66 ans d'indépendance: "la paix ne peut être ni une mise entre parenthèses de la vérité, ni une récompense accordée à ceux qui prennent les armes contre la République"(Félix Tshisekedi)

Photo d'illustration
Félix Tshisekedi devant les membres de l'Union sacrée

Dans son discours à la Nation prononcé à la veille de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi est revenu sur les efforts diplomatiques engagés pour mettre fin au conflit dans l'est du pays, notamment l'Accord de Washington conclu avec Kigali sous les auspices des États-Unis d'Amérique, ainsi que le processus de Doha, qui porte sur les discussions entre Kinshasa et l'AFC/M23 sous la médiation de l'État du Qatar, avec l'appui de l'Union africaine.

Cette commémoration, qui coïncide avec le premier anniversaire du lancement de ces initiatives diplomatiques, notamment de l'Accord de Washington, a été l'occasion pour le chef de l'État de réaffirmer l'engagement de la République démocratique du Congo en faveur d'une paix durable, tout en rappelant que celle-ci ne saurait se construire au détriment de la souveraineté nationale. Il a également souligné que les avancées diplomatiques enregistrées au cours de l'année écoulée avaient permis de replacer la crise dans l'est de la RDC au cœur des préoccupations régionales et internationales.

"L'année dernière, à la même période, je m'adressais à vous au lendemain d'avancées diplomatiques importantes, notamment dans le cadre de l'Accord de Washington et des discussions de Doha. Ces démarches avaient ouvert une espérance et replacé la tragédie congolaise au cœur des agendas régionaux et internationaux. Elles ont surtout consacré une vérité essentielle aucune paix durable dans la région des Grands Lacs ne peut se bâtir contre la souveraineté de la République démocratique du Congo, ni au détriment de la dignité de son peuple", a déclaré ce lundi 29 juin 2026 le chef de l'État Félix Tshisekedi

En sa qualité de garant de la Nation et du bon fonctionnement des institutions de la République, le président Félix Tshisekedi a défendu le choix de la diplomatie, estimant qu'il traduit une volonté de responsabilité plutôt qu'un signe de faiblesse. S'agissant des différents processus de paix, le chef de l'État a insisté sur la nécessité d'obtenir des résultats concrets.

"Le choix de la diplomatie n'a jamais été un signe de faiblesse. Il fut le choix de la responsabilité, de la maîtrise et de la recherche, par tous les moyens légitimes, de la fin des souffrances imposées à nos populations.  Les Accords de Washington, les discussions de Doha et les engagements de Montreux n'ont de sens que s'ils produisent des résultats concrets, vérifiables et irréversibles:le silence des armes, la fin de tout soutien aux groupes armés, le retrait effectif des forces étrangères non invitées, le désarmement des combattants, le retour digne et sécurisé des déplacés et des réfugiés, la protection des civils, la restauration de l'autorité de l'État, la justice pour les victimes et des garanties crédibles de non répétition", a soutenu Félix Tshisekedi. 

Réaffirmant la disponibilité de la RDC à poursuivre les discussions, Félix Tshisekedi a toutefois fixé les lignes rouges de son gouvernement. Le président a néanmoins averti que la recherche de la paix ne pouvait se faire au prix de concessions sur les principes fondamentaux de l'État.Votre texte était déjà correct. 

"La République démocratique du Congo reste engagée en faveur de la paix. Elle respecte sa parole, honore ses engagements et demeure ouverte au dialogue lorsqu'il est sincère, équilibré et conforme aux intérêts fondamentaux de la Nation mais la paix ne peut être ni une mise entre parenthèses de la vérité, ni une récompense accordée à ceux qui prennent les armes contre la République, encore moins un compromis sur notre souveraineté, notre justice ou notre intégrité territoriale", a-t-il insisté dans son discours

Pour le chef de l'État, la paix recherchée par la RDC doit être fondée sur la justice, le respect des frontières et la restauration de l'autorité de l'État. Félix Tshisekedi a également salué l'appui de plusieurs partenaires internationaux aux efforts de paix de la République démocratique du Congo.

"La paix que nous recherchons est une paix juste : une paix qui respecte les frontières, restaure l'autorité de l'État, sanctionne les crimes et transforme nos ressources naturelles en instruments de développement, non en carburant de guerre. C'est cette paix-là que nous voulons. C'est cette paix-là que nous défendrons. Je remercie nos partenaires qui accompagnent ces efforts notamment les États-Unis, le Qatar, l'Union africaine, les Nations Unies, la SADC, l'EAC, la CIRGL ainsi que d'autres pays engagés dans la recherche d'une solution durable au conflit dans la région des Grands Lacs", a indiqué Félix Tshisekedi

Ce discours de Félix Tshisekedi intervient alors que, malgré l’existence de l’Accord de Washington et la tenue successive de réunions d’évaluation, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer. Des tensions persistent également entre Kinshasa et Kigali, chaque camp interprétant à sa manière les dispositions de l’Accord de Washington, ce qui rend sa mise en œuvre complexe et difficile, une année après sa signature au niveau ministériel.

Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC)/M23, soutenue par le Rwanda, peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés.

Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.

Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu’à présent, sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage incertaine.

Clément MUAMBA