La poursuite des hostilités, marquée par les conquêtes territoriales de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, ainsi que par de violents combats dans l’Est de la République démocratique du Congo, affecte non seulement les populations civiles, mais aussi les prévisions relatives à l’action humanitaire, déjà précaire en dépit des initiatives diplomatiques en cours.
C’est ce qu’a révélé Ève Bazaiba Masudi, ministre d’État, ministre des Affaires sociales et Actions humanitaires, lors d’un briefing conjoint avec son collègue de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, tenu samedi 17 janvier 2026 à Kinshasa. Cette intervention fait suite à la mission humanitaire effectuée par le gouvernement au Burundi et en Tanzanie.
"Nous avons parlé de ceux qui ont fui les hostilités : ce sont les réfugiés. Mais j’aimerais dire un petit mot sur les déplacés internes, le 1er décembre 2025, ensemble avec l’équipe humanitaire pays, ici, nous avons rendu public des chiffres communs en termes de prévisions pour 2026. Je parle bien du 1er décembre 2025. Qu’est-ce que nous avions retenu ? Nous avions retenu que, compte tenu de la situation que connaît la République démocratique du Congo, qui génère la crise humanitaire et ses conséquences, il existe trois chocs majeurs.Le premier choc, ce sont les hostilités, donc la guerre. Le deuxième choc, ce sont les pandémies, c’est-à-dire les problèmes sanitaires. Le troisième choc, ce sont les aléas climatiques"a fait savoir Ève Bazaiba Masudi, membre du gouvernement Suminwa.
Selon Ève Bazaiba Masudi, les chiffres arrêtés au 1er décembre 2025 ne correspondent plus à la réalité actuelle sur le terrain. Le plan de réponse humanitaire initial, arrêté à cette même date, visait la prise en charge de 14,9 millions de Congolais en situation de besoin à l’échelle nationale.
"Dans l’ensemble, afin de mener une action humanitaire acceptable, au-delà de 50 %, pour venir en aide à la population congolaise à l’intérieur du pays, nous avions ciblé environ 14,9 millions de Congolais dans le besoin au niveau national. Parmi eux, les plus vulnérables représentaient 7,3 millions de Congolais. Et il nous faut 1,4 milliard de dollars pour leur venir en aide pendant l’année 2026. C’était le 1er décembre, et les conditions reposaient sur l’hypothèse d’une évolution positive vers le processus de paix. Mais aujourd’hui, la situation a dégénéré négativement. Elle s’est aggravée à cause des velléités bellicistes du Rwanda et du M23, et toutes les données ont été bouleversées", a dénoncé la Ministre d'État Ève Bazaiba Masudi
Selon elle, la situation sur le terrain est devenue de plus en plus difficile. Ève Bazaiba Masudi en a profité pour attirer l’attention de la communauté internationale sur la nécessité de porter un regard attentif à la situation humanitaire en République démocratique du Congo.
"Désormais, que ce soit au niveau interne ou externe, la prise en charge des déplacés internes devient de plus en plus difficile, car à chaque coup de feu, il y a des mouvements de population, une déstabilisation, et une vulnérabilité qui s’accentue. J’aimerais que le monde le sache et que l’attention internationale soit attirée sur la République démocratique du Congo, notamment en ce qui concerne le comportement du Rwanda et du M23" a plaidé la Ministre d'État Ève Bazaiba Masudi
Chiffré à 2,54 milliards de dollars américains, le plan de réponse humanitaire 2025 pour la République démocratique du Congo demeure largement sous-financé, alors même que la situation sécuritaire et humanitaire continue de se dégrader et que les besoins ne cessent de croître, particulièrement dans l’Est du pays. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, vendredi 12 décembre dernier, Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix, a révélé qu’à ce jour, ce plan n’est financé qu’à hauteur de 22 %.
Lancé en février 2025 par le gouvernement congolais et la communauté humanitaire, le plan de réponse humanitaire pour la RDC est estimé à 2,54 milliards de dollars. Cette enveloppe vise à fournir une aide vitale à 11 millions de personnes, dont 7,8 millions de déplacés internes, l’un des niveaux les plus élevés au monde, parmi les 21,2 millions de Congolais affectés par des crises multiples, notamment les conflits armés, les catastrophes naturelles et les épidémies.
Par ailleurs, le plan humanitaire des Nations unies pour l’année 2026 cible 87 millions de personnes et nécessite un financement global de 23 milliards de dollars. Annoncée à Genève (Suisse) en décembre 2025, cette projection a résonné comme un signal à la fois politique et financier. Après la suspension de son assistance à l’arrivée de l’administration Trump, les États-Unis ont promis d’allouer deux milliards de dollars aux fonds d’aide gérés par l’ONU, une contribution qualifiée d’" historique " par le chef de l’humanitaire onusien, Tom Fletcher, dans un contexte marqué par des besoins vertigineux et une pénurie persistante de financements.
Toutefois, au-delà des montants annoncés, Washington entend impulser une refonte du modèle humanitaire international. Devenus principal contributeur de départ, les États-Unis appellent désormais les autres capitales à emboîter le pas. Selon les Nations unies, les Émirats arabes unis ont déjà annoncé une contribution de 550 millions de dollars.
Clément MUAMBA