Alors que le débat sur une éventuelle révision ou modification de la Constitution de la République démocratique du Congo continue d'alimenter les discussions dans les milieux politiques, académiques et religieux, l'archevêque Léonard Matebwe Lambalamba s'est clairement positionné en faveur d'une remise en cause du principe de la laïcité de l'État congolais.
Lors d'une conférence de presse organisée ce jeudi à Lubumbashi, le responsable de l'Union des Églises Indépendantes du Congo (UEIC) et de l'Ordre Supérieur Épiscopal du Congo (OSEC) a estimé que l'article 1er, alinéa premier de la Constitution devrait être modifié afin que la RDC cesse officiellement d'être un État laïc.
Un article constitutionnel au cœur du débat
L'article 1er de la Constitution du 18 février 2006 dispose notamment que :
"La République démocratique du Congo est, dans ses frontières du 30 juin 1960, un État de droit, indépendant, souverain, uni et indivisible, social, démocratique et laïc."
C'est précisément le terme « laïc » que l'archevêque Lambalamba souhaite voir disparaître de la loi fondamentale du pays.
Selon lui, la réalité spirituelle et religieuse de la RDC n'est pas compatible avec ce principe constitutionnel. Il considère que le pays a déjà franchi un pas symbolique lorsque le Président de la République a consacré la nation à Dieu, mais que cette démarche demeure insuffisante tant qu'elle n'est pas consacrée dans la Constitution.
« La RDC a cessé d'être un pays laïc »
Face à la presse, il a développé sa vision d'un État dont l'identité spirituelle serait reconnue par la Constitution.
« Le Président de la République avait déjà dédié le pays à Dieu. C'est depuis ce jour-là que le pays avait cessé d'être un pays laïc. Mais pour que cela puisse avoir de la valeur, ça doit figurer dans la Constitution. Sinon, après son pouvoir, celui qui viendra ne va pas tenir compte de cela puisqu'il s'agit des déclarations d'une personne qui ne se retrouvent pas dans la loi mère », a déclaré l'archevêque Léonard Lambalamba.
Pour lui, l'inscription de cette orientation dans la Constitution garantirait sa pérennité au-delà des mandats présidentiels et des alternances politiques.
« Si c'est inscrit directement dans la Constitution, il faudra une nouvelle révision pour déclasser cela », a-t-il ajouté.
L'archevêque Lambalamba a aussi pris pour exemple la question de Nkamba, considérée comme ville sainte par l'Église kimbanguiste. À ses yeux, la reconnaissance de Nkamba devrait bénéficier d'un ancrage constitutionnel afin de lui conférer un statut durable et incontestable.
« Nkamba ville sainte doit être inscrite dans la Constitution pour que cela devienne une fête nationale », a-t-il soutenu.
Cette proposition s'inscrit dans une série de revendications visant à renforcer la place du fait religieux dans l'organisation institutionnelle du pays.
Vers un ministère des Affaires religieuses ?
Abordant la question de la régulation des confessions religieuses en RDC, l'archevêque n'exclut pas un encadrement plus structuré du secteur religieux.
Face à la multiplication des églises et des mouvements religieux à travers le pays, il n'exclut pas la création, dans les futures institutions, d'un ministère spécifiquement chargé des affaires religieuses. Une telle structure aurait, selon lui, pour mission de coordonner les relations entre l'État et les différentes confessions religieuses, tout en assurant un meilleur suivi administratif et réglementaire du secteur.