Corneille Nangaa Yobeluo, coordonnateur politique de l’AFC/M23, a accusé réception des messages transmis par l’Angola de João Lourenço et actuellement à la tête de l’Union africaine, tout en réaffirmant l’engagement du mouvement en faveur d’une solution pacifique à la crise sécuritaire qui frappe l’est de la République démocratique du Congo depuis plus de trois décennies.
Alors que Luanda semble revenir dans le jeu diplomatique autour de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC, à travers des rencontres successives avec le président Félix Tshisekedi à Luanda, sans toutefois préciser s’il s’agit d’une nouvelle initiative, la correspondance de Corneille Nangaa, adressée au président en exercice de l’Union africaine, salue les efforts de médiation angolais. Elle met également en avant l’importance des négociations en cours à Doha, sous l’égide du Qatar, avec la participation active de l’Union africaine via le médiateur togolais Faure Gnassingbé, des États-Unis et d’autres partenaires.
"Votre Haute Autorité n'est pas sans savoir que le Gouvernement de la République Démocratique du Congo et l'Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC/M23) sont, l'un comme l'autre, pleinement et résolument engagés, depuis le 30 mars 2024, dans un processus de négociation conduit à Doha, sous l'égide de l'État du Qatar, avec la Co-médiation active de partenaires régionaux et internationaux, notamment les États-Unis d'Amérique, ainsi que de l'Union Africaine, à travers le Médiateur désigné, Son Excellence Monsieur Faure Gnassingbé, Président du Conseil des Ministres de la République du Togo. Ce processus a été engagé dans le but clair et partagé de parvenir à la résolution des causes profondes du conflit par des négociations politiques", a rappelé Corneille Nangaa dans sa correspondance.
Adoption de cinq instruments majeurs et importants
Ce cadre a permis, depuis avril 2025, la signature de cinq instruments clés, considérés comme des acquis "structurants et irréversibles", et appelle à leur préservation. L’ancien président de la centrale électorale affirme que ce processus demeure pleinement en cours et qu’il a, malgré les difficultés inhérentes à toute négociation de cette nature, progressivement et laborieusement abouti à des résultats substantiels, concrets et reconnus.
"En effet, grâce à la constance, à la persévérance, à la neutralité et au professionnalisme de la Médiation, les parties ont pu avancer de manière significative et conclure cinq instruments majeurs à portée internationale, constituant autant de jalons essentiels du processus de paix, à savoir:Le Communiqué conjoint du 24 avril 2025, signé entre l'AFC/M23 et le Gouvernement de la République démocratique du Congo; la Déclaration de principes du 19 juillet 2025; le Mécanisme pour la libération des détenus par les parties du 10 septembre 2025; le Mécanisme de Surveillance et de Vérification du Cessez-le-feu du 14 octobre. 2025; l'Accord-Cadre de Doha pour un accord de paix global, signé le 15 novembre 2025 entre le Gouvernement de la République démocratique du Congo et l'AFC/M23", a fait remarquer Nangaa.
Processus de Doha, un acquis à protéger
Par ailleurs, Corneille Nangaa a rappelé que les processus de résolution des conflits armés sont, par essence, complexes, exigeants et progressifs. Ils requièrent du temps, de la patience, de la constance ainsi qu’une construction graduelle de la confiance. Dans ce cadre, souligne-t-il, chaque avancée, même mesurée, constitue un acquis précieux qu’il convient de préserver.
"À cet égard, les accords conclus à Doha doivent être considérés non comme des étapes secondaires, mais comme des acquis structurants et irréversibles du processus de paix, appelant à être pleinement protégés, consolidés et mis en œuvre. Nous souhaitons également souligner qu'à ce jour, aucune des parties engagées dans le processus de Doha n'a remis en cause ni dénoncé ce cadre de dialogue. Tant le Gouvernement de la République Démocratique du Congo que l'AFC/M23 demeurent formellement et explicitement engagés dans ce processus", a souligné le coordonnateur politique de la rébellion précisant que concomitamment, les Médiateurs et Facilitateurs poursuivent, avec constance, responsabilité et détermination, la mobilisation des efforts, des garanties et des mécanismes nécessaires en vue de l'aboutissement d'un accord de paix global, durable et définitif, au service de la stabilité, de la réconciliation nationale et de la paix régionale.
Les voyages successifs du chef de l’État congolais, Félix Tshisekedi, à Luanda (Angola) auprès de son homologue angolais et président en exercice de l’Union africaine (UA), João Manuel Gonçalves Lourenço, suscitent, dans l’environnement sociopolitique congolais, l’hypothèse d’une nouvelle initiative diplomatique. À ce stade, ni Kinshasa ni Luanda ne confirment toutefois la naissance ou la mise en place d’un nouveau cadre diplomatique justifiant cette démarche, au regard du statut de João Lourenço en tant que président en exercice de l’Union africaine.
Cette dynamique intervient dans un contexte où, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain demeure préoccupante. Kinshasa et Kigali peinent toujours à parler le même langage, tandis que les tensions persistent sur fond d’accusations réciproques de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques, notamment le processus de Washington.
Il en va de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’émir du Qatar entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent également à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés , semblent aujourd’hui au point mort. Cette inertie et ces tergiversations diplomatiques favorisent la poursuite de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales.
Clément MUAMBA