Après une première phase ayant bénéficié à 654 femmes, Expertise France annonce une deuxième cohorte de 600 entrepreneures dans le cadre du projet « Pour Elles », financé par l’Agence française de développement (AFD). À Kinshasa, les responsables du programme et leurs partenaires ont également évoqué la mise en place d’un mécanisme de recyclage des financements et la nécessité de s’attaquer aux obstacles structurels qui freinent encore l’entrepreneuriat féminin en RDC.
La promotion de l’entrepreneuriat féminin était au centre des échanges organisés mardi 15 septembre à Kinshasa entre Expertise France, des structures d’accompagnement et plusieurs entrepreneures soutenues dans le cadre du projet « Pour Elles ». La rencontre s’est tenue à l’occasion de la visite en République démocratique du Congo de Jérémie Pellet, directeur général d’Expertise France, accompagné d’Aurélie Delaroche, directrice déléguée de l’agence.
Mis en œuvre avec plusieurs partenaires congolais et financé par l’Agence française de développement, le projet cherche à renforcer la participation des femmes à l’activité économique, en agissant notamment sur leur accès aux compétences, aux financements et aux réseaux professionnels.
« Depuis fin 2023, nous avons progressivement construit cette intervention à l’aide de nos partenaires », a expliqué Florence Douaze, directrice pays d’Expertise France en RDC.
La première phase du programme a permis, selon elle, d’accompagner 654 femmes entrepreneures, dont environ 300 bénéficiaires de subventions, avec l’implication de 11 structures d’accompagnement dans trois zones d’intervention en RDC.
Au-delà du financement, agir sur les obstacles sociaux
Pour Expertise France, l’accompagnement financier ou le renforcement des compétences ne suffisent toutefois pas à eux seuls à améliorer durablement les trajectoires entrepreneuriales des femmes.
Florence Douaze souligne l’influence de plusieurs facteurs, notamment les responsabilités familiales, les normes sociales, l’accès aux réseaux professionnels, la confiance en soi ou encore la perception de la place des femmes dans l’économie.
« L’accès aux compétences ou aux sciences ne suffit pas toujours, parce que les normes sociales, les responsabilités familiales, l’accès au réseau professionnel, la confiance en soi ou encore la représentation de la place des femmes dans l’économie influencent très fortement et directement leur trajectoire entrepreneuriale », a-t-elle déclaré.
Cette approche élargie se traduit par des interventions portant également sur les stéréotypes de genre, la production de connaissances et la mise en place d’un observatoire de l’entrepreneuriat féminin durable.
600 nouvelles entrepreneures et un mécanisme de recyclage des fonds
La deuxième phase du projet doit désormais s’appuyer sur les enseignements tirés de la première expérience.
« Maintenant, c’est une deuxième cohorte de 600 femmes entrepreneures qui va être accompagnée », a annoncé Florence Douaze.
Cette nouvelle étape doit également introduire un mécanisme de recyclage des fonds issus des prix d’honneur accordés aux bénéficiaires. Expertise France souhaite que les remboursements puissent être réinvestis au profit d’autres entrepreneures.
« Nous souhaitons expérimenter le recyclage des fonds qui est issu des prix d’honneur, afin que les remboursements puissent être réinvestis au bénéfice d’autres entrepreneurs pour qu’un cercle vertueux se mette en place », a expliqué la directrice pays.
L’objectif affiché est ainsi de permettre aux ressources mobilisées dans le cadre du programme de bénéficier successivement à plusieurs porteuses de projets, plutôt que de limiter leur utilisation à une seule cohorte.
L’Anadec veut davantage structurer l’écosystème entrepreneurial
La question de la structuration de l’écosystème entrepreneurial congolais a également occupé une place importante dans les échanges.
Partenaire du projet « Pour Elles », l’Agence nationale de développement de l’entrepreneuriat congolais (Anadec) travaille avec Expertise France autour de son plan de transformation.
Son directeur général, le professeur Godefroy Kizaba, a expliqué que l’ambition de l’Anadec est de faire évoluer son rôle : d’une institution principalement tournée vers la délivrance de services, elle entend devenir un acteur capable d’organiser, de structurer et de garantir la qualité de la formation et de l’accompagnement entrepreneurial à l’échelle nationale.
Plusieurs difficultés restent toutefois à surmonter, notamment l’accès au financement, les lourdeurs administratives et le déficit de services d’appui technique de qualité. La résilience des petites et moyennes entreprises, considérées comme des acteurs importants de la croissance et de la création d’emplois, constitue également un enjeu.
Expertise France cherche à préciser sa valeur ajoutée en RDC
Pour Expertise France, la nouvelle phase de « Pour Elles » doit aussi permettre de mieux définir la contribution de l’agence à la structuration de l’écosystème entrepreneurial congolais.
« Cette nouvelle phase doit aussi nous permettre de mieux identifier ce que constituerait demain pour nous la valeur ajoutée d’Expertise France dans cet écosystème en RDC », a indiqué Florence Douaze.
Près d’une dizaine d’entrepreneurs soutenus par l’agence ont par ailleurs pris part aux échanges pour présenter leurs expériences et revenir sur différents projets consacrés à la promotion de l’entrepreneuriat féminin.
La rencontre s’inscrit dans le cadre de la visite en RDC de Jérémie Pellet, du 14 au 16 septembre 2026. Accompagné d’Aurélie Delaroche, il effectue cette visite notamment pour mettre en lumière l’engagement d’Expertise France aux côtés des autorités congolaises et les interventions de l’agence dans le renforcement des compétences scientifiques, techniques et sanitaires dans le pays.
James Mutuba