BCC : l’or, levier de diversification des réserves nationales dès 2026 et outil de traçabilité d’un des minerais à l’origine des conflits dans l’Est de la RDC

Félix Tshisekedi lors de la signature du contrat ayant abouti à la création des sociétés Primera Gold DRC (or) et Primera Metals DRC (3T). Ph Droits tiers.
Félix Tshisekedi lors de la signature du contrat ayant abouti à la création des sociétés Primera Gold DRC (or) et Primera Metals DRC (3T). Ph Droits tiers.

Malgré ses importantes ressources aurifères, la République démocratique du Congo reste confrontée à des défis structurels. Le secteur est miné par des pratiques frauduleuses, la contrebande, ainsi que le contrôle de certains sites miniers par des groupes armés, tant locaux qu’étrangers. C’est dans ce contexte que le pays s’apprête à constituer des réserves d’or afin de renforcer sa monnaie, le franc congolais, et soutenir son économie, après avoir longtemps produit ce métal précieux sans le conserver comme actif de l’État.

Cette nouvelle stratégie sera mise en œuvre par la Banque Centrale du Congo (BCC). Après avoir annoncé cette ambition en octobre dernier lors de Makutano Talk 2025 et au cours d'un entretien à Bloomberg,  le Gouverneur de la BCC, André Wameso, a confirmé, à l’issue de la réunion du Comité de politique monétaire du jeudi 8 janvier 2026, le lancement effectif du projet dès cette année. L’objectif est de faire de l’or un levier central de diversification des réserves nationales dès 2026.

"J’aurais pu aussi parler de l’or comme priorité pour l’année 2026. D’ailleurs, c’est le cas. Nous sommes dans ce processus-là et nous allons le concrétiser au cours de l’année 2026. Cela fait partie de la stratégie et continue de faire partie de la stratégie de la Banque centrale du Congo : pouvoir diversifier ses réserves en utilisant l’or monétaire, ce qui est d’ailleurs la tendance de toutes les banques centrales dans le monde aujourd’hui", a fait savoir le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo André Wameso

Outre son rôle financier, l’or est également considéré comme un instrument de gouvernance. Pour le numéro un de la Banque Centrale du Congo, André Wameso, l’intégration de l’or artisanal dans les réserves officielles contribuerait à améliorer la traçabilité de ce minerai, souvent cité parmi les facteurs alimentant les conflits dans l’Est du pays. Selon lui, cette nouvelle approche permettra de rationaliser les circuits de commercialisation, de réduire les flux illicites et de limiter l’exploitation informelle qui finance l’insécurité.

"Le fait que le Congo soit un pays producteur d’or s’inscrit pleinement dans cette logique. D’autant plus que si la Banque centrale se met à constituer des réserves d’or en utilisant notamment l’or artisanal, cela contribuera à une meilleure traçabilité de ce minerai, qui fait partie des causes du conflit que nous vivons à l’Est", a souligné le Gouverneur de la Banque centrale du Congo André Wameso.

Dans un contexte de volatilité monétaire, comme l’a toujours défendu son gouverneur, cette initiative permettra de consolider la stabilité du franc congolais et de diversifier les actifs de la politique monétaire nationale. Dans une économie congolaise généralement extravertie, en intégrant l’or dans ses réserves, la Banque Centrale du Congo (BCC) ambitionne de réduire la dépendance aux devises étrangères, principalement le dollar américain, qui domine encore largement les échanges économiques nationaux. Cette diversification des réserves est essentielle pour atténuer les risques liés aux fluctuations des taux de change et pour soutenir une politique monétaire plus autonome. 

En effet, l’or, en tant qu’actif tangible, offre une couverture contre l’inflation et les crises de confiance, renforçant ainsi la crédibilité de la banque centrale. Cette nouvelle réorientation de la BCC intervient dans un contexte marqué par des efforts continus pour l’appréciation de la monnaie nationale depuis septembre jusqu’à décembre 2025. Comparativement à fin décembre 2024, selon la BCC, le franc congolais affiche une appréciation de 30,44 % à l’indicatif et de 24,09 % au parallèle.

Il convient de rappeler que le Comité de politique monétaire (CPM) de la BCC a décidé de poursuivre l’assouplissement de la politique monétaire amorcé au dernier trimestre 2025. Il s’agissait de la principale résolution issue de sa réunion extraordinaire tenue  jeudi 8 janvier 2026 dans ses installations à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo. 

Sur la base de projections indiquant une inflation maîtrisée en 2026, dans un contexte de stabilisation du taux de change et de maintien d’une croissance économique robuste, la BCC a abaissé son taux directeur de 17,5 % à 15,0 %, soit une réduction de 250 points de base. Le taux des facilités de prêt marginales a également été ramené de 21,5 % à 19,0 %. Concrètement, la Banque centrale du Congo a décidé de rendre le crédit moins coûteux afin de relancer l’économie, soutenir les entreprises, favoriser l’emploi et stimuler la croissance, tout en restant prête à ajuster ses instruments de politique monétaire si les conditions l’exigent.

Cette volonté affirmée de la banque des banques d’accompagner la politique économique générale du gouvernement s’inscrit dans le strict respect des dispositions de la loi n° 18/027 du 23 décembre 2018, portant organisation et fonctionnement de la Banque centrale du Congo, et notamment de son article 9, alinéa 2.

Clément MUAMBA