L’évêque du diocèse de Butembo-Beni, à cheval sur les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, Mgr Sikulu Paluku Melchisédech, se dit stupéfait par l’attention soutenue accordée par les dirigeants à la question du changement de la Constitution, alors que les populations civiles continuent d’être victimes des massacres perpétrés par les rebelles de l’AFC/M23 et les ADF dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans un message de compassion publié à la suite de la dégradation de la situation sécuritaire dans son diocèse, le prélat catholique a vivement critiqué l’attitude du président de la République, du gouvernement ainsi que des parlementaires, qu’il accuse de concentrer leurs efforts sur la révision de la loi fondamentale au détriment des urgences sécuritaires. Il met également en garde contre ce qu’il considère comme un « cautionnement de la division du pays », un risque qui, selon lui, se cache derrière ce projet que l’opposition qualifie de « funeste ».
« Le Président de la République, le Gouvernement, les Députés et les Sénateurs semblent tous préoccupés par la volonté de changer la Constitution, oubliant que cela apparaît comme un cautionnement de la division du pays, que les Congolais redoutent », a écrit Mgr Sikulu Paluku Melchisédech.
Et d’ajouter :
« À la veille du 66e anniversaire de l’indépendance de notre pays, la République démocratique du Congo (RDC), chaque Congolais devrait s’interroger sur le rôle qu’il joue pour rendre ce pays plus beau qu’avant ou, au contraire, plus vilain. À ce sujet, la foi chrétienne nous enseigne que l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26-27), est destiné au bonheur. Telle est la boussole qui devrait guider les choix et les décisions de chacun de nous, y compris des politiciens. Pour notre pays, ce bonheur s’appelle paix, justice, souveraineté et intégrité territoriale. À l’opposé, notre malheur se nomme massacres, injustice, corruption et tribalisme ».
Plutôt que de prioriser une révision de la Constitution de 2006, l’évêque du diocèse de Butembo-Beni appelle les gouvernants à s’atteler à « la recherche de réponses adéquates aux attentes profondes de la population ».
Le prélat a également adressé un message sans équivoque au président Félix Tshisekedi : « Le chef de l’État ne peut pas oublier que la finalité du pouvoir, c’est d’abord le service du peuple ».
Ce message intervient après les récentes attaques attribuées aux ADF-Nalu. Dans la nuit du 2 au 3 juin, une vingtaine de civils ont été massacrés dans la ville de Beni. Quelques jours plus tard, une dizaine d’autres personnes ont été tuées dans l’agglomération de Mbau, située à 22 kilomètres de Beni, dans la province de l’Ituri.
Samyr Lukombo