À quelques jours de la rentrée scolaire 2025-2026, les vendeurs de fournitures scolaires se plaignent d’un faible taux de vente de leurs marchandises. Au centre commercial de Birere et au marché central de Virunga, les vendeurs s’inquiètent de constater qu’au lieu de s’améliorer, les ventes ont plutôt baissé comparativement à l’année passée.
La clientèle a fortement diminué, et cela malgré l’interdiction par les nouvelles autorités de la vente des fournitures scolaires au sein des écoles.
« Comme vous pouvez le constater, les ventes sont très faibles. Les rares clients qui viennent n’achètent que quelques cahiers ou stylos, alors qu’avant, on vendait par cartons. De plus, de plus en plus d’écoles obligent les parents à acheter les uniformes, cahiers, stylos et même les tricots directement à l’école, à des prix souvent très élevés. Ce système nous étouffe et empêche les parents de choisir librement où acheter selon leurs moyens », explique Esther Bora Uzima, vendeuse de fournitures scolaires à Birere.
Des parents d’élèves et écoliers de la ville de Goma (Nord-Kivu) se sentent en difficulté pour se procurer les fournitures scolaires, faute de moyens financiers.
Nos sources évoquent une retombée majeure de la situation volatile, marquée par la fermeture des banques et le bouleversement de l’économie, seulement quelques jours avant le début de l'année scolaire.
Quelques-uns rencontrés par ACTUALITE.CD ce jeudi 28 août à seulement trois jours de la rentrée scolaire, redoutent une rentrée effective conformément au calendrier administratif, étant donné que, pour la plupart, rien n’est encore fait.
Ils demandent au gouvernement congolais et à ses partenaires, notamment les ONG, d’apporter une assistance aux enfants qui désirent étudier.
« Vous avez vu, par vous-même, aujourd’hui je viens de payer une petite quantité de fournitures scolaires classiques, et je ne pense pas que cela soit suffisant, surtout avec le nombre d’enfants que j’ai. C’est vraiment compliqué pour nous. Nous n’avons pas d’activités génératrices de revenus. Avec deux ou trois enfants, il est réellement difficile de trouver les moyens. Que le gouvernement et ses partenaires nous aident à rétablir la situation sécuritaire, pour que nos maris puissent retourner au travail », indique Rosine Shamavu, une mère rencontrée alors qu’elle achetait des fournitures scolaires.
Selon les parents, ce désintérêt s’explique par un manque de moyens financiers, les empêchant d’inscrire leurs enfants, d’acheter les fournitures scolaires, les uniformes et autres consommables nécessaires à la réouverture des classes.
Marceline Mwira Nyavingi, un parent interrogé par ACTUALITE.CD, confie n’avoir inscrit aucun enfant, en attendant sa paie qui tarde à arriver depuis la fermeture des banques à Goma.
« Je suis venue acheter des uniformes pour mes enfants, car la rentrée scolaire est prévue pour le lundi 1er septembre. Mais les prix ne sont pas ceux que nous espérions. Certains de mes enfants vont à l’école, mais malheureusement, je n’ai pas pu en inscrire d’autres qui ont pourtant atteint l’âge scolaire, faute de moyens », a-t-elle confié.
La vente des uniformes est également touchée par ce faible engouement. Solange Ananga Nzigire et Kambale Nzanzu Issemwami, vendeurs d’uniformes au marché central de Virunga, pensent que cela s’explique par la crise socio-économique sans précédent que traversent plusieurs parents, une crise qui s’est aggravée depuis l’occupation de la ville de Goma par la rébellion de l’AFC/M23.
« Je vends des cartables pour enfants. Mais les clients ne viennent pas acheter, peut-être qu’ils attendent jusqu’à lundi. La situation socioéconomique actuelle fait que les gens n’achètent plus. Ce sont surtout les clients venus de Rutshuru et de Masisi qui achètent en gros. Avant, nous vendions assez bien, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Apparemment, les parents n’ont pas les moyens, et cela est lié à la crise actuelle, surtout depuis que la ville est tombée aux mains des rebelles. La fermeture des banques joue aussi un rôle important : elle empêche la circulation de l’argent », explique un vendeur.
Les élèves finalistes du secondaire, particulièrement ceux dans l’attente de la publication des résultats de l’examen d’État 2024-2025, doutent également de la reprise effective des cours.
Sans cahiers et dans l’incertitude, les élèves du primaire et du secondaire se disent impatients, mais gardent confiance dans la capacité de leurs parents à trouver une solution d’ici le 1er septembre.
Du côté des professionnels de l’éducation, le malaise est tout aussi visible.
Si le ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté maintient la date du 1er septembre, des syndicalistes nationaux et des enseignants provinciaux posent comme condition une amélioration salariale.
Au Nord-Kivu, plusieurs enseignants, longtemps payés avec des salaires jugés indécents, exigent désormais une revalorisation de leurs revenus.
Dans les territoires de Masisi et Rutshuru, certains rapportent ne pas avoir perçu leurs salaires depuis plus de six mois.
Ils avaient déjà menacé de déclencher une grève sèche pour réclamer le paiement de leurs dus.
Malgré ce faible effectif, les préparatifs administratifs dans plusieurs écoles se poursuivent activement afin d’assurer une rentrée dans les meilleures conditions possibles.
Josué Mutanava, à Goma