Le Fonds spécial de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO) est au centre de vives contestations en République démocratique du Congo, notamment entre Kisangani et l’Ituri, où des organisations de la société civile dénoncent une gestion jugée déséquilibrée et peu transparente.
Créé pour mettre en œuvre l’arrêt de la Cour internationale de Justice (CIJ) de 2022 relatif aux crimes commis lors des conflits armés en RDC, le FRIVAO est censé indemniser les victimes des exactions attribuées à l’Ouganda. Mais sa mise en œuvre suscite aujourd’hui des critiques croissantes dans plusieurs provinces concernées.
À Kisangani, épicentre historique des violences de la guerre dite des “Six jours”, plusieurs voix s’élèvent depuis plusieurs mois pour dénoncer des retards dans le processus d’indemnisation.
Des acteurs de la société civile évoquent des lenteurs dans les paiements, des interruptions dans le processus de distribution des fonds, ainsi qu’un manque de clarté dans la gestion globale du mécanisme.
Certains dénoncent également une opacité persistante dans l’exécution financière du programme, alimentant la frustration des victimes qui estiment que la réparation tarde à se concrétiser malgré les annonces officielles.
En Ituri, la contestation prend une autre dimension. Des organisations de défense des droits humains et de la société civile dénoncent la délocalisation de la gestion opérationnelle du FRIVAO vers Kisangani, qu’elles considèrent comme un facteur d’exclusion des victimes ituriennes.
Selon ces acteurs, cette centralisation complique l’accès des bénéficiaires au processus d’indemnisation et accentue un sentiment d’injustice dans une province déjà marquée par de multiples violences armées.
Pour eux, l’esprit de l’arrêt de la CIJ devrait garantir une prise en charge équitable de toutes les victimes concernées, sans discrimination géographique dans la gestion du fonds.
Face à cette situation, la société civile appelle à une réforme profonde du mécanisme de gestion du FRIVAO, avec davantage de transparence, de proximité et d’équité dans le traitement des dossiers.
Marc Djeta, coordonnateur de l’ONGDH APDF, appelle à une mobilisation des populations et des autorités locales pour exiger des changements.
"Il est temps que les victimes soient réellement prises en compte. Nous appelons toute la population iturienne, y compris les élus, à se mobiliser pour que justice soit faite", a-t-il déclaré.
Le FRIVAO, censé incarner une réponse historique aux crimes du passé, est aujourd’hui au cœur d’une double crise de confiance : à Kisangani sur la gestion et la transparence, et en Ituri sur l’équité territoriale.
Sans réforme structurelle, les tensions actuelles risquent de transformer un mécanisme de justice réparatrice en un nouveau foyer de frustration sociale et politique.
Freddy Upar, à Bunia