Est de la RDC : face à la crise humanitaire et à la pénurie des financements, le gouvernement appelle à lier urgence à la paix et au développement

Le site des déplacés de Kanyaruchinya à Nyiragongo
Le site des déplacés de Kanyaruchinya à Nyiragongo

En République démocratique du Congo (RDC), la situation humanitaire dans l’Est ne cesse de se dégrader en raison de l’activisme des groupes armés locaux et étrangers, ainsi que des combats intenses opposant les forces gouvernementales à la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Dans ce contexte, marqué par le lancement, mercredi 28 janvier 2026, par le gouvernement congolais et la communauté humanitaire en RDC, du plan d’urgence humanitaire visant à répondre, au cours de l’année, aux besoins de millions de personnes à travers le pays, estimés à 1,4 milliard de dollars américains, la ministre d’État, ministre des Affaires sociales et Actions humanitaires, Ève Bazaiba, a rappelé, en présence des diplomates et des acteurs humanitaires, que l’assistance humanitaire ne peut pas se substituer indéfiniment aux politiques de développement. Selon elle, cette assistance doit plutôt se concentrer sur la réduction durable de la vulnérabilité des populations.

"La protection des civils et des groupes vulnérables demeure au cœur de l'action de l'État. Elle appelle à une mobilisation concertée et de l'ensemble des acteurs, dans le respect des lois nationales, du droit international humanitaire et des engagements en matière de droits humains, avec une attention particulière portée aux femmes, aux enfants et aux personnes à mobilité réduite, personnes de troisième âge, et personnes déplacées. L'assistance humanitaire ne peut se substituer indéfiniment aux politiques de développement. Les réponses d'urgence doivent préparer et faciliter les retours volontaires, sûrs et dignes, l'intégration locale lorsque celle-ci est pertinente, ainsi que la reconstruction des moyens de subsistance, afin de réduire durablement les vulnérabilités", a rappelé la Ministre  Ève Bazaiba dans son discours.

Dans cette perspective du Triple Nexus « Humanitaire – Paix – Développement », a-t-elle indiqué, la réponse humanitaire constitue une exigence à la fois stratégique et opérationnelle. Pour Mme Bazaiba, aucune réponse humanitaire ne peut être durable sans la paix, et aucune paix ne peut être consolidée sans un développement inclusif. 

"Le gouvernement poursuivra ses efforts fournis en vue du recouvrement de la paix totale et durable. L'année 2026 doit marquer un tournant décisif. Le gouvernement appelle à un nouveau diagnostic partagé, fondé sur la réalité et la diversité des dynamiques locales ainsi que la valorisation des capacités nationales existantes. Ce diagnostic doit conduire à un nouveau paradigme d'intervention, dans lequel l'État fixe le cap stratégique, les partenaires appuient de manière coordonnée et alignée, les communautés sont pleinement actrices de leur relèvement, et les interventions sont suivies, évaluées et ajustées avec rigueur", a lancé Ève Bazaiba.

Elle a rassuré que le gouvernement va renforcer le contrôle, le suivi et l’évaluation des actions humanitaires sur l’ensemble du territoire national dans un cadre de transparence, de redevabilité mutuelle et d’efficacité collective. Elle a également salué l’engagement constant de l’équipe humanitaire pays ainsi que celui des partenaires techniques et financiers.

À cet effet, le ministère des affaires sociales prévoit de lancer prochainement une campagne de solidarité nationale en vue de la collecte de l’aide humanitaire.

La pénurie de financements au niveau international, en particulier la suspension du financement de l’aide humanitaire par les États-Unis d’Amérique, a eu de lourdes conséquences en République démocratique du Congo (RDC), notamment dans l’Est du pays, confronté à une grave crise humanitaire et sanitaire. Le Plan de réponse humanitaire 2025 pour la RDC, chiffré à 2,54 milliards de dollars, est resté largement sous-financé, alors même que la situation sécuritaire et humanitaire continue de se détériorer et que les besoins ne cessent de croître dans cette partie du pays. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, vendredi 12 décembre dernier, Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix, a indiqué que seuls 22 % de ce plan avaient été financés.

Par ailleurs, le plan humanitaire des Nations unies pour 2026 vise 87 millions de personnes et nécessite 23 milliards de dollars. En décembre dernier, les États-Unis avaient promis d’allouer, cette année, deux milliards de dollars aux fonds d’aide gérés par l’ONU, une contribution qualifiée d’« historique » par le chef de l’humanitaire de l’Organisation, Tom Fletcher, dans un contexte de besoins vertigineux et de raréfaction des financements. Toutefois, au-delà des montants annoncés, Washington entend désormais impulser une refonte du modèle humanitaire international. 

Clément MUAMBA