Oakland Institute, un groupe de réflexion progressiste basé aux États-Unis, appelle l’administration américaine à faire davantage pour mettre fin à l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), qui provoque instabilité et contrebande de matières premières au détriment des populations congolaises, premières victimes de cette guerre depuis près de trois décennies.
Dans une communication ce jeudi 12 mars, Oakland Institute juge insuffisantes les sanctions américaines imposées via l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor aux Forces de défense rwandaises (FDR), ainsi qu’à quatre de leurs hauts responsables. Selon l’organisation qui se base sur le communiqué du Trésor américain, les FDR soutiennent activement, entraînent et combattent aux côtés de Mouvement du 23 mars (M23), un groupe armé sanctionné par les États-Unis et les Nations unies, responsable de violations des droits humains et de déplacements massifs de populations en RDC.
Les FDR ont soutenu le M23 dans sa conquête de territoires dans l’est du pays, notamment les capitales provinciales de Goma et Bukavu, ainsi que des sites miniers stratégiques. Les offensives du M23 n’auraient pas été possibles sans le soutien actif et la complicité des FDR et de leurs principaux responsables. L’organisation estime que les sanctions américaines ont peu de chances de contrer les bénéfices financiers engrangés par Kigali et l’AFC/M23 grâce à l’occupation de cette région de la RDC.
"Les sanctions américaines ne permettent pas non plus de contrer les importants bénéfices financiers que le Rwanda et le M23 tirent de l'occupation de l'est de la RDC. Depuis la prise de contrôle de la mine de Rubaya dans l'est de la RDC en 2024, le M23 s'est assuré le monopole des exportations de coltan vers le Rwanda, encaissant ainsi environ 800 000 dollars américains par mois grâce à la taxation de la production et du commerce du coltan. Les rebelles ont également acheminé de l'or vers le Rwanda, générant un record d'exportations de 2 milliards de dollars américains en 2025", renseigne l'organisation dans sa communication.
Selon Oakland Institute, le Rwanda continue de recevoir une aide étrangère substantielle des États-Unis, son principal donateur bilatéral, s’élevant à un peu moins de 200 millions de dollars en 2024 et à 174 millions de dollars en 2025, selon une estimation partielle et non exhaustive.
"Avec un portefeuille de la Banque mondiale de 3,37 milliards de dollars pour un pays de seulement 14 millions d'habitants, le Rwanda figure également parmi les pays bénéficiant des financements de la Banque mondiale par habitant les plus importants recevant près de quatre fois plus que la RDC. Horizon Construction, un consortium lié au RDF, aurait obtenu plusieurs contrats dans le cadre du projet d'amélioration du réseau routier de la Banque, d'un montant de plusieurs millions de dollars, actuellement en cours", souligne Oakland Institute.
Pour Frédéric Mousseau, directeur des politiques de l’Oakland Institute, les violations par le Rwanda de l’Accord de Washington et son occupation de l’est de la RDC mettent en avant les contradictions de cette initiative diplomatique. Selon lui, il ne s’agit pas d’un accord de paix, mais d’une récompense à l’impunité qui ne peut apporter la paix.
« Les violations par le Rwanda de l’Accord de Washington et le maintien de son occupation de la RDC mettent en lumière les contradictions inhérentes à l’« accord de paix » négocié par les États-Unis ». Cet accord a accordé au Rwanda un accès privilégié aux ressources congolaises et un rôle clé dans leur raffinage et leur réexportation, une récompense pour un agresseur qui a amassé des centaines de millions de dollars grâce au pillage des minerais congolais. Cette impunité et cette injustice ne peuvent instaurer la paix au Congo », a-t-il indiqué.
Le document rappelle qu'en octobre 2025, Oakland Institute avait publié « Shafted : La course aux minéraux critiques en RDC » , alertant sur le fait que les initiatives diplomatiques américaines, notamment l'accord de paix entre le Rwanda et la RDC, étaient instrumentalisées pour promouvoir l'extraction minière sous couvert de paix. L'Institut a également démontré comment le commandant en chef des Forces de défense rwandaises (FDR), le président Paul Kagame, s'est imposé comme un champion de l'impunité malgré ses violations répétées des accords de paix et de cessez-le-feu au fil des ans.
À la suite de ces sanctions, le Rwanda a regretté les mesures américaines qu’il juge « unilatérales », estimant qu’elles « déforment les faits » du conflit dans l’est de la RDC et ciblent injustement « une seule partie » au processus de paix. Dans un communiqué publié par le bureau du porte-parole du gouvernement, Kigali accuse la RDC de violations des accords de cessez-le-feu, évoquant des « attaques de drones constantes et indiscriminées » ainsi que des offensives terrestres qui auraient coûté « de nombreuses vies ».
Le gouvernement rwandais soutient également que la coalition gouvernementale congolaise inclut « des mercenaires étrangers », des milices ethniques extrémistes soutenues par l’État, notamment les « Wazalendo », ainsi que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qualifiées de « milice génocidaire », combattant aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC).
De son côté, dans un communiqué, le ministère congolais de la Communication et des Médias avait indiqué que ces sanctions, prises par le département du Trésor américain via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), constituent « un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la RDC, ainsi que de la mise en œuvre effective des engagements souscrits dans le cadre des accords de Washington.
Selon Kinshasa, ces mesures confirment « la nécessité d’une cohérence entre les engagements diplomatiques et les réalités opérationnelles sur le terrain ». Le gouvernement congolais rappelle que la stabilisation durable de l’est du pays et de la région des Grands Lacs « passe par la cessation de tout appui aux groupes armés, le respect strict de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États, ainsi que par l’observation des principes du droit international ».
Pendant ce temps, les initiatives diplomatiques, notamment les processus de Washington et de Doha, appuyés par l’Union africaine, progressent sur le papier mais peinent encore à produire des résultats concrets sur le terrain. Cette situation intervient dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi que d’intensification des violences sur plusieurs lignes de front dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où s’affrontent les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda.
Clément MUAMBA