Invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala au lendemain du renvoi de Semlex et de 14 prévenus devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, Jean-Claude Mputu, porte-parole de la coalition Congo n'est pas à vendre (CNPAV), est longuement revenu sur les zones d'ombre entourant la reconduction du contrat congolais des passeports biométriques, allant jusqu'à établir un parallèle direct avec le dossier dit « RAM », qu'il présente comme la déclinaison actuelle du même système.
Selon Jean-Claude Mputu, l'année 2020 a constitué un tournant dans le dossier Semlex : le contrat initial, signé pour cinq ans, arrivait à échéance, et la CNPAV avait alors réclamé au gouvernement congolais son annulation devant le tribunal de commerce plutôt que son renouvellement. Faute d'anticipation de la part des autorités, qui se sont retrouvées, selon lui, dans l'incapacité d'assurer la production de nouveaux passeports en fin d'année 2020, le gouvernement a finalement négocié, à l'insu du public, la reconduction du contrat pour un an avec la filiale congolaise de Semlex, Locosem. Mputu évoque à ce sujet un climat d'« amateurisme au sommet de l'État ».
La seule concession obtenue à l'époque par la société civile a été une baisse du prix du passeport, de 185 à 100 dollars, une mesure qui, selon le porte-parole de la CNPAV, avait suffi à apaiser la colère populaire sans que cela ne remette en cause le fond du problème : une entreprise visée par de graves soupçons de corruption continuait de percevoir de l'argent public congolais.
Point central de son intervention : malgré les demandes répétées de la CNPAV, le contrat renégocié en 2020 n'a jamais été rendu public, et ses clauses demeurent à ce jour inconnues. Autre élément qu'il juge révélateur, la reconduction initialement prévue pour un an s'est en réalité prolongée jusqu'à l'année dernière, Semlex ayant continué à produire les passeports congolais durant cette période, alors même que des soupçons de corruption avaient été reconnus, y compris par des membres du gouvernement eux-mêmes, selon Mputu. Un nouveau contrat aurait par ailleurs été signé l'an dernier, dans les mêmes conditions d'opacité, dont les termes restent également inconnus.
Interrogé sur la possibilité de parler d'une rupture sous la présidence de Félix Tshisekedi par rapport à l'ère Kabila, Jean-Claude Mputu s'y refuse. Pour lui, une véritable rupture aurait supposé non seulement la résiliation et l'audit du contrat, mais aussi le renvoi des responsables devant la justice, à l'image de ce que vient de faire la justice belge. En l'absence de ces mesures, il ne constate qu'une continuité du système, marquée selon lui par davantage de retenue mais la même opacité persistante.
C'est dans ce contexte qu'il établit le parallèle avec l'affaire RAM, qu'il décrit comme l'équivalent contemporain du scandale Semlex : là où l'argent des passeports aurait servi à enrichir une élite au détriment des citoyens congolais, le dossier RAM verrait, selon lui, l'État congolais puiser directement dans l'argent des téléphones des Congolais, sans justification. Une pratique qu'il qualifie d'inacceptable et qui illustre, à ses yeux, la persistance d'un même système de captation des ressources publiques.
Mputu veut voir dans le procès bruxellois une occasion d'éclairer précisément ce qui s'est joué entre 2020 et 2025, période durant laquelle Semlex a continué d'opérer au Congo dans le prolongement du contrat originel. Il précise toutefois que le combat de la CNPAV ne se limite pas à ce seul dossier : plusieurs plaintes pour corruption concernant des affaires plus récentes ont été déposées auprès de la justice congolaise, sans suite à ce jour, selon lui. Il interpelle directement le ministre de la Justice, pointant la contradiction entre la création d'une agence présidentielle de lutte contre la corruption et l'absence de traitement judiciaire des dossiers transmis.