Avec ses dreadlocks, un micro à la main, devant un public, avec ou sans ses notes, le slameur congolais Will Poetizia est capable de provoquer différentes émotions grâce à ses mots. Venu de Goma, depuis près d’une année, il s'est installé à Kinshasa. Loin de faire une simple figuration dans le milieu du slam, il organise et participe à des activités pour faire entendre sa voix, celle de la colère d’une âme fugitive.
Les derniers spectacles auxquels Will Poetizia a pris part sont "Au lac de nos larmes" le 17 avril à Wallonie-Bruxelles et "Âme fugitive", le 1er mai dernier au Centre culturel Andrée Blouin ; à mettre également à son actif, une prestation devant les élèves de l’école Mater Vitae dans la commune de Ngaliema. Lors de ces trois apparitions, l’artiste a montré des figures diverses tout en restant aussi poétique.
"Au lac de nos larmes" Est une création résultat des recherches et des interrogations sur la paix dans l’Est de la RDC. L’heure du spectacle a été comme un voyage à bord d’un bateau qui offre une thérapie collective. Car, estime Will, malgré les pleurs, aucune goutte de larmes n'a effacé les douleurs et peines depuis trois décennies. Les larmes ont plutôt créé un lac.
« Le Lac des larmes signifie que nous avons suffisamment pleuré et malgré cela, nous n’avons pas arrêté de le faire. Ces larmes que nous versons continuellement ne sont pas de larmes incolores qui prennent la couleur d’un vase, non ! Ce sont des larmes de sang. Et ce sang a formé cette grande rivière que nous avons appelé le lac des larmes », explique Will Poetizia à ACTUALITÉ.CD
Donnant sa réflexion autour de la question ô combien sensible de l’insécurité dans l’Est congolais, l’artiste slameur pense que la paix seule ne suffit pas après la guerre, mais qu’elle soit basée sur une cohabitation pacifique. « Tout ira bien si nous cohabitons de manière pacifique », souligne-t-il. « Nous n’avons pas besoin de paix, nous avons besoin de cohabiter car la paix après la guerre est une guerre à venir ».

Le travail artistique de Will s’inspire de la perte de la culture de la lecture dans sa ville natale, Kisangani, et voit dans le slam un moyen d’éveiller les consciences tout en redonnant à sa communauté une voix artistique. Depuis qu’il s’est professionnalisé dans ce domaine, il porte des messages forts ancrés dans le quotidien et les luttes de son environnement.
« Nous nous exprimons à la place de ceux qui ne parlent plus, ceux qui sont partis avec toute leur pensée dans le cœur et nous nous devons d’honorer leur combat , leur lutte », confie Will Poetizia.
Au centre culturel Andrée Blouin, Will a montré un visage plus convivial avec une bonne partie des textes interprétés tournant autour de l’amour. Des jeux des mots et de la sincérité ont retenu l’attention de la trentaine de personnes constituant le public de la soirée. Entre improvisation et communion avec les participants, en cette journée des travailleurs, Will a présenté une partie de son album "Âme fugitive".
De son vrai nom William Makela alias Will Poetizia fait ses premiers pas dans la poésie en 2015, mais c’est en 2018 qu’il se tourne vers le slam, un art qu’il adopte pour mieux exprimer ses émotions et les réalités de sa société. Conscient des nombreux défis auxquels il est confronté, Will Poetizia garde pourtant foi en son art et reste déterminé à en vivre. Il préfère parler de “défis” plutôt que de “difficultés”, et rêve de transmettre sa passion aux jeunes talents de la RDC.
Fier ambassadeur de Kisangani et de la province de la Tshopo, il a représenté sa région dans quelques festivals à l’échelle nationale et internationale. Optimiste et engagé, il multiplie aujourd’hui les projets pour faire rayonner le slam congolais tout en incitant les jeunes à croire en eux et à persévérer.
Kuzamba Mbuangu