La CAN 2025 s’est déroulée dans un contexte de forte défiance à l’égard du corps arbitral. Tout au long de la compétition, des soupçons récurrents ont émergé, certains accusant les arbitres de favoriser le pays hôte, le Maroc. Cette défiance a atteint son paroxysme lors de la finale, émaillée par une série de décisions controversées qui ont fortement perturbé le déroulement de la rencontre.
La finale de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations, disputée le 18 janvier dernier, ne restera pas uniquement dans les mémoires et dans les annales pour le sacre du Sénégal face au Maroc. Elle aura également été marquée par une controverse arbitrale qui continue de faire débat, cristallisée autour de la prestation du Congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo.
À l’issue du coup de sifflet final, une large frange de l’opinion publique, toutes tendances confondues, a dénoncé un arbitrage perçu comme "inéquitable", qualifié par beaucoup d’« arbitrage à deux vitesses ».
Une action clé au cœur de la polémique
L’un des moments les plus débattus demeure l’action ayant précédé ce qui pouvait être le premier but sénégalais. Plusieurs observateurs, après revisionnage des images, reconnaissent que Jean-Jacques Ndala avait déjà sifflé une faute avant que le ballon ne franchisse la ligne.
« Dans ce cas précis, ce qu’on a appelé le but refusé, n’est même pas un but. L’arbitre avait sifflé avant. Et pour lui, ce qui se passe après le coup de sifflet n’est pas valable », explique Joseph-Antoine Bell, légende du football camerounais, au micro de France 24.
Du côté des supporters sénégalais, certains estiment néanmoins que l’arbitre aurait dû recourir au VAR, notamment pour vérifier une éventuelle simulation ou aggravation de la faute par le défenseur marocain Achraf Hakimi. Ils lui reprochent une utilisation jugée « sélective » de l’assistance vidéo.
« La VAR, c’est l’assistance à l’arbitrage. Donc quand l’arbitre n’a pas besoin d'assistance, il ne va pas voir la VAR. Ce qu’il a vu lui-même, il ne va pas aller le revoir au VAR », explique Joseph-Antoine Bell. Pour lui, l’homme du match de cette finale était l’arbitre : « C’est le seul qui n’est pas venu avec des émotions, le seul qui n’est pas venu avec des idées préconçues et des attitudes pré-arrêtées ».
Des avis divers à Kinshasa
Dans la capitale congolaise, les avis sont loin d’être unanimes. Pour beaucoup, Jean-Jacques Ndala incarne une fierté nationale. Le fait qu’un Congolais ait été désigné pour arbitrer le match d’ouverture et la finale de la CAN est perçu comme une reconnaissance du savoir-faire congolais dans l’arbitrage africain.
« Il est resté serein, calme, et n’a jamais perdu le contrôle d’un match sous très haute tension. Pour moi, il a bien arbitré », estime Patrick.
D’autres saluent son sang-froid face à la pression, son autorité sur le terrain et sa capacité à contenir les débordements dans un contexte électrique. « Descendre Ndala juste parce qu’il est Congolais et qu’il a pris des décisions impopulaires, c’est juste compliqué », lâche un internaute kinois, dénonçant une forme d’auto-dénigrement de la part de certains de ses compatriotes.
À l’inverse, une autre partie des Kinois estime que l’arbitre est l’un des acteurs majeurs des tensions ayant marqué la finale. Selon eux, certaines décisions controversées auraient influencé le comportement des joueurs et, indirectement, le déroulement du match.
« Sa gestion a contribué à l’énervement général, à la sortie polémique de certains joueurs sénégalais et même à la pression psychologique autour du penalty manqué par Brahim Diaz », analyse Félix.
Pour ces détracteurs, l’arbitre n’est pas seulement victime des polémiques : il en serait en partie responsable, au point que la Fédération marocaine a annoncé saisir les instances supérieures, notamment la CAF et la FIFA.
À Kinshasa comme ailleurs, Jean-Jacques Ndala divise. Certains lui jettent des fleurs, d’autres des pierres. Mais tous s’accordent sur un point : jamais un arbitre congolais n’avait occupé une place aussi centrale dans une finale de Coupe d’Afrique des Nations.
Et comme le résume un supporter kinois :
« La subjectivité a ses raisons que la raison ignore. Mais Ndala, qu’on l’aime ou pas, a marqué l’histoire ».
Le soutien clair de la Fecofa
Face aux critiques, la Fédération congolaise de football association (Fecofa) a publiquement apporté son soutien à son arbitre.
« Vous avez brillamment officié lors de rencontres de très haut niveau, marquées par une forte intensité et une pression considérable. Votre sang-froid, votre maîtrise technique et votre sens élevé de l’éthique arbitrale ont été unanimement salués », a déclaré l’instance dans un communiqué.
La Fecofa estime que Jean-Jacques Ndala a « honoré l’arbitrage congolais et défendu avec dignité les couleurs de la RDC », lui souhaitant une carrière encore plus brillante.
Un parcours qui force le respect
Arbitre FIFA depuis 2013, Jean-Jacques Ndala Ngambo, 38 ans, n’en était pas à son coup d’essai. Réputé comme l’un des officiels les plus respectés du continent, il a officié de nombreux matchs clés, notamment en Ligue des champions africaine et lors des éliminatoires de la Coupe du monde.
Lors de cette 35e édition de la CAN, il a dirigé le match d’ouverture entre le Maroc et les Comores (2-0), une rencontre de phase de groupes entre la Tanzanie et la Tunisie (1-1), avant cette finale très polémique et médiatisée. Il s’agissait là de son septième match impliquant le Maroc et de son quatrième avec le Sénégal. Au total, il a distribué 15 cartons jaunes, dont 7 lors de la finale.
Auparavant, il n’avait jamais arbitré au-delà des quarts de finale d’une CAN. Cette finale a marqué donc une nouvelle étape majeure de sa carrière, au point qu’il est désormais pressenti pour figurer parmi les arbitres africains retenus pour la Coupe du monde 2026.
James Mutuba