Alors qu’elle fait face, depuis quelques jours, à des attaques et à des allégations de mauvaise gestion dans le processus de mobilisation et de collecte des recettes publiques de l’État, la Banque Centrale du Congo (BCC) a décidé de monter au créneau. Elle rejette les allégations faisant état de suppressions ou de manipulations de recettes de l’État dans la plateforme ISYS-RÉGIES, un « outil de gestion automatisé pour la récolte des recettes ». La BCC rassure que les opérations enregistrées sont traçables et qu’aucune transaction validée ne peut être modifiée ou supprimée dans le cadre de ce processus « stratégique » et « sensible » de collecte des recettes en République démocratique du Congo.
La Banque Centrale du Congo (BCC) réagit ainsi aux informations récemment diffusées sur les réseaux sociaux concernant certaines opérations enregistrées dans la plateforme ISYS-RÉGIES. Les préoccupations soulevées portent notamment sur de prétendues suppressions de recettes de l’État, des modifications de dates d’enregistrement ainsi que des écarts entre les données d’ISYS-RÉGIES et celles du système NAVISION de la Banque centrale.
Dans un communiqué publié jeudi 10 septembre 2026 et dans le cadre de la redevabilité visant à « éclairer l’opinion publique » la BCC assure que son système est sécurisé et que les opérations qui y sont effectuées peuvent être retracées.
« S’agissant de la fiabilité du système, il y a lieu de rappeler que la plateforme a été mise en place depuis 2021 par la Banque Centrale du Congo, avec l’accompagnement de l’Agence française de développement (AFD) et la participation du Gouvernement à travers le ministère des Finances (CTR, régies financières). En outre, le système est sécurisé et son accès est réservé exclusivement aux détenteurs des codes d’accès délivrés par la BCC. Toutes les actions posées dans le système, y compris les paiements des recettes, sont historisées et traçables. Après validation de l’opération, il n’y a aucune possibilité de modification ni de suppression, aussi bien par la Banque Centrale, par les banques commerciales que par la CADECO », renseigne d’entrée de jeu la Banque Centrale du Congo
Abordant le point relatif aux écarts observés entre les données d’ISYS-RÉGIES et celles de NAVISION, la Banque Centrale du Congo précise qu’ils concernent généralement les opérations réalisées par la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO), qui n’est pas membre de la chambre de compensation de la BCC, et qu’ils ne traduisent pas une disparition des recettes de l’État.
Sur ce point, la Banque Centrale du Congo rassure quant à l’existence d’un cadre de conciliation des recettes de l’État, constitué de représentants des différents secteurs, permettant notamment le partage de l’information afin d’assurer une meilleure coordination dans la collecte des recettes publiques.
« Pour ce qui est des écarts des chiffres observés entre les données d’ISYS-RÉGIES et celles de NAVISION, ils concernent généralement les opérations réalisées par la CADECO, qui n’est pas membre de la chambre de compensation de la BCC, et ne traduisent pas une disparition des recettes de l’État. À ce propos, il existe un cadre de conciliation des recettes de l’État constitué des représentants du Cabinet du ministre des Finances, des régies financières, de la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP) et de la Banque Centrale du Congo. Les conclusions des travaux de conciliation des chiffres sont sanctionnées par des procès-verbaux signés par toutes les parties, dont la Direction Générale des Impôts (DGI), qui y participe activement », a fait remarquer la Banque Centrale du Congo.
S’agissant spécifiquement des écarts, la Banque Centrale du Congo évoque également un processus de partage d’informations destiné à assurer une meilleure traçabilité des recettes publiques.
« La traçabilité et le contrôle des recettes font l’objet d’un suivi régulier. La Banque Centrale du Congo met quotidiennement à la disposition des délégués des régies financières des reportings retraçant les recettes comptabilisées au Compte Général du Trésor. Tout écart constaté fait l’objet de discussions au sein du cadre de conciliation », ajoute la Banque Centrale du Congo.
Poursuivant son argumentaire, la banque mère congolaise rassure une nouvelle fois que les opérations d’encaissement des recettes de l’État sont effectivement enregistrées dans les systèmes d’information de la Banque et ne subissent aucune manipulation. La BCC en profite pour réaffirmer sa franche collaboration avec le ministère des Finances, ministère de tutelle des régies financières en RDC.
« La Banque Centrale du Congo tient ainsi à rassurer l’opinion publique que toutes les opérations d’encaissement des recettes de l’État sont effectivement enregistrées dans les systèmes d’information de la Banque et ne subissent aucune manipulation. Les travaux mensuels de conciliation permettent ainsi de garantir leur exactitude et leur conformité. La Banque Centrale du Congo réaffirme son engagement à poursuivre, en collaboration avec le ministère des Finances, les régies financières et les autres parties prenantes, les efforts engagés dans le cadre des opérations de mobilisation des recettes publiques », a affirmé la Banque Centrale du Congo.
Rappelons qu’au mois de février 2021, l’Agence française de développement et le ministère des Finances de la RDC ont signé une convention de 12,5 millions d’euros destinée à prolonger le renforcement de la chaîne des recettes de l’État par la numérisation et l’interconnexion des régies financières. Ce projet avait pour objectif de poursuivre le déploiement des logiciels dans les services déconcentrés des régies financières, de renforcer les infrastructures supportant ce système informatique et de déployer un progiciel de gestion intégrée pour la Direction Générale des Impôts.
Le projet de gouvernance financière portant sur l’interconnexion des régies financières correspondait à une deuxième phase d’un projet débuté en 2014, financé dans le cadre du premier Contrat de désendettement et de développement (C2D), et qui s’est achevé en décembre 2020. La première phase avait permis de renforcer les infrastructures techniques des trois régies financières du ministère des Finances de la RDC: la Direction Générale des Impôts (DGI), la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) et la Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de Participations (DGRAD), de doter la DGRAD d’un logiciel de gestion intégrée, de mettre en place le logiciel ISYS-RÉGIES, qui vise à dématérialiser la procédure d’encaissement des recettes, de déployer un entrepôt de données et de former les utilisateurs à ces différents logiciels.
Cette deuxième phase visait à pérenniser les acquis en complétant la gamme d’outils informatiques dont disposent les régies financières, en formant davantage d’agents et en étendant le déploiement des applications à de nouvelles provinces.
Clément MUAMBA