L’Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH) a exprimé sa vive préoccupation face à deux incidents environnementaux survenus les 26 et 29 avril 2026 aux installations de la Société Minière du Katanga (SOMIKA), situées dans le village Kwampisha, groupement Inakiluba, chefferie Kaponda, territoire de Kipushi, dans la province du Haut-Katanga.
Dans un communiqué publié ce mardi 2 juin et signé par son coordonnateur, Hubert Tshiswaka Masoka, l’organisation indique avoir été saisie par les communautés locales de Kwampisha, en collaboration avec l’Institut National pour l’Étude et la Recherche Agronomiques (INERA), afin d’obtenir une assistance juridique et un accompagnement.
Selon l'IRDH, les incidents signalés concernent un déversement important d’effluents acides provenant des installations de la société minière. Ces substances auraient d’abord inondé la principale route desservant le village Kwampisha avant de se déverser dans la rivière Kasonta, affluent de la rivière Kibunduka.
D’après le communiqué, les eaux concernées transiteraient ensuite par le lac artificiel de l’INERA avant d’alimenter 208 étangs piscicoles ainsi que plusieurs canaux d’irrigation utilisés pour les cultures maraîchères.
« Après avoir inondé remarquablement l’unique route de Kwampisha, ces acides se sont répandus dans la rivière Kasonta, affluent de la rivière Kibunduka. Ces eaux sont d’abord retenues dans le lac artificiel de l’INERA avant de circuler dans 208 étangs piscicoles et de déboucher dans les canaux d’irrigation qui arrosent les plantes et légumes », affirme l’IRDH.
Des inquiétudes sur l’environnement et la santé publique
L’IRDH estime que ces incidents pourraient avoir des conséquences importantes sur l’environnement et les populations locales.
L’organisation évoque notamment une possible contamination des sols observée le long de la route de Kwampisha, où certaines portions de terrain présenteraient une coloration blanchâtre laissant supposer un niveau élevé d’acidité.
« La route menant au village Kwampisha est recouverte d’une latérite transformée en poussière épaisse. Par endroits, la terre a pris une coloration totalement blanche, laissant présumer un degré d’acidité élevé », souligne le communiqué.
L’IRDH met également en garde contre les risques auxquels seraient exposés les habitants qui empruntent quotidiennement cette route à pied ou à moto.
« Ces derniers sont directement exposés à l’inhalation et au contact de poussières issues d’une terre visiblement contaminée », indique l’organisation.
Par ailleurs, l’IRDH affirme avoir constaté l’acheminement d’eaux usées recouvertes d’une mousse blanche suspecte à travers une conduite métallique reliant les installations de la SOMIKA aux cours d’eau Kasonta et Kibunduka.
« Une buse métallique de large diamètre achemine une quantité importante d’eaux usées, recouvertes d’une mousse blanche suspecte, depuis les installations de la SOMIKA vers les rivières Kasonta et Kibunduka », précise l’IRDH.
L’organisation attire également l’attention sur le risque de bioaccumulation de métaux lourds et d’autres substances toxiques dans les poissons et les cultures irriguées par ces eaux.
« Les métaux lourds et substances toxiques contenus dans ces effluents ne sont pas biodégradables. Ils s’accumulent dans les tissus des poissons et des végétaux, remontant ainsi la chaîne alimentaire », avertit-elle.
Selon l’IRDH, cette situation pourrait exposer les populations à des risques sanitaires durables.
« C’est l’ensemble de la population de Lubumbashi qui est exposée à des risques différés de toxicité chronique et d’empoisonnement à long terme », soutient l’organisation.
Des préoccupations déjà soulevées auparavant
L’IRDH rappelle que ces allégations s’inscrivent dans un contexte de préoccupations environnementales déjà signalées par le passé.
Le communiqué fait notamment référence à un procès-verbal établi en octobre 2021 par les services provinciaux chargés de la protection de l’environnement minier à l’issue d’une rencontre entre les représentants de l’INERA Kipopo et ceux de la SOMIKA.
L’organisation mentionne également une correspondance adressée en octobre 2025 par l’INERA, faisant état d’indices de pollution des eaux du lac artificiel de Kipopo.
Pour l’IRDH, ces éléments renforcent la nécessité d’une intervention rapide afin d’établir les responsabilités et de prévenir d’éventuels dommages supplémentaires.
L’IRDH recommande une évaluation indépendante
Face à la situation, l’IRDH recommande à la SOMIKA de financer une étude technique approfondie afin d’évaluer l’étendue réelle des impacts environnementaux et sanitaires liés à cette série d’incidents.
« Compte tenu des exigences techniques, l’IRDH recommande à la SOMIKA de financer l’analyse du degré des impacts négatifs de cette série d’incidents sur les communautés locales de Kwampisha et Kipopo, le lac artificiel de l’INERA/Kipopo, les 208 étangs piscicoles et les légumes arrosés par les eaux polluées », conclut le communiqué.
Cette analyse devrait, selon l’organisation, permettre de déterminer avec précision les conséquences de ces incidents sur l’environnement, les activités agricoles et piscicoles ainsi que sur la santé des populations concernées.
José Mukendi