Réforme constitutionnelle : "Si changement ou révision il doit y avoir, cela ne se fera jamais sans consulter la population par référendum" (Félix Tshisekedi)

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Felix Tshisekedi devant la presse à Kinshasa

Si, depuis un certain temps, cette initiative était portée et défendue avant tout par les membres de sa famille politique, à savoir l’Union sacrée de la nation et l’UDPS/Tshisekedi, le président Félix Tshisekedi, à la tête du pays depuis janvier 2019, s’est montré ouvert à une réforme de la Constitution en vigueur depuis février 2006. Il s’est même dit prêt à briguer un troisième mandat "si les Congolais" lui demandent "de revenir", alors que son second et dernier mandat expire dans deux ans, soit en décembre 2028.

Au cours d’une conférence de presse tenue mercredi 6 mai 2026 au chapiteau de la Cité de l’Union africaine, en marge de la célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse, le chef de l’État Félix Tshisekedi a estimé que "si changement ou révision il doit y avoir, cela ne se fera jamais sans consulter la population par référendum ".

"Je pense que c’est dans cette optique qu’il faut regarder notre Constitution. Faut-il la garder ou pas ? Qu’est-ce qui nous interdit de nous pencher dessus et de regarder cela ?  donc oui, moi, je suis pour l’analyse. Je suis pour prendre des experts qui vont étudier cette Constitution, parce qu’il y a beaucoup de difficultés à cela. Et cela ne doit pas être lié à un quelconque troisième mandat. Je serai heureux de terminer mes deux mandats en laissant ce pays sur de bons rails, surtout en lui léguant la paix. Mais si les Congolais me demandent de revenir au front, je suis à leur disposition tant que Dieu me donnera l’énergie. Pour moi, maintenant, si changement, révision ou tout ce qu’il y a doit se faire, ce ne sera jamais sans consulter la population, le peuple congolais, c’est-à-dire par référendum", a fait savoir le Président Félix Tshisekedi.

Pour Félix Tshisekedi, sa famille politique, l’UDPS/Tshisekedi, s’est montrée ouverte à une révision de la Constitution de 2006 dès son accession au pouvoir. Selon lui, se pencher sur la Constitution ne signifie pas pour autant écarter l’actuelle loi fondamentale.

"Vous devez savoir qu’avant de devenir président, et donc d’être interdit d’activités dans mon parti politique, je suis de l’UDPS. Et qu’en 2006, l’UDPS avait dit que si elle arrivait au pouvoir, cette Constitution serait changée. Or, là, j’arrive au pouvoir. Je ne dis pas que je vais la dégager, j’ai dit qu’on va se pencher dessus. Parce que depuis que je suis à la tête de ce pays, je me rends compte des entraves qu’il y a", a-t-il dit.

Par ailleurs, Félix Tshisekedi souligne une différence entre sa démarche actuelle concernant la Constitution et celle de son prédécesseur, Joseph Kabila Kabange. Selon lui, il existe de grandes différences, d’autant plus que Joseph Kabila avait déjà dépassé la durée de son mandat constitutionnel.

"Alors, quand vous faites le parallélisme avec mon prédécesseur, ce n’est pas la même chose. Rappelez-vous que mon prédécesseur était arrivé à échéance en 2016 sans organiser les élections. On était déjà dans l’illégalité. Il n’y avait pas de guerre comme aujourd’hui, Qu’est-ce qui avait empêché d’organiser les élections en 2016 ? C’est pourquoi, à ce moment-là, on a dit : “Ah, donc ça veut dire que non seulement vous ne les organisez pas, mais en plus vous voulez changer la Constitution pour demeurer encore au pouvoir.”", a-t-il fait remarquer dans son intervention.

Et d'ajouter :

"C'etait un autre débat. Ce n’était pas la même chose. Et donc, là, à ce moment-là, on ne s’oppose pas parce qu’on aime la Constitution, on s’oppose parce qu’on veut empêcher celui qui est là de le faire. Et donc, si ça m’arrive à moi de le faire, sauf évidemment situation contraignante comme celle d’aujourd’hui, de la guerre, que j’espère terminer le plus rapidement possible Mais si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement, on ne pourra pas organiser les élections en 2028. Mais ce ne sera pas parce que j’ai refusé de les organiser, les ressources sont là, on peut le faire mais on ne va pas organiser les élections sans le Nord-Kivu et Sud-Kivu".

L’Union sacrée de la Nation via son Secrétaire permanent avait officiellement ouvert la porte aux propositions de réforme, invitant les acteurs politiques, la société civile et les citoyens à apporter leurs contributions d’ici le 20 mai 2026. Selon le communiqué signé le lundi 20 avril par son secrétaire permanent, André Mbata, l’objectif de cette démarche est de recueillir des avis, de les analyser et de soumettre au chef de l’État des pistes d’évolution de la Constitution du 18 février 2006.

Pour André Mbata, député national élu de Dimbelenge, dans le Kasaï Central, cette initiative tient compte des nombreuses manifestations de soutien à la réforme constitutionnelle organisées par des compatriotes à Kinshasa, dans les provinces et au sein de la diaspora, aussi bien en Afrique, en Amérique, en Asie, en Europe qu’en Océanie. Elle prend également en considération les mémorandums adressés à la Haute Autorité politique de l’Union sacrée de la Nation (USN), ainsi que plusieurs initiatives appelant à la réforme de la Constitution du 18 février 2006, qui régit actuellement la RDC.

Cette démarche est dénoncée par l’opposition armée et non armée, qui y voit une volonté manifeste de Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année marquant la fin de son second et dernier mandat à la tête de la République démocratique du Congo.

Clément MUAMBA