accord du gouvernement congolais, soit par la force, l'insécurité généralisée, nos paroisses sont régulièrement visées et attaquées et, comme si tout cela ne suffisait pas, le retour, pour la dix-septième fois dans notre pays, de l'épidémie d'Ebola », a déploré le cardinal Fridolin Ambongo.

Poursuivant son homélie, il s'est interrogé sur l'accumulation des crises qui frappent la République démocratique du Congo, estimant que, face à cette situation, une réforme de la Constitution ne constitue pas la priorité du moment.

« On dirait que tous les malheurs du monde se sont donné rendez-vous dans notre pays. Pensons-nous vraiment que le changement de la Constitution, qui est prôné comme solution devant tous ces tableaux noirs, soit la réponse la plus adéquate ? Pensez-vous vraiment que le changement de la Constitution, avec la visée d'un troisième mandat, soit la réponse la plus adéquate au drame de ces populations congolaises ? », s'est-il interrogé.

En République démocratique du Congo, le débat autour de la réforme constitutionnelle a donné naissance à deux dynamiques au sein de la scène socio politique : d’une part, la Coalition Article 64 pour la Défense de l’Ordre Constitutionnel (C64) et, d’autre part, la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4). Chacune de ces plateformes affirme bénéficier du soutien de la population afin de concrétiser les objectifs qu’elle s’est fixés.

Cette messe intervient également dans un contexte marqué par une autre préoccupation majeure du pays : la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, caractérisée par l’activisme des groupes armés locaux et étrangers. Elle est également marquée par les affrontements impliquant la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, et qui contrôle de vastes portions des territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. À cela s’ajoute l’activisme des ADF, dans un contexte de stagnation des initiatives diplomatiques, lesquelles progressent davantage sur le papier que par des résultats concrets sur le terrain.

Clément MUAMBA