La rébellion de l’AFC/M23 considérée comme un acteur majeur de la crise sécuritaire qui secoue le pays et bénéficiaire militaire du Rwanda selon l’ONU, figure parmi les composantes ayant reçu une invitation pour des consultations de la part de João Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine.
Dans sa réponse consultée dimanche 11 janvier par ACTUALITE.CD, l’AFC/M23 qualifie de louables les initiatives de Luanda, mais se montre prudente et suscite quelques interrogations.
"Nous souhaiterions être éclairés sur la nature exacte de la démarche envisagée, s'agit-il de l'ouverture d'un nouveau processus de négociations, de la mise en place d'un processus parallèle à celui actuellement conduit à Doha, ou d'une initiative complémentaire appelée à s'inscrire dans la continuité et le renforcement du processus de Doha? ; Dans la perspective d'une éventuelle rencontre entre les parties à Luanda, nous souhaiterions également connaître, dans ce cadre précis, le statut qui serait réservé au processus de Doha, ainsi que les modalités envisagées pour son articulation ou son devenir, afin d'éviter toute remise en cause implicite des acquis déjà obtenus", a écrit Corneille Nangaa, Coordonnateur politique de l'AFC/M23.
Le mouvement armé espère obtenir des précisions sur l’éventuelle association de la médiation qatarie à cette rencontre et, le cas échéant, sur le titre et le rôle qu’elle serait appelée à jouer, compte tenu de son implication dans le processus en cours à Doha.
La rébellion dénonce également ce qu’elle qualifie de multiplication des forums de paix de Nairobi à Luanda, puis Doha sans coordination adéquate.
Une telle dynamique, lorsqu'elle n'est pas clairement articulée, est susceptible d'engendrer des chevauchements, des enchevêtrements et parfois des contradictions, au détriment de la clarté, de la cohérence, de la constance et, in fine, de l'efficacité des efforts déployés; de manière plus structurelle, le processus de négociation a souffert, dès ses prémices, d'une instabilité méthodologique et institutionnelle peu propice à la consolidation d'une trajectoire de paix" a fait savoir l'ancien président de la Commission électorale nationale indépendante Corneille Nangaa
Par ailleurs, l’AFC/M23, accuse implicitement Kinshasa de tergiversations et de manipulations récurrentes, tout en plaidant auprès de Lourenço pour une clarification visant à garantir cohérence et efficacité dans la perspective d’une paix durable et d’une stabilité régionale.
"Engagées initialement à Nairobi, les discussions ont été transférées vers Luanda sans concertation formelle préalable avec la partie Kényane, alors même que le processus était en cours. De façon analogue, alors que les échanges se poursuivaient à Luanda, un nouveau déplacement du cadre de négociations vers Doha est intervenu sans information préalable ni coordination avec les autorités angolaises. Par ailleurs, parallèlement au processus de Doha, une demande distincte de médiation américaine a été formulée par le Président Félix Tshisekedi, introduisant ainsi un canal supplémentaire qui n'a pas été formellement intégré au dispositif existant".
Les voyages successifs du chef de l’État congolais, Félix Tshisekedi, à Luanda (Angola) auprès de son homologue angolais et président en exercice de l’Union africaine (UA), João Manuel Gonçalves Lourenço, suscitent, dans l’environnement sociopolitique congolais, l’hypothèse d’une nouvelle initiative diplomatique. À ce stade, ni Kinshasa ni Luanda ne confirment toutefois la naissance ou la mise en place d’un nouveau cadre diplomatique justifiant cette démarche, au regard du statut de João Lourenço en tant que président en exercice de l’Union africaine.
Cette dynamique intervient dans un contexte où, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain demeure préoccupante. Kinshasa et Kigali peinent toujours à parler le même langage, tandis que les tensions persistent sur fond d’accusations réciproques de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques, notamment le processus de Washington.
Il en va de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’émir du Qatar entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent également à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés , semblent aujourd’hui au point mort. Cette inertie et ces tergiversations diplomatiques favorisent la poursuite de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales.
Clément Muamba