Lors de la session du Conseil de sécurité des Nations Unies mercredi 8 avril consacrée à la réflexion sur le renforcement de la sûreté et de la sécurité du personnel humanitaire, du personnel des Nations Unies et du personnel associé, ainsi que de leurs locaux et de leurs opérations, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la République démocratique du Congo a alerté l’ONU sur le fossé existant entre les engagements des États en la matière et leur mise en œuvre.
Le représentant de la RDC auprès de l’ONU a évoqué la résolution 2730, adoptée par le Conseil de sécurité le 24 mai 2024, qu’il considère comme un jalon essentiel de ce mécanisme. Selon lui, cette résolution réaffirme que la protection de tous les acteurs mentionnés ainsi que, par extension, des civils qu’ils assistent, constitue une obligation juridique contraignante pour toutes les parties au conflit.
En rappelant les principes fondamentaux du droit international humanitaire distinction, proportionnalité et précaution, M. Ngay a affirmé que cette résolution consolide une norme universelle, réduisant les ambiguïtés et limitant les interprétations géopolitiques susceptibles de fragiliser la stabilité. En appliquant ces standards à tous les États et groupes armés, elle pose les bases d’une coopération internationale cohérente.
"Au-delà du cadre juridique existant, la résolution introduit des mécanismes concrets de responsabilisation, transformant les normes en actions destinées à renforcer la sécurité des civils sur le terrain. Par ailleurs, la Convention de 1994 sur la sécurité du personnel des Nations unies et du personnel associé, ainsi que son protocole facultatif, imposent déjà des obligations claires en matière de protection du personnel, des locaux, des biens et des opérations. La résolution 2730 vient rappeler ces obligations tout en renforçant leur mise en œuvre effective. Toutefois, l’efficacité de ce cadre dépend de la volonté politique. Les rapports récents font état d’un fossé réel entre les engagements des États en la matière et leur mise en œuvre"; a déploré l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay.
Le diplomate congolais a rappelé qu’en novembre 2024, 116 délégations avaient alerté sur une année particulièrement meurtrière pour les travailleurs humanitaires. En mars 2025, Mme Joyce Mtsouya avait souligné devant ce Conseil que ce qui faisait défaut, c’était la volonté politique de respecter ces engagements.
Le 31 mars 2026, a-t-il poursuivi, le Conseil s’était réuni en urgence après la mort de trois casques bleus ciblés alors qu’ils protégeaient des civils au Moyen-Orient. Selon lui, certaines interventions ont laissé entendre que la protection des civils pouvait être considérée comme secondaire face aux enjeux politiques, reléguant ainsi les victimes au rang de dommages collatéraux.
"Cette perception est inacceptable. La résolution 2730 fournit le « quoi » un cadre juridique clair ; le « comment » relève des États et des parties au conflit : formation des combattants, sécurisation des routes humanitaires, accès sans entrave à l’aide, et mise en place de mécanismes de responsabilisation en cas de violations. Le succès dépend de notre capacité collective à combler le fossé entre les décisions de ce Conseil et la réalité vécue par les populations", a-t-il interpellé.
En 2026 selon OCHA, le nombre d'incidents affectant les acteurs humanitaires dans l'est de la RDC est passé de 37 en janvier à 46 en février, soit une augmentation de 24,32 %. Sur ces 46 incidents, 39 % se sont produits au Nord-Kivu, 28 % au Sud-Kivu, 24 % au Tanganyika et 9 % en Ituri, tandis qu'aucun incident n'a été signalé au Maniema. Cette augmentation témoigne d'une nouvelle dégradation du contexte opérationnel en février, avec une concentration notable d'incidents au Nord-Kivu et au Tanganyika. Un travailleur humanitaire a été tué et un autre blessé en février, et aucun enlèvement n'a été signalé.
Depuis janvier 2025, 709 incidents affectant les acteurs humanitaires ont été recensés. Le Nord-Kivu demeure la province la plus touchée (46 % des incidents), suivi du Sud-Kivu (29 %), de l’Ituri (14 %), du Tanganyika (9 %) et du Maniema (3 %). Cette répartition confirme la persistance de difficultés d’accès non seulement dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, mais aussi dans celle du Tanganyika.
Comparativement à la répartition cumulée des incidents enregistrés depuis janvier 2025, le mois de février 2026 a montré une proportion nettement plus élevée d'incidents au Tanganyika (24 % contre 9 %), tandis que le Nord-Kivu représentait une part plus faible (39 % contre 46 %). Le Sud-Kivu est resté globalement conforme à la tendance cumulée (28 % contre 29 %).
Clément MUAMBA