RDC–USA : Mukoko Samba défend un partenariat axé sur la souveraineté économique et le développement

Tshisekedi et Trump
Tshisekedi et Trump

Signataire, au nom du gouvernement de la République démocratique du Congo, de l’accord de partenariat stratégique conclu avec les États-Unis d’Amérique, le Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a une nouvelle fois défendu le bien-fondé de ce partenariat signé avec Washington, représenté par le secrétaire d'État américain, Marco Rubio. Il s'exprimait jeudi 4 juin 2026 lors d'un échange de haut niveau organisé dans le cadre de Makutano Talk 2026 autour du thème:"Quel profit réel pour le secteur privé congolais ?"

Cette rencontre a réuni décideurs publics, régulateurs, investisseurs et experts internationaux dans l'objectif d'éclairer les zones d'ombre entourant les accords stratégiques conclus entre la RDC et les États-Unis, tout en favorisant la redevabilité, la pédagogie et le dialogue. À cette occasion, Daniel Mukoko Samba a réaffirmé que cet accord respecte pleinement la souveraineté juridique de la République démocratique du Congo et ne confère aucun privilège particulier aux entreprises américaines.

Réagissant aux préoccupations soulevées par les participants, le Vice-Premier ministre en charge de l'économie nationale a insisté sur le fait que la législation congolaise demeure l'unique référence applicable sur l'ensemble du territoire national, y compris pour les investisseurs américains qui pourraient s'établir en RDC dans le cadre de ce partenariat stratégique.

"Le texte, cet accord, reconnaît pleinement la législation congolaise comme étant celle qui s'applique en République démocratique du Congo. Si vous parcourez l'accord, vous ne trouverez aucune référence qui pourrait prendre le dessus sur les dispositions légales en vigueur. La loi sur la sous-traitance, la loi sur le contenu local, ces lois s'appliqueront. Et elles s'appliqueront à ces investisseurs américains de la même manière qu'elles s'appliqueront à toutes les autres entreprises installées en République démocratique du Congo. Il n'y a aucune disposition de cet accord qui conférerait un statut particulier quelconque aux entreprises américaines qui vont tirer profit de cet accord pour entrer dans les secteurs économiques congolais", a déclaré le VPM, Ministre de l'économie nationale Daniel Mukoko Samba.

Face aux accusations selon lesquelles le gouvernement aurait " vendu le pays " à travers ce partenariat, Daniel Mukoko Samba estime que plusieurs critiques reposaient sur une mauvaise compréhension du contenu de l’accord. Le membre du gouvernement se félicite par ailleurs de l’évolution des positions de certaines organisations de la société civile et de l’opposition après la publication du texte

"Le problème, on peut le dire :ils sont allés vendre le pays. On a présenté cet accord comme une histoire diabolique, alors qu'il n'en est rien. Moi, je me réjouis, en tout cas, au gouvernement aujourd'hui, nous nous réjouissons de noter que même les organisations qui avaient été les plus virulentes, se sont ravisées après avoir lu, y compris au sein de l'opposition. Quand on les écoute aujourd'hui, on sent qu'ils ont lu enfin, qu'ils ont bien compris qu'il n'y a rien de diabolique dans cet accord et qu'il n'ya rien d'extrêmement compliqué ou complexe dans cet accord", a soutenu le professeur Daniel Mukoko Samba.

Le corridor de Lobito au cœur de la stratégie économique 

Pour lui, le succès du partenariat dépendra avant tout de la capacité des institutions et du secteur privé congolais à lui donner un contenu concret. Le VPM de l'économie nationale a également rejeté l’idée selon laquelle l’accord prévoirait une cession de ressources minières congolaises.

Selon lui, l’objectif est plutôt de faciliter l’accès aux minerais congolais et leur évacuation à travers le corridor de Lobito, considéré comme un axe stratégique pour le développement du pays.

"C'est à nous de donner un contenu. Je le répète encore : nous, gouvernement, nous, secteur privé congolais, c'est à nous de donner ce contenu. Ce n'est pas un deal où on a offert des mines. D'abord, l'accord ne dit pas qu'on offre telle mine ou telle mine. Le corridor de Lobito est aussi pour nous un corridor important. Nous voulons en faire une zone de développement", a-t-il fait savoir lors de son intervention.

Daniel Mukoko Samba a rappelé que cette vision s'inscrit dans une stratégie plus large visant à transformer l'économie congolaise. Selon le Vice-Premier ministre, l'objectif est de créer davantage de valeur ajoutée en République démocratique du Congo grâce aux investissements dans l'énergie, les infrastructures et la formation, tout en favorisant la pacification des zones affectées par l'insécurité depuis plus de trente ans.

"C'est pour nous un corridor prioritaire, au même titre que le corridor de Banana, au même titre que le corridor qui part de Zongo dans le Sud UBangi, en traversant tout le nord de la RDC, passant par l'Ouganda et allant vers le Kenya, c'est aussi un corridor important pour la RDC. Nous avons levé l'option que les États-Unis d'Amérique, c'est un partenaire clé avec lequel nous allons cheminer pour bâtir ce nouveau Congo, reposant sur une économie qui crée de la valeur et qui ne se limite pas à exporter des matières brutes mais que cela passe par des investissements dans l'Energie, des investissements dans les autres infrastructures, par la formation, par la pacification de ces zones qui souffrent de l'insécurité depuis plus de 30 ans, nous avons réinstruit une planification des zones qui souffrent d'insécurité depuis 30 ans, c'est ça le sens de cet accord", a-t-il fait remarquer dans son intervention.

Distinction entre les accords avec Washington et Kigali 

Le ministre a par ailleurs tenu à distinguer clairement les accords conclus avec les États-Unis de ceux signés entre la RDC et le Rwanda dans le cadre du processus de paix régional.

"Le 4 décembre, à Washington, il y a eu plusieurs cérémonies de signatures entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Il y a un premier document qui avait été signé entre la RDC et le Rwanda, c'était le cadre d'intégration économique régionale qui est partie intégrante de l'accord de paix signé le 27 juin 2025 entre les deux pays, Ça n'a rien à voir avec ce que nous avons signé avec les États-Unis d'Amérique. Avec les États-Unis d'Amérique, nous avons signé deux textes :celui-ci ainsi que le mémorandum, le Protocole d'accord sur la cooperation en matière sécuritaire entre nos deux pays", a expliqué Daniel Mukoko Samba.

La question du retrait des troupes rwandaises 

Daniel Mukoko Samba a également insisté sur les conditions posées par le gouvernement congolais concernant la mise en œuvre de certains projets régionaux. Selon lui, il ne peut y avoir ni développement économique ni intégration économique durable sans le rétablissement préalable de la paix et de la sécurité dans la région.

"Évidemment, il y a des convergences, fondamentalement, si vous prenez tous ces textes et que vous les mettez ensemble, l'image que vous avez, c'est ce souci de transformer cette région des Grands Lacs d'une région de conflit vers une région de paix, de sécurité et de développement économique, dans la coopération entre les États de la région et avec les autres puissances, c'est cela mais le gouvernement de la République démocratique du Congo a bien tracé la ligne. Le cadre d'intégration économique régionale avec le Rwanda, son dernier article dit que tout ce qui est prévu entre les deux pays et entre les pays de la région en matière d'intégration économique ne se fera que lorsque les troupes rwandaises auront quitté le territoire congolais", a prévenu Daniel Mukoko Samba.

À titre d’exemple, il a cité le projet hydroélectrique Ruzizi III, dont le financement est déjà disponible mais dont la réalisation demeure tributaire de l’amélioration de la situation sécuritaire.

"Je peux vous donner un exemple concret. C'est Ruzizi 3, ce projet que tout le monde connaît ici est mûr sur le plan du financement. Les bailleurs sont là, les actionnaires de la société qui a été créée sont prêts mais on est dans une zone de conflit et le gouvernement de la République démocratique du Congo a répondu de manière claire que nous n'acceptons pas toute autre forme de zone de développement spécial qui créerait une zone de développement spécial qui créerait une enclave pour nous, c'est une atteinte à la souveraineté de la République démocratique du Congo. On met un terme à la guerre. Vous quittez le territoire congolais et on fait Ruzizi. Nous donnons les 206 mégawatts au Burundi, au Rwanda et à la République démocratique du Congo, la région en a besoin", a illustré le patron de l'économie nationale.

En décembre dernier, en marge de l’accord de paix signé entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, plusieurs instruments bilatéraux ont été conclus entre la RDC et les États-Unis d’Amérique sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio. Il s’agit notamment de l’Accord de partenariat stratégique entre les États-Unis et la République démocratique du Congo, ainsi que du protocole d’accord entre les deux gouvernements relatif à un partenariat élargi en matière de sécurité.

Selon l’administration du président Donald Trump, les Accords de Washington et les initiatives confirmées en décembre traduisent un engagement international commun visant à transformer la région des Grands Lacs en un espace de paix, de stabilité et d’opportunités économiques. En s’attaquant aux causes profondes des conflits, en renforçant la confiance mutuelle et en développant la coopération économique, la RDC et le Rwanda entendent poser les bases d’un avenir meilleur pour leurs populations.

Clément MUAMBA