À Bunia, la présentation de quatre ouvrages en langue Alur dépasse le cadre académique. Elle relance le débat sur la disparition progressive des langues locales en RDC et l’urgence de préserver un patrimoine culturel de plus en plus fragilisé.
À l’Université Shalom de Bunia, la présentation de quatre ouvrages en langue Alur, le lundi 6 avril, sonne comme un signal d’alarme face à l’érosion progressive des cultures locales en province de l’Ituri.
Portée par des intellectuels congolais, cette initiative met à disposition des outils concrets pour la sauvegarde et la transmission de la langue alur. Parmi les œuvres présentées figure Proverbes du peuple Alur de la République démocratique du Congo, un ouvrage de 194 pages du professeur Georges Pirwoth Atido, qui valorise la sagesse traditionnelle à travers les expressions populaires.
Dans le même élan, le Précis de grammaire alur, co écrit par Robert Uyergiu Mambo et le Révérend Christian Ung’i Atido avec la collaboration du professeur Georges Pirwoth Atido, propose une structuration essentielle de la langue, longtemps dépourvue d’outils académiques adaptés.
Deux autres ouvrages majeurs viennent compléter cette avancée : le Dictionnaire biblique alur (402 pages) et le Dictionnaire alur (390 pages), tous deux rédigés par le Révérend Christian Ung’i Atido en collaboration avec le professeur Georges Pirwoth Atido. Ces publications visent à faciliter non seulement l’apprentissage de la langue, mais aussi son usage dans des domaines spécifiques comme la théologie et la communication écrite.
Pour les auteurs, ces œuvres répondent à un besoin urgent.
"Il y avait un déficit réel d’outils de communication en langue Alur. il n'y avait pas une grammaire structurée en alur, on ne pouvait pas saisir certaines dimensions de la culture alur dans les sagesses par exemple. Ces outils vont aider aussi ceux qui étudient la bible en alur de saisir la dimension théologique dans l'exploitation à des termes théologiques par exemple via un dictionnaire biblique alur bien élaboré et bien structuré", explique le professeur Georges Pirwoth Atido, évoquant notamment l’absence de grammaire structurée et de supports permettant de transmettre efficacement les savoirs culturels et spirituels.
Cette initiative intervient près de 60 ans après la publication du premier dictionnaire alur en 1964, un retard qui illustre, selon plusieurs observateurs, la marginalisation des langues locales dans les politiques éducatives et culturelles.
Dans un contexte de mondialisation marqué par la domination des cultures étrangères, de nombreuses langues congolaises sont aujourd’hui menacées de disparition. Pour les initiateurs, cette tendance risque d’entraîner une perte progressive d’identité et de repères pour les générations futures.
Freddy Upar, à Bunia