La mise en œuvre de l’Accord de paix de Washington, signé le 27 juin 2025 entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sous les auspices des États-Unis, a enregistré un léger recul entre août et octobre 2026. Selon le rapport d’évaluation du Baromètre des Accords de Paix en Afrique (BAPA), consulté ce lundi 2 novembre, le taux global d’exécution de l’accord s’établit à 33,3 % à la fin du mois d’octobre contre 35 % à la fin du mois de juillet, soit une baisse de 1,7 point de pourcentage.
Cette évolution concerne également les engagements individuels des deux pays. Le taux d’exécution des engagements de la RDC est passé de 31,7 % à 30,8 %, tandis que celui du Rwanda a diminué de 30,6 % à 29,5 %. Le rapport du BAPA attribue cette régression à plusieurs facteurs, notamment la poursuite des hostilités dans l’est de la RDC, les divergences persistantes sur la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), le désengagement des forces et la levée des mesures défensives du Rwanda.
Les capacités limitées de vérification, la détérioration des relations politiques et sécuritaires, ainsi que les difficultés d’accès humanitaire figurent également parmi les obstacles relevés.
"Sur le plan de l’évaluation, la diminution du score global résulte principalement de la révision à la baisse du niveau d’exécution de deux tâches de planification relatives à ces engagements sécuritaires. Une autre préoccupation majeure réside dans l’implémentation incomplète de l’Ordre d’opérations (OPORD), élaboré en septembre 2025 et dont l’exécution devait débuter en octobre 2025. L’OPORD visait à traduire le Concept d’opérations (CONOPS) en actions opérationnelles coordonnées sur le terrain", explique le rapport.
À la suite de l’examen, par la RDC et le Rwanda, des progrès accomplis au titre de la phase 1 en novembre 2025, notamment le partage de renseignements sur les emplacements des FDLR et la campagne de sensibilisation menée par la RDC pour encourager leur désarmement, la mise en œuvre de la phase 2, portant sur la planification des opérations visant à neutraliser les FDLR et sur la levée des mesures défensives du Rwanda, est demeurée entravée par des désaccords sur le séquencement des opérations, les mécanismes de vérification et l’évolution de la situation sécuritaire.
"Ces difficultés ont soulevé des interrogations quant à l’adéquation de l’OPORD aux réalités du terrain. Lors de la sixième réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM), tenue en août 2026, les représentants des deux parties ont envisagé un réexamen du processus de planification opérationnelle afin de remédier aux obstacles persistants à la traduction du cadre de sécurité convenu en actions coordonnées et vérifiables", précise le rapport.
Bien que la conférence du JSCM consacrée à l’OPORD, tenue du 20 au 22 octobre 2026, ait permis de faire avancer les travaux de finalisation du projet révisé, aucune nouvelle version de ce document n’avait été officiellement approuvée au 31 octobre 2026. L’absence d’un plan actualisé et opérationnellement viable, définissant clairement les responsabilités, fixant des échéances réalistes, établissant des jalons mesurables et prévoyant des mécanismes de vérification crédibles, a continué d’entraver la mise en œuvre des engagements sécuritaires.
Dans cette perspective, le cadre d’évaluation du BAPA a conduit à réviser à la baisse les scores attribués à deux tâches relatives à la mise en œuvre du plan harmonisé de neutralisation des FDLR et du plan harmonisé de désengagement des forces et de levée des mesures défensives du Rwanda.
"Chacune de ces tâches est passée de 7,5 points sur 10 (exécution intermédiaire) à 5 points sur 10 (exécution minimale). Ces révisions traduisent une détérioration de l’état d’avancement évalué de ces deux tâches de planification, dont le niveau d’exécution est retombé en deçà du seuil correspondant à une exécution intermédiaire, sans signifier nécessairement que les obligations de fond correspondantes ont connu une détérioration équivalente. En effet, la neutralisation effective des FDLR, ainsi que le désengagement effectif des forces et la levée des mesures défensives du Rwanda font l’objet d’évaluations distinctes, fondées sur les éléments probants disponibles pour chacune de ces obligations".
Malgré la signature de l’Accord de paix de Washington et l’existence du processus de Doha, la situation n’évolue pas sur le théâtre des opérations. Les hostilités se poursuivent entre les forces de Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda et devenue le Front pour la refondation de la nation (FRN), avec Joseph Kabila à sa tête. Les accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et les interprétations divergentes des engagements pris compliquent la mise en œuvre des initiatives diplomatiques et continuent d’alimenter la méfiance entre Kinshasa et Kigali.
Clément MUAMBA