C64 vs C4 : Augustin Kabuya défend la réforme constitutionnelle et appelle l’opposition à prouver sa force dans la rue

Augustin Kabuya, Secrétaire général de l'UDPS/Ph. ACTUALITE.CD

En République démocratique du Congo, le débat autour de la réforme constitutionnelle a donné naissance à deux dynamiques dans l’environnement sociopolitique congolais, à savoir, d’une part, la création de la Coalition Article 64 pour la Défense de l’Ordre Constitutionnel (C64) et, d’autre part, la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4). Chaque camp affirme disposer du soutien de la population dans l’objectif de matérialiser les objectifs fixés par chacune de ces organisations.

Pour Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS/Tshisekedi et chef du parti présidentiel, cette démarche est normale dans une démocratie. Toutefois, s’exprimant devant la presse  lundi 25 mai 2026, et défendant son camp politique, il estime que l’opposition ne sera pas en mesure de rivaliser avec sa famille politique. Il considère par ailleurs que seule la population congolaise sera en mesure de départager cette dualité autour de la réforme constitutionnelle.

"La vraie opposition, c’est sur le terrain, C’est sur le terrain qu’elle mobilise, sur le terrain qu’elle montre sa démonstration de force, Ce n’est pas dans une petite salle de 300 personnes. D’ailleurs, lorsque j’organise moi-même des causeries morales à l’esplanade de notre siège ici, les personnes qui viennent sont plus nombreuses que celles qui étaient réunies au Collège Boboto. Prenez les images, vous êtes journalistes, comparez. Même ceux qui étaient à l’intérieur, même ceux qui étaient à l’extérieur. Comme des leaders, ceux qui se réclament leaders, il y avait combien de personnes là-bas ?", s'est-il interrogé lors de son intervention.

Et de poursuivre :

"Les drapeaux étaient même plus nombreux que les militants, nous les attendons et nous leur souhaitons bonne chance. Qu’ils ne reculent pas. Il n’y aura personne pour les empêcher. D’ailleurs, je vais vous révéler un secret : je n’ai jamais été d’accord qu’on empêche les activités de l’opposition. Nous savons comment cela se passe. Moi, tel que vous me voyez, je sais comment on peut pousser un régime à commettre une faute, nous nous connaissons, nous étions tous ensemble. Et quand je parle ainsi, ils savent de quoi je parle".

Augustin Kabuya a également évoqué la trajectoire de certaines figures politiques, notamment celle de Martin Fayulu. Il soutient que le basculement politique de certaines personnalités s’est fait progressivement, après avoir soutenu, aux côtés du régime de l’époque, le référendum ayant conduit à l’adoption et à la promulgation de l’actuelle Constitution.

"Martin Fayulu avait battu campagne en faveur de cette Constitution pour ceux qui ne savent pas, en 2007, il était premier vice-président de la majorité au niveau de l'Assemblée provinciale de Kinshasa, il n'était pas là pour le compte de l'opposé. Martin Fayulu a battu campagne en faveur de cette constitution et c'est au moment ils ne se sont plus entendus avec les gens de la majorité présidentielle qu'il avait pris la décision de rejoindre l'opposition, la personne qui avait battu campagne pour cette constitution", a rappelé Augustin Kabuya lors de son intervention.

À la question de savoir s’il était prêt à participer à un débat contradictoire sur ce sujet avec Martin Fayulu, Augustin Kabuya s’est dit disponible. Toutefois, selon lui, l’objectif ou la priorité reste de convaincre la population. Le secrétaire général de l’UDPS estime par ailleurs que Martin Fayulu n’a pas son poids politique, encore moins plus d’années que lui dans la lutte de l’opposition.

"Faire le débat contradictoire avec Fayulu, vous pensez que je n'aurais pas des arguments pour discuter avec lui ? Il n'a pas mon poids politique Martin Fayulu, je pèse bien mes mots, il n'a pas mon poids politique. Pour ce débat, je suis disponible à parler et je défends ma cause, ce qui va prouver que j'avais des bons arguments c'est quand le changement de la Constitution va être accepté par notre peuple, ce n'est pas quelqu'un qui vous raconte sa vie et vous dites qu'il a parlé, le thermomètre c'est la population qui va nous départager avec tout ce monde là", a-t-il fait savoir dans son intervention.

Et d'ajouter :

"Est-ce que Fayulu a fait de l'opposition plus que moi ? puisqu'il était membre de la société civile, en 1992, oui, ceux qui ne savent pas, il avait dit qu'il était 2e vice-président de la Commission Ecofin, ce n'était pas pour le compte de l'opposition, c'était pour le compte de la société civile".

Refroidie à la suite des offensives menées par la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, ayant conduit à la perte de vastes pans du territoire national, et dans un contexte marqué, sur le plan diplomatique, par l’avancement d’initiatives censées résoudre la crise sécuritaire, la question de la réforme de la Constitution qu’il s’agisse de sa révision ou de son changement, a refait surface et se retrouve au cœur de l’actualité politique. Porté notamment par l’UDPS, parti présidentiel et membre de l’Union sacrée, la coalition au pouvoir, ce débat continue toutefois de susciter de vives tensions politiques. 

L’UDPS, tout comme l’Union sacrée de la Nation, militent officiellement pour une réforme constitutionnelle. Cependant, ce projet ne fait pas l’unanimité. Les partisans de la révision ou du changement, parmi lesquels figurent plusieurs cadres de l’Union sacrée, critiquent la Constitution actuelle de 2006, qu’ils qualifient de « Constitution piégée » et jugent inadaptée aux réalités du pays. Ils évoquent des problèmes liés à la gestion de l’État, à la définition de la nationalité, ainsi que la nécessité d’adapter le texte aux réalités congolaises. Certains avancent également l’argument de la recherche de la paix ou s’interrogent sur la faisabilité des élections prévues en 2028.

Du côté de l’opposition et d’autres forces socio-politiques congolaises, cette démarche est vivement rejetée. Elles la considèrent comme suicidaire dans un contexte marqué par la guerre d’agression menée, selon elles, par le Rwanda à travers la rébellion de l’AFC/M23. Elles estiment également que le régime Tshisekedi, au regard de son bilan jugé négatif depuis son accession au pouvoir, ne mérite plus de diriger le pays. Pour ces opposants, la volonté du pouvoir de réviser ou de changer la Constitution cacherait en réalité une tentative de se maintenir au pouvoir et d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, actuellement à son second et dernier mandat à la tête du pays. Ce mandat court jusqu’en janvier 2029, date à laquelle il est censé transmettre le pouvoir à son successeur.

Clément MUAMBA