Ebola en RDC: le gouvernement ne partage pas l'analyse de MSF et digère mal les discours "alarmistes" de certains de ses partenaires autour de la riposte

Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé et Patrick Muyaya, ministre de la Communication et médias
Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé et Patrick Muyaya, ministre de la Communication et médias

Un mois après la déclaration de l’épidémie de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC), Médecins Sans Frontières (MSF) affirme constater que, malgré l’intensification récente de la riposte, d’importantes lacunes continuent de compromettre les efforts de contrôle de l’épidémie. Selon l’organisation, ces insuffisances concernent notamment le diagnostic, la surveillance, la recherche des contacts ainsi que l’engagement communautaire. MSF appelle ainsi, en urgence, à une réponse à la hauteur de la crise en cours.

Interrogé sur cette position de MSF lors d’un briefing de presse tenu lundi 15 juin, le gouvernement congolais conteste cette analyse. Selon lui, il convient de s’interroger sur les indicateurs sur lesquels l’organisation fonde son évaluation. Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, affirme que les dispositifs de prise en charge, de dépistage et de suivi des contacts demeurent pleinement opérationnels sur le terrain, trente jours après la déclaration de l’épidémie.

" Est-ce que la profondeur du mal dépasse la riposte ? Non. La riposte répond au mal, la question qui se pose est plutôt la suivante : avons-nous suffisamment de tests pour que tous les patients suspects soient testés ? Ma réponse est oui. Avons-nous la possibilité de suivre tous les cas contacts ?Je vous ai donné les chiffres. Nous sommes autour de 63 % de suivi et nous avons formé des relais communautaires, la semaine prochaine, ce chiffre devrait fortement augmenter parce que ces relais communautaires permettront justement d’améliorer le suivi des contacts. Pouvons-nous soigner les malades ? Vous voyez vous-mêmes des patients sortir guéris ", a fait savoir le ministre Samuel Roger Kamba. 

Et de poursuivre :

" Nous n’avons pas de malades que nous aurions laissés à l’extérieur. Quand on dit que nous ne connaissons pas toute l’ampleur de l’épidémie, il est évident que nous ne connaissons pas tous les malades qui peuvent encore circuler dans la communauté. C’est précisément pour cette raison que nous suivons les contacts, si nous connaissions le nombre exact de malades, nous vous dirions qu’il y en a 2 000 ou 3 000. Aujourd’hui, nous vous disons que nous avons environ 360 cas hospitalisés, à moins qu’un malade soit caché dans la communauté, mais, dès qu’il nous est signalé, nous le prenons en charge. La riposte n’est donc pas dépassée par le mal, je ne comprends d’ailleurs pas ce concept, si l’on veut dire que nous n’avons pas assez de tests, je réponds que c’est faux"

Poursuivant son argumentaire, le ministre de tutelle a indiqué qu’actuellement, les équipes de riposte obtiennent les résultats des tests dans un délai de 24 heures. Selon lui, lorsqu’un prélèvement est effectué, le résultat est disponible le jour même, ce qui constitue une avancée importante dans la lutte contre l’épidémie.

" Auparavant, nous avions notamment un retard au Nord-Kivu parce que nous ne disposions pas des moyens nécessaires pour acheminer tous les échantillons vers les laboratoires. Aujourd’hui, nous avons installé un laboratoire à Beni et un autre à Butembo. Désormais, même dans cette zone, les analyses sont réalisées dans les 24 heures. Il est donc difficile de dire que la riposte est dépassée par l’ampleur de l’épidémie, je ne sais même pas comment mesurer cela. Si la personne qui parle d’ampleur peut nous expliquer comment elle l’évalue, ce serait utile, elle affirme ne pas connaître l’ampleur réelle de la situation, mais comment peut-elle alors affirmer qu’elle est plus grande ou plus petite que la riposte ?"s'est-il interrogé lors de son intervention

Pour Samuel Roger Kamba, le travail réalisé par le gouvernement dans le cadre de la riposte est mené en étroite collaboration avec les différents partenaires impliqués dans la lutte contre l’épidémie. Il souligne que les chiffres communiqués sont partagés et validés avec l’ensemble des acteurs concernés. À ce titre, le ministre dit ne pas comprendre sur quels critères ou éléments d’analyse Médecins Sans Frontières fonde son évaluation de la situation

" Sur quelle base ? Nous, sur la base des malades et des contacts, nous savons que nous assurons environ 63 % du suivi des cas. Sur la base des échantillons, nous pouvons affirmer que tous les prélèvements effectués sont traités. Donc, lorsqu’une personne affirme que l’ampleur dépasse la riposte, je ne sais pas de quelle ampleur elle parle. Le CITREP que nous partageons est élaboré par nos équipes avec l’ensemble des partenaires. C’est pourquoi je vous ai expliqué tout à l’heure qu’il est validé pendant la nuit. Après la collecte des informations, nos équipes travaillent avec celles de l’OMS, de Médecins sans Frontières et d’Africa CDC, toutes ces équipes sont présentes à Bunia, ce n’est qu’après validation commune que les données nous sont transmises. C’est d’ailleurs ce processus de validation qui prend du temps. Les chiffres que nous vous communiquons ne proviennent donc pas de sources clandestines, ils sont validés par l’ensemble des partenaires ", a expliqué Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé publique, hygiène et Prévoyance sociale.

Complétant les propos de son collègue de la Santé publique, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a rappelé que, s’agissant de cette question qui concerne l’ensemble des organisations internationales impliquées dans la riposte, à commencer par l’OMS, les chiffres communiqués proviennent des services du ministère de la Santé.

" Aucune organisation ne viendra fournir des chiffres différents de ceux-là, parce qu’aucune ne dispose des réseaux ni du personnel qui effectuent ce travail quotidien sur le terrain. Deuxième précision : nous travaillons dans la transparence. Le docteur Tedros était ici à Bunia. Il a rappelé qu’il n’existe qu’une seule stratégie de riposte. Il n’y a pas de ripostes parallèles, aucune organisation ne mène seule la lutte contre cette épidémie. La stratégie de riposte est menée sous la direction du gouvernement, c’est-à-dire que toutes les structures impliquées se réfèrent au gouvernement avant ou pendant leurs interventions. Il existe naturellement des interactions permanentes entre tous les acteurs ", a-t-il souligné dans son discours.

Par ailleurs, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, se dit conscient des défis qui restent à relever dans le cadre de la riposte. Toutefois, il déplore ce qu’il qualifie de ton « alarmiste » adopté par certains partenaires de la RDC engagés dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola.

" Parfois, la forme d’alarmisme que nous observons, que nous notons dénote parfois, je ne sais pas si je dois parler de la mauvaise foi, soit de la mauvaise volonté. C’est en tout cas une question de perception qui dépend parfois des intérêts des uns et des autres. Notre intérêt à nous est simple : présenter la réalité. Le ministre a expliqué tout à l’heure les difficultés auxquelles nous faisons face, difficultés qui ne sont d’ailleurs pas insurmontables. Le ministre vous a indiqué qu’hier encore nous avions des contraintes logistiques pour l’acheminement de certains tests qui devraient venir de Beni pour Kinshasa, on n'y a mis un laboratoire ", a-t-il expliqué dans son intervention. 

Et d'ajouter :

" Nous sommes à un mois alors il faut que les uns et les autres prennent aussi la l'attitude de contre vérifier ou tout au moins de poser la question aux autorités congolaises qui sont habilitées, qui sont sur place pour davantage avoir des éléments d'éclairage plutôt que de vouloir s'offrir une visibilité sur un sujet qui est préoccupant pour nous et qui est pris avec la gravité que cela nécessite ", a soutenu le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. 

Le 17 mai 2026, soit deux jours après la déclaration officielle de l'épidémie en République démocratique du Congo, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé l'épidémie d'Ebola causée par le virus Bundibugyo, qui s'est propagée de la RDC vers l'Ouganda, comme une urgence de santé publique de portée internationale (PHEIC).

Selon l'OMS, l'épidémie a connu une expansion géographique importante et son ampleur réelle pourrait être sous-estimée. La situation est notamment aggravée par la forte mobilité des populations, la fragilité des systèmes de santé, l'insuffisance des infrastructures sanitaires ainsi que les difficultés d'accès à certaines zones touchées par les conflits.

À ces défis s'ajoute l'absence, à ce jour, de vaccin homologué et de traitement spécifique contre le virus Bundibugyo. Malgré ce contexte préoccupant, les autorités congolaises demeurent optimistes et s'appuient sur l'expérience acquise lors des seize précédentes épidémies d'Ebola que le pays est parvenu à maîtriser.

Clément MUAMBA