En marge de la Journée mondiale de la Francophonie, le Centre de Langues de l’Institut français de Kinshasa a accueilli, ce vendredi 20 mars, un atelier d’écriture et de littérature animé par l’écrivain congolais Christian Gombo, également connu sous le pseudonyme d’"écrivain Maudit". Cette initiative a rassemblé de jeunes écrivains et passionnés de littérature autour de la langue française et de la création littéraire.
Placé sous le thème "La Francophonie en mouvement", l’atelier a combiné échanges théoriques et exercices pratiques pour stimuler l’imagination et approfondir la connaissance des genres littéraires. Selon l’écrivain Christian Gombo, l’objectif était d’offrir aux participants un panorama complet de l’écriture en français tout en valorisant la littérature congolaise.
« Nous avons commencé par distinguer l’écriture, qui est un geste technique, de la littérature, qui est un art capable de transcender l’information », a-t-il souligné.
Au cours de la séance, les participants ont découvert plusieurs genres littéraires, notamment la poésie, le théâtre, la littérature jeunesse, l’épistolaire ; illustrés par des exemples tirés d’œuvres d’auteurs congolais contemporains et classiques.
« Nous avons insisté sur l’importance de connaître et de maîtriser nos références locales, ces écrivains congolais qui ont ouvert la voie », a expliqué l’auteur.
Après la séquence théorique, les participants se sont lancés dans un atelier pratique de 30 minutes, articulé autour de cinq jeux d’écriture destinés à éveiller l’imagination : Cadavre exquis revisité, Dictionnaire imaginaire, Portrait chinois de Kinshasa, Acrostiche express et L’Incendie (choix cornélien).
Parmi ces exercices, le Portrait chinois de Kinshasa a particulièrement suscité l’enthousiasme. Les participants ont été invités à dépeindre la capitale avec leurs propres mots, en laissant s’exprimer toute la sensibilité qu’offre la langue française. Les textes produits ont ensuite été lus à voix haute, donnant lieu à des moments de rires, d'émotions et d'applaudissements. À l’issue d’un vote collectif, le texte considéré comme le plus marquant sera prochainement publié sur les réseaux sociaux du Centre de Langues.
Une réflexion sur les langues et la littérature
L’atelier a aussi permis à Christian Gombo de partager sa réflexion sur la littérature et la diversité linguistique. Interrogé sur la place du français face aux langues nationales, notamment le lingala, l’écrivain a tenu à nuancer le débat en mettant en avant la complémentarité des langues dans le processus de création.
« Écrire en français ne signifie pas se soumettre à un héritage colonial. C’est une langue que nous nous sommes appropriée pour créer et transmettre. Pour ma part, j’écris aussi bien en français qu’en lingala, car chaque langue apporte une richesse particulière et élargit les possibilités d’expression. Ce qui compte avant tout, c’est la qualité de l’œuvre, indépendamment de la langue utilisée », a-t-il expliqué.
Pour Christian Gombo, l’avenir de la littérature congolaise réside dans cette ouverture linguistique et dans la capacité des auteurs à tirer parti de la diversité des langues à leur disposition, qu’elles soient locales ou internationales.
« Chacun doit pouvoir s’épanouir dans la langue qui lui correspond », a-t-il souligné. Il a aussi rappelé que la liberté individuelle demeure au cœur de toute démarche de création littéraire.
Christian Gombo a clôturé la rencontre en invitant les participants à cultiver l’habitude de la lecture et à persévérer dans l’écriture.
« Le faible accès au livre demeure un défi dans notre pays, mais nous œuvrons pour améliorer la disponibilité des ouvrages et promouvoir la littérature dans toutes les langues. Ceux qui souhaitent publier pourront également bénéficier de notre accompagnement, fort de notre expérience dans l’édition et grâce à l’existence de collectifs littéraires tels que le Café littéraire de Missy, Les Inattendus, l’AJECO ou encore l’UECO », a-t-il affirmé.
Cet atelier aura ainsi permis de transmettre des connaissances, de nourrir la créativité des jeunes participants et de jeter des bases encourageantes pour le développement de la littérature congolaise, aussi bien en français que dans les langues nationales.
James Mutuba