Etat de siège en Ituri : trois activistes arrêtés et jugés par un tribunal militaire à Bunia après réclamation de l’accès à l’eau potable

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Olivier Sefu Anjisina, Jackson Kambale Odo et Joachim Kamate Paluku sont trois militants du mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA) détenus depuis le 12 mars à la prison centrale de Bunia, pour « atteinte à la sécurité de l’État », après leur participation à une marche pacifique de réclamation de l’amélioration de l’accès à l’eau potable dans la ville de Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri. 

D’après un rapport de l’Organisation internationale des droits de l’homme, Human Rights Watch, qui a tiré la sonnette d'alarme, ces trois jeunes activistes sont désormais jugés par un Tribunal militaire de Bunia, qui rendra son verdict au cours de cette semaine. Elle dénonce une « infraction vague et trop générale fréquemment utilisée pour réprimer la dissidence ».

« Les militants ont été arrêtés le 12 mars 2026 après avoir organisé une manifestation pacifique pour réclamer l’accès à l’eau potable, un service essentiel qui reste très limité dans de nombreuses régions de l’est de la RD Congo. Les activistes avaient informé les autorités locales de la manifestation prévue trois jours plus tôt », dit HRW. 

L’organisation souligne que depuis l’instauration de l’état de siège en 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, les civils sont jugés par des tribunaux militaires, en contradiction de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, pour laquelle «les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas avoir compétence sur des civils ». 

« Ces arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant la société civile et d’autres voix critiques dans l’est de la RD Congo. Les défenseurs des droits humains et les militants de groupes tels que la Lucha sont depuis longtemps victimes de harcèlement, de détentions arbitraires et d’intimidations judiciaires en raison de leur travail », alerte-t-elle. 

Par ailleurs, HRW critique le maintien de l’état de siège dans l’Est de la RDC qui, d’après elle, « n’a pas mis fin aux atrocités commises dans l’est de la RD Congo, il a au contraire été utilisé pour réprimer les droits des citoyens à la liberté de réunion pacifique, à la liberté d’expression et à une justice équitable ».

Elle appelle à cet effet les autorités congolaises à abandonner toutes les poursuites engagées contre les militants et à veiller à leur libération immédiate. In fine, HRW invite le président Tshisekedi de « lever les restrictions abusives imposées à l'espace civique sous prétexte de l'état de siège et révoquer le pouvoir des tribunaux militaires de juger des civils, conformément aux normes en matière de droits humains ».

Samyr LUKOMBO