À Genève, en Suisse, en marge de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, consacrée à la situation en République démocratique du Congo, Nada Al-Nashif, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, a dressé mercredi 25 mars 2026 un tableau sombre des droits humains dans le pays.
Au cours des cinq derniers mois seulement, elle a révélé que son institution a recensé quelque 600 exécutions sommaires, faisant plus de 1 300 victimes. Elle a également constaté un recours persistant à la violence sexuelle comme arme de guerre. Elle a ainsi appelé toutes les parties au conflit à cesser immédiatement les hostilités, à protéger les civils et à respecter pleinement le droit international.
"Au cours des cinq derniers mois seulement, notre Bureau a recensé quelque 600 exécutions sommaires, qui ont coûté la vie à plus de 1 300 personnes. Près de 1 500 personnes ont été enlevées durant cette même période ; 1 200 autres ont subi des violences physiques, notamment des actes de torture, des viols et d’autres traitements inhumains. Le recours persistant à la violence sexuelle comme arme de guerre inflige des souffrances indicibles aux femmes et aux filles congolaises. Depuis octobre, notre bureau a recensé quelque 450 victimes de violences sexuelles et sexistes, tandis que l’UNICEF continue d’alerter sur l’escalade des violences sexuelles à l’encontre des enfants", a déploré Nada Al-Nashif, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme.
D’après Nada Al-Nashif, cette situation est principalement imputable aux groupes armés, tant locaux qu’étrangers. Selon elle, de nombreuses blessures ne guérissent pas, plongeant les communautés dans une souffrance chronique qui se transmet de génération en génération.
"Depuis le dernier rapport du Haut-Commissaire en septembre, notre suivi révèle une détérioration de la situation des droits humains et de la sécurité dans l'est du pays. Les civils sont la cible d'attaques perpétrées par de nombreux groupes armés, notamment le M23, soutenu par le Rwanda, les Forces démocratiques alliées (ADF) et la CODECO. Ils sont également les principales victimes des affrontements entre ces groupes et les forces armées congolaises, appuyées par les milices Wazalendo. Nos équipes en RDC offrent une assistance juridique aux victimes et les orientent vers des services de soutien. Le 9 mars, nous avons lancé une campagne nationale pour mobiliser l'opinion publique contre l'esclavage sexuel et protéger les droits des victimes et des enfants nés de viol", a-t-elle fait savoir lors de son intervention.
Pour Nada Al-Nashif, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, il est particulièrement inquiétant de constater que, tandis que les groupes armés notamment le M23, les Wazalendo et les ADF restent les principaux auteurs d’exactions, les forces de l’État sont responsables de plus d’un quart des violations des droits de l’homme documentées et de plus d’un tiers des cas de violence sexuelle.
"Garantir la responsabilité de toutes les violations et de tous les abus est essentiel pour endiguer cette violence", a-t-elle recommandé dans son discours.
Ces atteintes et violations des droits de l’homme dans l'Est de la République démocratique du Congo interviennent dans un contexte prolongé d’intensification des violences et des combats opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon Kinshasa, aux forces gouvernementales sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette situation aggrave davantage le contexte sécuritaire et humanitaire, alors même que la communauté internationale fait face à une pénurie de financements de l’aide humanitaire, mettant en danger la vie des populations civiles.
Face à cette situation, des appels se multiplient en faveur d’un cessez-le-feu entre les parties afin de donner une chance aux processus politiques, notamment au dialogue, en vue de régler la crise sécuritaire en cours. Toutefois, la situation ne change guère sur le terrain, où chaque partie accuse l’autre d’être à l’origine des violations du cessez-le-feu. La situation semble même s’aggraver ces derniers mois avec l’usage de drones. La rébellion de l’AFC/M23 accuse Kinshasa d’utiliser ces engins contre des populations civiles dans des zones densément peuplées, des allégations que le gouvernement congolais rejette.
Sur le plan diplomatique, le statu quo persiste également. Le processus de Washington prend en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, tandis que celui de Doha se concentre sur la crise entre Kinshasa et l’AFC/M23. Malgré certaines avancées enregistrées sur le papier, ces initiatives peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain, ce qui alimente la méfiance entre les parties et favorise la reprise des hostilités sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA