You are using an outdated browser. For a faster, safer browsing experience, upgrade for free today.
Catégorie

RDC : Patrick Mbeko dresse un bilan sévère de la trajectoire de Tshisekedi, entre « ratés sécuritaires » et gouvernance « endémiquement » corrompue

UDPS

Invité jeudi du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'analyste Patrick Mbeko a livré une lecture critique de la trajectoire de la RDC sous Félix Tshisekedi, tout en la replaçant dans une perspective comparative avec la présidence de Joseph Kabila.

D'emblée, Patrick Mbeko a jugé la trajectoire du pays « problématique » au regard de la situation actuelle, tout en rappelant que les difficultés préexistaient à l'arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. « On ne peut pas dire que la situation aujourd'hui est convenable pour tout le monde », a-t-il affirmé, notant que le chef de l'État lui-même reconnaît que le pays traverse des moments difficiles.

Lire aussi: « La Nation est en crise existentielle et en danger de balkanisation ou d’annexion » : Mukwege étale un chapelet d’erreurs de diplomatie et de gouvernance sous Tshisekedi

Interrogé sur les différences entre les deux présidences, l'analyste a d'abord insisté sur la nécessité de contextualiser. Joseph Kabila, rappelle-t-il, est arrivé au pouvoir à 29 ans, dans un contexte « extrêmement volatile », marqué par l'occupation d'une partie du territoire par le MLC de Jean-Pierre Bemba, le RCD-Goma et le Rwanda, tandis que le camp gouvernemental restait sous l'ascendant de ses propres alliés. Selon Patrick Mbeko, Kabila a su, dans ce contexte contraint, faire preuve de flexibilité et manœuvrer avec une certaine constance, non sans le concours d'une communauté internationale qui avait alors exercé de fortes pressions sur l'ensemble des acteurs congolais et régionaux, aboutissant à la signature de l'accord de Sun City.

Tshisekedi, en revanche, aurait hérité en 2019 d'un pays « relativement stable », disposant d'une marge de manœuvre que Kabila n'avait pas eue. « De mon point de vue, le président Tshisekedi n'a pas su exploiter convenablement la chance qu'il a eue de prendre le pouvoir dans les conditions de 2019 », a estimé l'analyste.

Sur la question d'une éventuelle continuité entre les deux régimes, Patrick Mbeko évoque une « continuité relative » : certains comportements observés sous Kabila perdurent selon lui sous Tshisekedi, un constat que le président lui-même semble partager, ayant à plusieurs reprises appelé à un changement des mentalités. Il relève toutefois une différence significative : contrairement à Kabila, qui s'entourait, selon lui, de collaborateurs maîtrisant davantage les grands dossiers, Tshisekedi souffrirait d'un déficit d'expertise dans son entourage, un constat qu'il illustre notamment par la gestion de l'accord signé à Washington.

Interrogé sur le principal échec et la principale réussite des mandats de Tshisekedi, Patrick Mbeko s'est refusé à parler d'« échec », préférant accorder au président « le bénéfice de la bonne foi », rappelant qu'il reste au pouvoir et peut encore surprendre. Il évoque en revanche des « ratés extrêmement importants », en particulier sur le plan sécuritaire, le pays étant unifié à l'arrivée de Tshisekedi en 2019 dans un contexte régional qu'il juge alors plus favorable, mais aussi en matière de gouvernance, la corruption restant selon lui « endémique », un mal qu'il fait remonter à l'époque Kabila, lorsque le pays était déjà géré par un « clan ».

Quant aux réussites, l'analyste reconnaît une progression notable des recettes de l'État et un budget national renforcé par rapport à l'ère Kabila, tout en s'interrogeant ouvertement sur la répartition réelle de ces gains au sein de la population congolaise.