Au-delà de sa portée patriotique, cette phrase de l’hymne national congolais exprime une conception exigeante de l’indépendance : la liberté n’est pas seulement un acquis historique, mais un engagement permanent transmis de génération en génération.
Le 30 juin de chaque année, les Congolais entonnent Debout Congolais, l’hymne national de la République démocratique du Congo. Parmi ses vers, un a retenu notre attention : « Serment de liberté que nous léguons à notre postérité ». Souvent chantée lors des cérémonies officielles sans faire l’objet d’une réflexion approfondie, cette phrase concentre pourtant une vision politique et historique de la nation congolaise.
Elle rappelle que l’indépendance n’a jamais été pensée comme un simple changement de statut juridique ou administratif.
Pour Nick Elebe ma Elebe, juriste, analyste des politiques publiques, défenseur des droits de l’homme et écrivain, cette phrase rappelle que les artisans de l’indépendance n’ont jamais considéré le 30 juin 1960 comme un point d’arrivée.
« Pour les pères de l’indépendance, il était clair que le 30 juin 1960 n’était pas la fin de la lutte, mais son commencement ; pas la fin de la guerre, mais la victoire d’une longue bataille », explique-t-il.
Un serment plutôt qu’un simple héritage
Le choix du mot « serment » n’est pas anodin. Contrairement à un héritage matériel, qui se transmet automatiquement, un serment implique une responsabilité morale. Il oblige celui qui le reçoit.
En évoquant un « serment de liberté », les auteurs de l’hymne placent chaque génération devant une mission : préserver l’indépendance, défendre la souveraineté nationale et poursuivre la construction d’un État capable de garantir la dignité de ses citoyens.
Pour le juriste, l’indépendance politique ne pouvait produire tous ses effets sans une véritable appropriation des responsabilités nationales.
« La réalisation du Congo de leurs espoirs et des nôtres n’est pas qu’incantatoire. Elle est travail, discipline, constance, persévérance et responsabilité à pratiquer, à enseigner et à perpétuer », souligne Nick Elebe ma Elebe.
À ses yeux, cette lecture demeure pleinement actuelle. Plus de six décennies après l’accession du pays à la souveraineté, la République démocratique du Congo continue de relever des défis liés à la gouvernance, à la consolidation de l’État de droit, au développement économique et à la préservation de son intégrité territoriale.
Dans ce contexte, estime Massimbo Mufaji Kilobo, analyste politique et militant panafricaniste, le « serment de liberté » contenu dans l’hymne national conserve toute sa portée.
« Il nous rappelle que la liberté ne se résume pas à un événement historique célébré chaque année. Elle se construit chaque jour par le sens du devoir, l’engagement citoyen et la responsabilité collective », affirme-t-il.
Pour lui, l’expression « que nous léguons à notre postérité » traduit enfin une responsabilité intergénérationnelle. « Les pionniers de l’indépendance ne transmettaient pas uniquement un État devenu souverain, mais aussi la mission de bâtir un Congo plus juste, plus fort et plus prospère », poursuit-il.
La République démocratique du Congo continue de faire face à des défis majeurs : conflits armés dans l’Est, consolidation de l’État de droit, gouvernance, développement économique, lutte contre la corruption ou encore valorisation de son immense potentiel humain et naturel.
Plus de six décennies après l’accession à la souveraineté, cette promesse de pères de l’indépendance demeure un horizon. Elle rappelle que l’indépendance ne se célèbre pas uniquement dans la mémoire, mais qu’elle se mesure aussi à la capacité de chaque génération à faire progresser la justice, la responsabilité, le développement et la dignité nationale.
James Mutuba